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Avec Galtier, Lille fait le choix d’un anti-Bielsa et interroge sur son projet

Avec Galtier, Lille fait le choix d’un anti-Bielsa et interroge sur son projet

Le 28/12/2017 à 17:46Mis à jour Le 29/12/2017 à 10:11

LIGUE 1 – Christophe Galtier va prendre les rênes, ce vendredi, de l’équipe première du LOSC. En choisissant l’ancien entraîneur des Verts, les dirigeants lillois marquent une rupture nette avec leur choix précédent, celui de Marcelo Bielsa. Une rupture qui risque de coûter cher au sacro-saint projet lillois.

Adieu l’extravagant Bielsa, place à Galtier la valeur sûre. C’est un choix de confort qu’a effectué Gérard Lopez, le président du LOSC, en fin de semaine dernière. Ce vendredi, l’effectif lillois reprendra donc l’entraînement sous la direction de l’ancien entraîneur de Saint-Etienne. Avec un objectif : relancer une équipe en perdition et assurer son maintien en Ligue 1. Ancien de la maison, dont il a défendu les couleurs entre 1987 et 1990, l’ancien défenseur n’en reste pas moins un choix surprenant pour succéder à Marcelo Bielsa. Comme si le LOSC avait fait une croix (temporaire) sur son projet.

Le mot, pourtant, est omniprésent dans les discours. C’est en vertu de ce fameux projet que Christophe Galtier s’est engagé en faveur du LOSC, à en croire l’intéressé : "J’avais différentes propositions depuis mon départ de Saint-Etienne mais j’étais à la recherche d’un projet sur lequel je pouvais m’installer avec des objectifs importants comme celui du LOSC." Son président, Gérard Lopez, utilisait sur le site de son club le même champ lexical : "Marcelo Bielsa était un homme important du projet, certes, je ne vais pas affirmer le contraire aujourd’hui. Mais il n’était pas LE projet." A défaut d’être clairement défini, le projet est donc porté comme un étendard à Lille.

Reste à savoir ce qu’il contient. A titre personnel, j’ai franchement du mal à voir quelle vision commune peuvent partager Marcelo Bielsa et Christophe Galtier. Là où le choix du technicien argentin avait constitué une rupture franche avec l’histoire du club, celui de Galtier apparaît comme un retour en arrière. Galtier, c’est un choix qu’aurait très bien pu faire Michel Seydoux, emblématique président du LOSC ces quinze dernières années, qui avait nommé Claude Puel en 2002 puis Rudi Garcia en 2008 pour faire grandir le club. Galtier, c’est l’école française, celle-là même qui avait fait échouer le LOSC sous les mandats de René Girard (2013-2015) puis Frédéric Antonetti (2015-2016).

L’international contre le franco-français, l’esthète du jeu contre l’amoureux de la gagne

La question n’est évidemment pas de juger la qualité d’entraîneur de Christophe Galtier. En six ans, il aura installé Saint-Etienne dans le gotha des candidats à l’Europe et assuré au club des fondations sportives solides. Nul ne peut lui enlever cela. Mais Galtier est l’anti-Bielsa en bien des aspects.

Avec "El Loco", Gérard Lopez s’était par exemple offert une vitrine internationalement reconnue. Ancien sélectionneur de l’Argentine et du Chili, Bielsa était une référence, un coup de pub aussi pour le projet du LOSC. Une manière de faire connaître le club à l’étranger mais aussi d’importer d’autres méthodes, une autre conception du football. Ce que confirmaient d’ailleurs les nominations de Marc Ingla et de Luis Campos, respectivement directeurs général et sportif. Avec Galtier, les Dogues retombent dans un pur produit de la "formation à la française".

Exceptées de maigres expériences de joueur (en Série B italienne et en Chine) et d’entraîneur (six mois à Salonique, en Grèce), le natif de Marseille a fait toute sa carrière en France. De quoi en faire un parfait connaisseur de la Ligue 1... mais est-ce vraiment ce dont rêvait Lopez ? A terme, l’ambition lilloise est européenne et internationale. Preuve en est du recrutement mené cet été : les Brésiliens Thiago Mendes, Thiago Maia et Luiz Araujo, les Portugais Edgar Ie et Xeka, l’Argentin Ezequiel Ponce…

Galtier, lui, avait l’habitude dans le Forez d’entraîner des groupes de joueurs essentiellement français ou formés en France. Ses recrues majeures de l’été 2016, par exemple, s’appelaient Bryan Dabo, Jordan Veretout, Henri Saivet ou Cheick M’Bengue. Ses cadres ? Stéphane Ruffier, Loïc Perrin… Quant à la dimension européenne, elle n’a pas franchement transcendé le technicien de 51 ans jusque-là. En quatre campagnes de Ligue Europa avec l’ASSE, il n’a jamais franchi le cap des seizièmes de finale. Et a régulièrement été accusé de ne pas jouer à fond les compétitions européennes.

Christophe Galtier lors d'OL-ASSE

Christophe Galtier lors d'OL-ASSEAFP

Galtier avait ses vieux briscards, Bielsa ses jeunes pousses sud-américaines

Sur le choix des hommes, aussi, Galtier ne s’inscrit pas vraiment dans la même philosophie que Bielsa. Ce dernier a toujours privilégié le recrutement de jeunes joueurs à fort potentiel. Pour revenir au mercato mené cet été, on peut relever qu’Araujo et Hervé Koffi sont de la génération 1996, tandis que Fodé Ballo-Touré, Ponce, Thiago Maia et Adam Jakubech sont nés en 1997. Un tropisme jeune que ne partage pas forcément Galtier. Ses équipes stéphanoises s’appuyaient, chaque saison, sur de vieux briscards de la Ligue 1 : Perrin, Ruffier, déjà cités, mais aussi Lemoine, Cohade, Clément, Clerc, Corgnet, Hamouma

Dernier élément à citer pour distinguer les deux entraîneurs : le jeu. Sans tomber dans un manichéisme forcément trop schématique, on peut relever une vraie différence de sensibilité entre les équipes de Galtier et les équipes de Bielsa. Ces dernières saisons, l’ASSE était beaucoup plus connue pour sa propension à (bien) défendre que pour sa capacité à enflammer les matchs. En 2015-2016, par exemple, les Verts grattent un ticket pour l’Europe en finissant 6e, avec la 3e meilleure défense et la… 13e meilleure attaque seulement ! Quand on repense à ce que disait Gérard Lopez à son arrivée au club, il y a moins d’un an…

" Je cherche un entraîneur qui propose du spectacle, du jeu. "

En allant chercher Galtier, Lopez renie donc cette ambition. L’ancien défenseur rugueux va probablement faire ce qu’il sait faire de mieux. Travailler, redonner de l’envie et de la confiance à un groupe qui en manque terriblement, gratter des points au fil des semaines… Dans la morosité lilloise cette saison, ce sera sûrement salutaire. Mais après ? Si Galtier s’inscrit dans la durée, comment concilier tout ce qui a été esquissé jusque-là avec son propre ADN ?

Galtier (entraineur de l'ASSE) au Vélodrome

Galtier (entraineur de l'ASSE) au VélodromePanoramic

Je l’aurais plutôt vu à l’OM ou en Angleterre

Toute la problématique est là. Lopez est-il allé chercher Galtier pour qu’il poursuive le travail entamé par Bielsa ? Ou bien l’arrivée de l’ancien entraîneur des Verts symbolise-t-il un infléchissement, voire une remise à plat du projet du club ? A moins que ce ne soit qu’un pur choix de court-terme, fait pour redonner un peu d’oxygène à un club menacé sportivement et économiquement.

Personnellement, j’aurais bien vu à Lille un bâtisseur, capable de s’inscrire dans la voie tracée depuis six mois tout en y apportant sa propre touche. L’arrivée d’un Christian Gourcuff, lui aussi connaisseur parfait de la Ligue 1 mais esthète du jeu et de son éthique, m’aurait par exemple intéressé. A l’inverse, le profil de Christophe Galtier semblait correspondre parfaitement, pour moi, à un projet comme celui de l’OM, où il faut du charisme, de l’envie et des résultats, ce qu’il sait apporter de mieux. Ou alors un club étranger : en Angleterre, tant sa passion que sa maîtrise parfaite des phases de transition auraient pu faire des merveilles.

Mais Lille n’est ni Marseille ni Saint-Etienne. Au LOSC, Galtier va trouver un club où la ferveur s’acquiert et se mérite, une ville qui a besoin qu’on lui fasse aimer son équipe, qu’on la fasse rêver. Il va également devenir l’incarnation sportive d’un projet (le fameux projet) où l’actionnaire principal a fondé une bonne partie de son modèle économique sur la détection, la formation, l’éclosion puis la revente de jeunes joueurs à fort potentiel. Bref, une fiche de poste qui ne correspond pas parfaitement, à mes yeux, à Christophe Galtier. Mais si le football était une science exacte…

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