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Amiens - Ganso vu du Brésil : "Je le pensais meilleur que Neymar à leurs débuts"

Ganso vu du Brésil : "Je le pensais meilleur que Neymar à leurs débuts"

Le 14/09/2018 à 12:07Mis à jour Le 15/09/2018 à 17:01

LIGUE 1 - Énorme surprise du dernier jour du mercato, Paulo Henrique Ganso pourrait fouler les pelouses de Ligue 1 avec Amiens dès ce samedi face à Lille (20h). Annoncé comme l’un des plus grands espoirs brésiliens au début de sa carrière, le meneur de jeu s’est perdu en chemin entre-temps. Où sa route a-t-elle changé de trajectoire ? Réponse avec des journalistes brésiliens.

Quand on a connu les lumières de la plus grande sélection au monde, difficile d’imaginer devoir se frotter à celles du stade de la Licorne toutes les deux semaines. C’est pourtant ce que va vivre Ganso, la nouvelle recrue phare d’Amiens et surprise du dernier jour du mercato. Il faudra probablement se mouiller la nuque pour celui qui était annoncé comme l’un des futurs leaders de la Seleção à ses débuts et qui se retrouve désormais à jouer le maintien dans le Nord de la France.

Car ce n’est pas survendre Ganso que de parler de lui comme l’un des plus gros espoirs brésiliens à l’époque de ses débuts. "C’est vrai que Ganso a été vu comme un énorme espoir au côté de Neymar", explique en préambule Rodrigo Cerqueira, journaliste pour Globoesporte. Mieux, certains lui voyaient un avenir plus doré que celui de son ami.

Marcelo Bechler, journaliste freelance pour Lance ou Esporte Interativo, à l’origine des premières révélations dans le dossier Neymar lors de sa signature au PSG, confirme : "En 2010, quand Neymar et Ganso ont commencé à jouer en pro ensemble, ils étaient considérés au même niveau. Moi-même, je pensais Ganso meilleur que Neymar car le Brésil avait énormément d’ailiers dribbleurs mais très peu de numéro 10 avec une telle vision de jeu."

Neymar et Ganso sous le maillot de Santos

Neymar et Ganso sous le maillot de SantosEurosport

Numéro 10 à l’ancienne qui s’est perdu en route

C’est la première chose à mettre en avant lorsque l’on parle de Ganso. Sa classe, son élégance, sa vista. Ce pied gauche de velours touché par la grâce visible sur toutes les bonnes compilations Youtube lors de son passage à Santos. "C’est un numéro 10 à l’ancienne, confirme Bechler. Très bonne passe, très bonne technique, élégant avec une bonne vision de jeu. Mais son manque de vitesse était quand même flagrant."

Un manque de vitesse qui n’a rien d’une tare à ses débuts. Lancé en 2008 à 19 ans, il se révèle vite comme l’un des milieux les plus créatifs du pays. Pour le Mondial 2010 en Afrique du Sud, il est même inclus dans la liste des réservistes de Dunga. Malgré une sale blessure au genou qui l’éloigne pendant de longs mois des terrains, Ganso revient et finit par retrouver la Seleção. En club, il soulève la Copa Libertadores avec Santos.

Vidéo - D'espoir plus prometteur que Neymar à recrue d'Amiens : l'itinéraire improbable de Ganso

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Le début de son envol pense-t-on alors. Le PSG en fait sa priorité pour incarner le début de l’ère qatarie avant que Javier Pastore ne soit privilégié. En réalité, il s’agit là du summum de la carrière du joueur… La faute à un choix surprenant puisque, convoité sur le Vieux Continent, il choisit de rester au Brésil pour rejoindre Sao Paulo.

"Son départ de Santos pour Sao Paulo a fait beaucoup parler et s’est fait dans la confusion car il aurait pu rester à Santos avant de tenter sa chance à l’étranger", détaille Cerqueira. À l’époque, Ganso, mécontent de son salaire et de son statut dans son club formateur, pousse pour quitter Santos et rejoindre l’ennemi juré. Des blessures et une concurrence à son poste le feront petit à petit disparaître dans l’oubli.

18 matches de Liga

Mais Monchi, le brillant directeur sportif qui officie à l’époque du côté de Séville, a de la suite dans les idées et tente le coup à l’été 2016. Deux ans plus tard, force est de constater que le bilan est mitigé. Et le mot est faible. 18 petits matches de Liga, 4 buts (dont le dernier remonte à septembre 2017) et une incapacité chronique à peser dans les résultats sévillans. Imaginé un temps dans le rôle d’un Pirlo à la baguette devant la défense, Ganso souffre et finit par être écarté.

Ses lacunes explosent alors aux yeux de tous. Et la différence avec son pote Neymar fait mal : "Neymar savait en arrivant en Europe qu’il devrait améliorer son jeu pour arriver là où il le souhaitait. Je pense que Ganso ne l’a pas réalisé, détaille Marcelo Bechler. Dans beaucoup d’interviews, il affirmait que son style de jeu était ainsi et expliquait ne pas comprendre le besoin d’aider ses coéquipiers à récupérer le ballon."

Une certaine nonchalance combinée à un registre footballistique trop léger pour s’imposer en Liga. "L’intensité physique est bien trop importante pour lui. Ganso est très technique mais manque cruellement de vitesse, explique Cerqueira. Aujourd’hui, le football moderne réclame du mouvement, de l’explosivité". Avant de lâcher, fataliste : "Je pense tout simplement que le rythme de jeu européen ne correspond pas à celui de Ganso."

Ganso

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" Amiens ? C’est plus décevant que curieux"

Marcelo Bechler a la même grille de lecture. L’intérêt au pays reste réel pour l’ancien prodige. Mais c’est à lui de prendre enfin son destin en main : "Je ne veux pas sous-évaluer Amiens mais c’est un petit club. Je crois qu’on attend tous encore que Ganso se réveille et qu’il réalise où il en est aujourd’hui. Un joueur d’Amiens."

Forcément, on est loin du clinquant des cinq étoiles du maillot brésilien. "Amiens pour Ganso, c’est plus décevant que curieux", finit Bechler. Au nouveau meneur de jeu amiénois de prouver l’inverse. Que sa carrière épouse enfin la trajectoire attendue. Celle qui aurait dû l’inviter au sein du gratin européen.

Pablo Henrique Ganso

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