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Monaco - PSG : Comment Tuchel rend service à Rabiot

Tuchel nuit-il à Rabiot ? Non, il lui rend service

Le 11/11/2018 à 16:02Mis à jour Le 11/11/2018 à 16:03

LIGUE 1 - Thomas Tuchel a pris une décision forte en assignant Adrien Rabiot à un rôle de remplaçant, alors que le milieu du PSG est en pleine négociation avec le club pour prolonger son contrat. Mais elle n'est pas injustifiée. Et elle pourrait même être nécessaire pour la progression du joueur.

C'est bien connu, tout va très vite dans le football. S'il ne l'avait pas mesuré, Adrien Rabiot est en train de l'apprendre à ses dépens. Il était encore le joueur le plus utilisé par Thomas Tuchel il y a trois semaines. Il avait débuté tous les matches à l'exception celui face à Lyon, pour lequel il était suspendu. Il n'avait été remplacé que deux fois en cours de jeu, quand le score était déjà acquis face à Reims (4-1) puis Amiens (4-0). Il semblait indispensable dans un milieu dépeuplé depuis le mercato d'été. Mais personne ne l'est. Et il ne l'est pas.

Son entraîneur s'est chargé de lui rappeler. En utilisant la manière forte. En le cantonnant à un rôle de remplaçant à Marseille (0-2) après son retard à la causerie d'avant-match. Une simple mesure disciplinaire. Mais elle n'est pas restée sans conséquences. Depuis, Rabiot n'a plus été titulaire. Et il a à peine quitté le banc. Après avoir cumulé 1141 minutes de jeu sur les 14 premiers matches du PSG, il n'en a disputé que 12 sur les trois derniers. Et pour la rencontre la plus importante de la saison, il n'est même pas entré en jeu mardi, à Naples (1-1).

Rabiot a son côté agaçant

La situation est d'autant plus délicate que les négociations entre le PSG et Rabiot pour la prolongation d'un contrat qui expire en juin prochain n'ont toujours pas abouti. Elle est d'autant plus surprenante que Rabiot ne semblait pas avoir la moindre concurrence dans l'entrejeu. Mais elle se justifie d'un point de vue sportif. Le milieu parisien n'a pas affiché un niveau d'implication suffisant sur ses dernières sorties. En particulier à Marseille. Tuchel attendait légitimement une réaction après l'avoir sanctionné. Il a vu un joueur totalement absent des débats à son entrée en jeu.

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Il y a toujours eu quelque chose d'agaçant chez Rabiot. Un joueur qui a toujours revendiqué beaucoup de choses. Il se plaignait de son manque de temps de jeu quand, à ses débuts, il devait patienter dans l'ombre d'un joueur aussi exemplaire que Blaise Matuidi. Il se plaignait de devoir évoluer dans un rôle de sentinelle quand ses différents entraîneurs ont dû composer avec les blessures récurrentes de Thiago Motta. Il s'est même plaint du froid lors d'un match de l'équipe de France en Bulgarie, quand les amateurs arpentent des terrains gelés le dimanche à 10 heures du matin.

Le "Gerrard" du PSG est en retard

Quand il veut montrer son caractère, Rabiot donne surtout l'impression de manquer d'humilité. Il est talentueux, indiscutablement. Le prototype du milieu idéal, doté d'une qualité technique nettement supérieure à la moyenne et d'un potentiel physique qui ne l'est pas moins. Il a les moyens de devenir l'un des meilleurs milieux de la planète. Et pourquoi pas de devenir le "Gerrard" du PSG. Il avait exprimé cette ambition. Mais Rabiot est à des années lumières de la légende de Reds qui avait, par la parole et le geste, renversé Milan (3-3, 3-2 t.a.b.) en finale de la Ligue des champions 2005.

Rabiot ne s'est jamais donné pas les moyens d'atteindre cet objectif jusqu'ici. Il ne s'est jamais suffisamment plié aux exigences du plus haut niveau pour y parvenir. Il donnerait même l'impression de ne pas progresser, ou trop peu, depuis quelques saisons. Alors qu'il a une fabuleuse opportunité devant lui. Dire qu'il a le champ libre pour s'imposer au PSG ressemble à un euphémisme au regard de la pénurie de joueurs au milieu. Tuchel a aussi désigné Rabiot au troisième rang dans la hiérarchie des capitaines parisiens. A Paris, Rabiot a des responsabilités importantes. Il ne les assume pas assez.

Draxler, tellement symbolique

Rabiot n'a que 23 ans mais il prend du retard. Cela peut paraître paradoxal tant il a toujours semblé pressé d'arriver. Mais c'est plus criant que jamais quand un joueur comme Julian Draxler prend sa place dans le onze du PSG. L'Allemand a de l'or dans les pieds, mais il semblait lui aussi ne pas savoir l'utiliser. Il a toujours eu du mal à se faire violence. Et de ce point de vue, il a clairement franchi un cap depuis le déplacement à Marseille. A ce poste de milieu défensif où il est capital de gagner des duels, Draxler n'a pas laissé passer grand-chose depuis que Tuchel l'a mis à la place de Rabiot.

C'est peut-être le plus grand service que l'entraîneur du PSG pouvait rendre au Français. Il ne pouvait pas l'éloigner davantage de sa zone de confort et le pousser à réagir. Il ne pouvait pas mieux l'inciter à changer d'attitude pour progresser et franchir ce cap auquel il reste désespérément bloqué. C'est essentiel à ce stade de la carrière de Rabiot. S'il doit devenir le "Gerrard" du PSG, cela passe par une large remise en question. C'est ce que Tuchel a choisi de lui imposer. Et c'est difficile de donner tort à l'entraîneur parisien.

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