Getty Images

Que vaut la Ligue 1 ? "Plus difficile que la Liga, la Serie A et la Bundesliga mais..."

Que vaut la Ligue 1 ? "Plus difficile que la Liga, la Serie A et la Bundesliga mais..."

Le 14/02/2020 à 07:05Mis à jour Le 14/02/2020 à 17:11

LIGUE 1 – Ces dernières semaines, la Ligue 1 nous a proposé quelques affiches, ou supposées comme telles, indigestes. Un pauvre spectacle conjugué à des résultats européens en berne et une question qui revient trop souvent avec insistance : que vaut la Ligue 1 ? Nous avons posé la question à deux des entraîneurs les plus capés du championnat de France, Claude Puel et Christian Gourcuff.

MonacoAngers (1-0), Saint-Etienne – Marseille (0-2), Lille - Rennes (1-0), Bordeaux - Marseille (0-0)... Quelques belles affiches, quelques belles équipes et un point commun : un spectacle d’une infinie tristesse. 2020 a repris comme 2019 s’était achevée, avec une kyrielle de chocs qui n’en ont que le nom et s’ils ont atteint des sommets, ce sont uniquement ceux de l’ennui. Ce triste spectacle, conjugué à la campagne européenne très délicate de l’automne (aucun qualifié en Ligue Europa pour la première fois depuis huit ans) pose autant la question de l’attrait de la Ligue 1 que celle de sa compétitivité, à l’heure où elle n’a jamais aussi bien vendu ses services (1,153 milliard d’euros).

Diallo lors d'Amiens-Metz

Diallo lors d'Amiens-MetzGetty Images

Interrogé par nos soins sur ces questions, Christian Gourcuff, le coach de Nantes, distingue la compétitivité de la Ligue 1 et son attractivité. Sa thèse éclaire d’un jour nouveau le championnat de France : "Il y a deux choses distinctes : la qualité du spectacle et la difficulté de la L1", prévient l’ancien coach de Lorient ou Rennes qui exerce en Ligue 1 depuis 22 ans. "Le championnat de France est très difficile. Vous pouvez voir les étrangers qui viennent : ce n’est pas facile pour eux parce qu’il y a une pression sur le porteur, c’est un combat. Beaucoup de joueurs ne sont pas habitués à cette intensité. C’est plus difficile que la Liga, la Serie A et la Bundesliga."

Vidéo - Gourcuff : "Pour un bon technicien, il est plus difficile de s'exprimer en L1 qu'en Liga"

01:09

Le symbole Fabregas

Et c’est précisément parce que la Ligue 1 est si difficile que son degré de spectacularité est si bas. C’est en tout ce que défend Gourcuff : "Ça ne veut pas dire que le spectacle est meilleur et c’est parce qu’elle est plus difficile que le spectacle en souffre. Pour faire des enchaînements, c’est plus difficile qu’en Liga par exemple. Sur le plan technique, la Liga est supérieure mais pour un technicien, c’est plus difficile de s’exprimer en L1."

Cesc Fabregas prend un carton rouge lors de Monaco-Lyon / Ligue 1

Cesc Fabregas prend un carton rouge lors de Monaco-Lyon / Ligue 1Getty Images

"La Premier League et la Liga, c’est une autre planète comparée à la Ligue 1 (…). C’est une compétition très physique avec beaucoup de contres et peu de contrôle sur le match", notait Cesc Fabregas il y a quelques mois dans les colonnes d’AS. Un des symboles du tiki-taka barcelonais de Guardiola, un des garants de l’identité de la grande Espagne du début de la dernière décennie, esthète parmi les esthètes, fantastique milieu de terrain au jeu de passe moelleux qui a mis à ses pieds la Liga et la Premier League, Fabregas s’est cassé les dents sur une Ligue 1 sans doute trop physique pour lui.

Bien sûr, son âge relativement avancé (31 ans) et ses prestations poussives lors de ses ultimes mois à Chelsea témoignaient déjà d’une fin de règne. Mais Fabregas, tout champion du monde et d’Europe qu’il est, ne s’est jamais vraiment fait à la rugosité de notre bon vieux championnat de France, alimentant donc la thèse de Christian Gourcuff : la L1 n’est pas fait pour les artistes, et c’est ce qui la rend souvent pénible à regarder.

La Ligue des talents fuyants

Mais réduire le championnat français à une compétition physique peuplée de coupeurs de jambes, c’est passer complètement à côté d’une autre réalité. La Ligue 1 regorge de joueurs créatifs et/ou bourrés de talent, souvent jeunes voire très jeunes. William Saliba (18 ans), Eduardo Camavinga (17 ans), Boubacar Kamara (20 ans) émerveillent cette saison. "La Ligue 1 est un centre de formation pour des championnats au-dessus de nous", a noté Claude Puel lors de notre entretien en janvier. "Nous faisons débuter des jeunes très tôt. Les yeux des Allemands, des Anglais et des Italiens sont pointés sur nos jeunes du centre de formation. Ils partent de plus en plus tôt. L’intérêt de notre championnat, c’est de découvrir de nouveaux joueurs et des jeunes de qualité et de talent."

Eduardo Camavinga (Rennes)

Eduardo Camavinga (Rennes)Getty Images

Le problème ? Puel le résume très simplement : "Ils ne restent jamais très longtemps." Saliba a déjà signé à Arsenal, Rennes a déjà fixé le prix de Camavinga et toute la Premier League rôde autour de Kamara. "C’est la limite de la L1", continue l’ancien coach de Monaco, Lille, Lyon, Nice, Southampton et Leicester. "Quand on regarde, les quatre championnats qui sont devant nous, les ossatures ne bougent pas. On change deux ou trois joueurs. En France, la majorité des équipes met son effectif à disposition en fin de saison et selon ceux qui trouvent preneurs, on va prendre des joueurs pour compenser."

Vidéo - Puel : "L'intérêt de la L1 ? Les jeunes mais c'est aussi sa limite"

01:11

C’est dans cette logique de trading à outrance que se sont engouffrés Lille, Monaco et bientôt Bordeaux. Aujourd’hui, les modèles économiques de la plupart des clubs de Ligue 1 s’appuient en grande partie sur la vente de joueurs. Et même lorsqu’il est plus diversifié comme à Lyon, la vente d’actifs reste vitale. En deux ans, l’OL a exporté à l’étranger Alexandre Lacazette, Corentin Tolisso, Maxime Gonlaons, Tanguy Ndombele, Ferland Mendy, Lucas Tousart, Nabil Fekir et bien d’autres encore. A de très rares exceptions, les effectifs sont mouvants. A force de construire sur du sable, la Ligue 1 est en perpétuel recommencement. Dès lors, difficile de grandir et de progresser.

Kimpembe (PSG) face à Nantes

Kimpembe (PSG) face à NantesGetty Images

Pariez sur le Football avec Winamax
1
N
2
Jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance. Pour être aidé, appelez le 0974751313