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2007 : La supériorité de Lyon lui donne le tournis, les dribbles de Mancini aussi
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Publié 09/04/2020 à 01:55 GMT+2
Plus maître que jamais dans l'Hexagone, Lyon a acquis la certitude qu'il peut aller au bout de son rêve européen. L'OL ne le sait pas encore, mais sa domination va finir par le faire flancher. Et les passements de jambes d'Alessandro Mancini, un soir de 8e retour en C1, vont l'achever. Voici le quatrième volet de notre série consacrée à l'OL des années 2000.
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Gérard Houllier n'en croit pas ses yeux. Jean-Michel Aulas est bouche bée. Ce 30 avril 2006, l'entraîneur de l'OL et son président assistent, ébahis, à l'échauffement des joueurs, qui s'apprêtent à disputer le derby face à Saint-Etienne devant leurs supporters. Mais à leur entrée sur la pelouse, les Lyonnais donnent plutôt l'impression de pénétrer dans une cour de récréation.
Une semaine plus tôt, les Gones ont décroché un cinquième titre de champion de France sur la pelouse du Parc des Princes. A l'initiative de Sidney Govou, ils ont décidé de fêter ce nouveau sacre en disputant le choc face à l'ennemi juré visages et cheveux maquillés. Les dirigeants n'ont pas été prévenus. Les Verts sont sur les nerfs.
"C'est mon pire souvenir, nous confiera, plus tard, Julien Sablé. On peut vraiment parler d'humiliation." Les Lyonnais, eux, s'amusent comme des petits fous. Ils ont digéré la désillusion milanaise et le prouvent en passant quatre buts au rival. Bientôt, ils boucleront l'exercice avec une marge historique de quinze points sur leur dauphin bordelais.
L'OL installé… et de plus en plus confortable
Dans le fond et la forme, ce match dit tout de ce qu'est devenu Lyon. A l'échelle nationale, l'OL est devenu si fort qu'il peut tout se permettre. La marge du club est colossale et permet aux dirigeants d'installer une stratégie confortant, constamment, ce statut. Au mercato, ils pillent les autres entités de Ligue 1, impuissantes, pour renforcer leur effectif avec les éléments les plus prometteurs du championnat.
Jérémy Toulalan arrive de Nantes. Kim Källström débarque de Rennes. Sylvain Monsoreau est envoyé à Monaco pour faciliter le transfert de Sébastien Squillaci. Alou Diarra est arraché à Lens pour compenser le départ de son illustre homonyme, Mahamadou, parti au Real. La direction rhodanienne a même tenté de s'offrir Franck Ribéry. En vain.
Mais le constat est bien celui-ci : Lyon est une machine indestructible. Enlevez-lui un rouage, elle en retrouvera deux.
Maintenant, l'Europe est prévenue
De cette manière, le club acquiert la certitude que rien ne peut l'arrêter. "Ça nous arrivait d’avoir quinze points d’avance à la trêve", se souvient François Clerc, trois fois titré avec Lyon. Les Gones débutent si bien la saison 2006/2007 qu'ils retrouvent effectivement, à la pause hivernale, l'écart avec lequel ils ont bouclé l'exercice précédent.
Sur leur passage, les Lyonnais ont ramassé le Trophée des champions et empoché dix victoires lors des onze premières journées. Désormais, ils font peur. A toute la France, bien sûr. A une partie de l'Europe, aussi. Personne n'a oublié qu'ils sont passés à deux minutes d'éliminer le grand Milan, alors vice-champion d'Europe en titre.
Surtout, les hommes de Gérard Houllier ont - encore - montré les muscles en dominant le Real Madrid (2-0) au bout de ce qui restera, pour l'ancien défenseur Patrick Müller, "le plus beau match de cet OL." "Quand tu bats le Real 2 ou 3-0, tu te dis qu'il y a quelque chose à faire, rappelle Clerc. Inconsciemment, tu le sais, même si tu n'en parles pas à tes coéquipiers."
Quelques jours avant la trêve, Lyon assiste donc au tirage au sort des 8es de finale de la Ligue des champions avec beaucoup de tranquillité. Le club hérite de l'AS Rome. Et s'en réjouit.
"C'est bien de tirer la Roma car nous ne l'avons jamais jouée, souffle Bernard Lacombe, bras droit d'Aulas, après la cérémonie. On sait qu'on va devoir se méfier. Il y a des joueurs de grand talent mais c'est une équipe irrégulière. En championnat, elle n'est pas toujours performante. Mais sur un événement, elle sait se motiver." Difficile de paraître plus confiant.
Avant la double confrontation, le journal Le Parisien avait réalisé une étude permettant de jauger la notoriété lyonnaise sur le Vieux Continent. Le quotidien avait interrogé plusieurs journalistes, dont Massimo Franchi, du média italien Tuttosport. "C'est la bonne année pour Lyon, avait-il assuré. C'est le pire adversaire possible pour la Roma !"
Les dangers de la routine, la guerre des ego
Mais entre-temps, le club chavire comme jamais depuis qu'il a installé son règne. Irrésistibles lors de la phase aller, les Gones ne décrochent qu'un point en quatre rencontres de Ligue 1 à la reprise. Et sont sortis par l'OM en 8e de finale de Coupe de France. Lyon touche sa propre limite : gagner n'est plus une obligation. C'est devenu une habitude.
"Quand tu gagnes trop, tu banalises un peu la victoire, abonde Clerc. Inconsciemment, ça a pu jouer oui. C'est quelque chose qui se crée collectivement, entre les joueurs, les journalistes, les supporters, tout ce qui entoure le club. A un moment donné, tu perds un peu de grinta. Dans le fond, c'est ce qui nous a un peu desservi."
En plein hiver, la tension monte d'un cran. Le vestiaire se crispe. Des clans se forment. Le statut de Juninho en agace certains, comme l'annoncera Govou dans le mensuel Lyon Mag, quelques mois plus tard : "Le club a eu du mal à gérer les ego. D'où plusieurs problèmes relationnels dans l'équipe. Et le plus important concerne le rôle de Juni. Gérard Houllier et Jean-Michel Aulas ont décidé de proclamer Juninho star de l'équipe. Moi je m'en fous, mais ça a posé de gros problèmes à beaucoup de joueurs importants."
"Au niveau des individualités, c'était le top, il n'y avait pas photo, précise Patrick Müller. Mais, si je compare 2000-2004 aux années d'après, je pense qu'il y a un esprit familial qui a un peu disparu. Au début, on se retrouvait en dehors du terrain, on allait boire des bières ensemble. Cet esprit de groupe n'était plus tout à fait le même ensuite. Il y avait des petits groupes, mais pas un collectif."
L'OL pris au piège
Le 21 février, Lyon débarque au Stadio Olimpico sans savoir qu'il n'est plus du tout ce qu'il était il y a encore quelques mois. A Rome, aucune des deux équipes n'est inspirée. Le résultat (0-0) n'est pas défavorable à l'OL. Il a même permis de dissiper quelques inquiétudes.
Après tout, sur le papier, les hommes de Gérard Houllier sont, individuellement et collectivement, plus forts qu'une Louve reposant sur quelques éléments de talent : Daniele De Rossi, Francesco Totti, Rodrigo Taddei ou Mancini. "On avait vraiment une grosse équipe, tout le monde nous attendait, se souvient Clerc. On était favoris."
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Crédit: Getty Images
A Gerland, les Rhodaniens sont crispés. La conjoncture y est pour beaucoup. Les Gones ne doivent surtout pas encaisser le moindre but mais ils tremblent dès la sixième minute, après l'ouverture du score de De Rossi, invalidée pour une toute petite faute de Totti. Contraints de faire le jeu en marchant sur des oeufs, ils s'exposent aux contres. Et le paient.
Au cœur de la première période, le capitaine romain reprend victorieusement de la tête un centre en demi-volée de Tonetto. L'OL est au bord du gouffre. "On rate le moment, on ne se met pas au niveau", se remémore Sébastien Squillaci, titulaire en défense ce soir-là. Les Lyonnais encaissent l'ouverture du score mais ne savent pas encore qu'ils feront une croix définitive sur les quarts juste avant de retourner aux vestiaires. Alors ils se découvrent, de plus en plus, sans profiter de l'apparente fébrilité d'Alexander Doni, le portier adverse.
43e minute. Lyon obtient un coup franc lointain sur le côté gauche. Juninho décide de mettre du rythme, sert rapidement Malouda. Le ballon est perdu. En un contre et trois passes, la Louve parvient à trouver Mancini à 25 mètres de la cage de Coupet. Au duel, le Brésilien provoque Anthony Réveillère. "Il ne faut pas se livrer", répète à trois reprises Jean-Michel Larqué dans la cabine des commentateurs.
Problème, en fin technicien qu'il est, Mancini a déjà calculé son coup. "Dès que je reçois le ballon, je sais que je vais coller ces six passements de jambes", révèlera-t-il plus tard à nos confrères de 20 Minutes. En réalité, il n'y en a eu que cinq. Le cinquième est de trop pour Réveillère, envoyé dans le zig alors que son vis-à-vis avait choisi le zag, pour reprendre une autre expression de l'ancien consultant de TF1.
Reste Coupet. "Sur l'action, je suis persuadé qu'il va passer d'un côté ou de l'autre, nous raconte-t-il. Mon jeu, c'est de sortir à sa rencontre. J'étais prêt à sortir plutôt qu'à subir une frappe." Sur un nuage, Mancini ne se pose pas de question. Du pied gauche, il fusille le portier tricolore en choisissant l'angle fermé. La Roma mène 0-2. L'OL tombe encore de haut et ne s'en relèvera pas.
La cassure
Après trois éliminations consécutives en quarts de finale de C1, les Gones sont, cette fois, éliminés dès les 8es. "Celle-là est beaucoup moins glorieuse que le PSV ou le Milan, estime Coupet. Là, il y a moins de regrets. On ne peut s'en prendre qu'à nous-mêmes. On a tendance à la zapper de notre mémoire." "On l'oublie, renchérit Clerc. La déception est immense car on avait les moyens d'aller loin. Ce match retour plombe la suite de notre saison."
Il affecte aussi considérablement Juninho, la star de l'équipe. "C'est la quatrième année que nous passons à côté, lâche-t-il après la rencontre. Il faut se remotiver pour le championnat même si après l'avoir gagné cinq fois de suite, c'est difficile pour moi." L'OL boucle tout de même l'exercice avec un sixième titre dans la besace, et beaucoup de marge sur Marseille.
En route, il a perdu la finale de la Coupe de la Ligue, face à Bordeaux, alors qu'il rêvait d'un quadruplé en début de saison. Le club est entré en bourse, et son président Jean-Michel Aulas a lancé le projet de grand stade s'inspirant de l'Emirates d'Arsenal. Vu de loin, Lyon change de dimension. Vu du terrain, l'OL a perdu de sa superbe.
Propos recueillis par Cyril MORIN et Martin MOSNIER. Visuel par Quentin GUICHARD.
Rendez-vous vendredi sur Eurosport.fr pour le cinquième épisode de la saga...
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