C'est une bouée de sauvetage pour tenter de sauver le football français. Englués dans la crise avec la pandémie du Covid-19, l'absence de billetterie et le fiasco de Mediapro, les clubs de L1 et de L2 sont à bout de souffle. Pris à la gorge par les charges alors que les revenus manquent pour remplir les caisses. Ils cherchent comment limiter la casse pour s'en sortir sans trop de dégâts. Et l'une des options désirées par les présidents de clubs a vite pris le dessus : une baisse des salaires des joueurs. Un projet aussi crucial que difficile à mettre en place.

La nécessité d'obtenir une diminution des rémunérations est assez facile à comprendre. La masse salariale pèse de tout son poids dans les budgets des clubs. C'est même leur dépense numéro 1 et d'assez loin. "C'est la principale charge, nous avait ainsi confié en mars dernier Christophe Lepetit, responsable des études économiques au CDES de Limoges (Centre de Droit et d’économie du sport). Cela représente près de 41% des charges des clubs et avec les charges sociales, c'est encore plus élevé !"

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Jean-Michel Aulas, le président de l'OL

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Sur le plan juridique, il n'y aura pas d'obligation

Devant un tel constat, la chute des revenus ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre aux clubs, qui n'ont plus forcément les moyens de s'aligner sur leurs engagements pris en fonction du pactole prévu par le contrat avec Mediapro. Il est alors déterminant de réussir à changer les choses. "Sans réduction drastique de la masse salariale, il n'y a pas de pérennité du modèle", a prévenu Jean-Marc Mickeler, patron de la DNCG, au quotidien L'Equipe.

Devant ce marasme, l'UNFP – le syndicat des joueurs - a lancé mardi les négociations en vue de possibles baisses de salaires lors d’une réunion préalable avec plusieurs présidents de clubs. "A court terme, l'UNFP invite les joueurs à discuter rapidement avec leurs clubs pour envisager les modalités de réduction de leurs rémunérations afin de sauver le football professionnel fortement affecté par cette crise et pour faire en sorte que la saison 2020/2021 aille à son terme",a indiqué la LFP.

Cependant, l'affaire part de très loin puisqu'il ne peut pas y avoir d'accord collectif sur les salaires, comme cela pourrait être le cas en NBA par exemple. "Ce sont des contrats conclus entre un salarié et un employeur. On ne peut donc pas les changer de manière collective et appliqué une baisse identique à l'ensemble des salariés", nous confirme Me Tatiana Vassine, avocate associée au sein du cabinet RMS Avocats et administratrice du Think tank Sport et Citoyenneté. "Le club ne pourra pas modifier unilatéralement le salaire du joueur. Sur le plan juridique, il n'y aura pas d'obligation."

Le siège de la LFP

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Je vois très peu de joueurs accepter de baisser leur salaire

En clair, chaque démarche va devoir se faire au cas par cas. Et si les négociations avec l'UNFP et les présidents des clubs peuvent permettre de "poser un cadre et des jalons à ce qui pourrait être fait" d'après Tatiana Vassine, l'affaire est loin d'être gagnée. "Ondit que les joueurs vont baisser leur salaire mais je n'y crois pas du tout, assure même Laurent Schmitt, agent de joueurs. Tout simplement car ils n'ont pas été éduqués dans cette culture-là. L'UNFP n'est pas assez forte pour dire vraiment aux joueurs d'accepter une baisse de salaire. Et après ce sera de gré à gré avec les joueurs et cela ne se fera pas. Je vois très peu de joueurs accepter de baisser leur salaire".

Si certains joueurs comme Amine Gouiri (Nice) se disent prêts à "faire preuve de solidarité" selon l’AFP, voir l'ensemble de la profession prendre le chemin s'annonce plus illusoire. Même si c'est une question de survie. "Dans d'autres pays ce serait peut-être possible, enchaîne Laurent Schmitt. Mais en France, il n'y a pas eu l'éducation et la culture pour permettre à des joueurs de football de faire des efforts pour les autres. C'est un leurre de penser que les joueurs vont le faire. Une partie des joueurs va certes accepter de consentir à certains efforts. Mais ce sera une minorité. 20%, ce serait déjà énorme comme chiffre".

André Villas-Boas (Marseille) / Ligue 1

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La crainte de voir les meilleurs joueurs partir ailleurs

Au bord du gouffre, des clubs de L1 ou de L2 pourraient alors faire face à un nouveau défi. Et se retrouver contraints de lâcher certains de leurs protégés, si ces derniers ont un marché ailleurs. Histoire d'alléger leur masse salariale. "A mon sens, ça va être une analyse au cas par cas en fonction du marché et de la loi de l'offre et la demande", estime ainsi Me Tatiana Vassine. "Si on lui offre plus, (le joueur) ira ailleurs. Cela va nous affaiblir encore plus", confirme l'entraîneur de Metz Frédéric Antonetti. Et là encore, ce ne serait pas la meilleure nouvelle possible pour une L1 en quête de visibilité et mise mal sur la scène européenne par son manque de compétitivité.

La communication et la force de persuasion des dirigeants de club s'annoncent bien cruciales pour passer cette crise. Et obtenir quelques baisses de salaires bienvenues. "Ilva falloir que les joueurs soient bien conseillés et assistés pour qu'ils prennent les décisions les moins préjudiciables", prévient aussi Me Tatiana Vassine. Ensuite, il sera temps de penser à des vraies réformes structurelles pour obtenir un football plus sain et construit sur des bases plus solides. La baisse de salaire n'étant qu'une mesure d'urgence.

"En France, ce qui coûte très cher aux clubs, ce sont les charges sociales et patronales, constate par exemple Laurent Schmitt. Peut-être que sur ces charges-là, l'Etat et les instances peuvent trouver une solution, ce qui serait appréciable pour les clubs. Car il y a des différences énormes avec les pays étrangers." Des solutions doivent être en tout cas trouvées. Car le mal qui touche le football français est bien profond, comme l'a confirmé cette crise inédite. "C'est une opportunité historique pour changer la face du foot. Les clubs ont perdu la tête et ont perdu totalement le contrôle du marché des transferts. On a fait des conneries", a conclu lundi André Villas-Boas l'entraineur marseillais. Reste à savoir si le football français arrivera à prendre ce virage.

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