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Claude Puel est-il jugé à sa juste valeur par le foot français ?
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Publié 19/10/2019 à 11:08 GMT+2
LIGUE 1 - Claude Puel dans le football français, ce n’est pas rien. Avec plus de 1000 matches à le fréquenter, il est presque partout. Mais à l’heure des honneurs, il est souvent nulle part. Claude Puel est pour le football ce que Monaco est pour la France : un rocher mystérieux.
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Celui qui jamais ne s’est perdu dans son dédale de tunnels et de passages sous-terrains ne percera jamais l’énigme monégasque. Voilà un confetti sur une carte de France qui ne ressemble qu’à la Suisse tant ses trottoirs sont propres, tant les montagnes qui le surplombent semblent prêtes à l’avaler tout entier. Ou peut-être est-ce au Vatican que Monaco ressemble le plus, tant la roche grise et les secrets semblent ternir certains jours obscurs la pureté de l’azur.
Monaco n’est pas un pays comme un autre, c’est un exil au milieu de la Riviera. Dans cette ville sinueuse comme un serpent allongé vers le ciel, le touriste est amusé par l’exotisme brutal d’un pays encastré dans un autre, d’un panorama glissé à l’intérieur d’une coquille de mer et de montagnes. Rien ne fait penser au football dans la ville des Grimaldi, pas même ce stade infiniment seul dont la façade est déguisée en immeuble pour être bien certaine, sans doute, de passer inaperçue. Rien ne ressemble au football, ici, à part peut-être la rocaille ronde qui trône au milieu de ce grand nulle part.
Comme le Rocher abrite son palais, son gouvernement, la Société des Bains de mer et tous ses secrets, Claude Puel habite le football français dans le même exil paradoxal. Il est au centre mais personne ne le voit. Il en est l’architecte mais personne ne le sait.
Plus il est au centre, moins on le voit
D’abord les chiffres froids. L’homme a passé à Monaco la totalité de sa carrière de joueur (486 matchs entre 1977 et 1996), y a immédiatement entraîné les jeunes et l’équipe professionnelle, d’abord en tant qu’adjoint de Tigana avant de lui succéder en 1999 (111 matchs, dont un titre de champion avec Trezeguet, Gallardo, Giuly pour sa première saison). Il ira ensuite à Lille, (6 saisons, 297 matches, une place de dauphin et deux qualifications en C1), Lyon (3 saisons, 156 matchs, une demi-finale de C1) et enfin Nice (4 saisons, 1 qualification européenne, 1 centre de formation, 1 club reconstruit).
Bref, Puel a été de toutes les aventures statistiques en France depuis 1977, année de son premier contrat pro, jusqu’à son arrivée en 2019 à Saint-Etienne après un épisode anglais (et une finale de Cup avec Southampton). Quarante-deux ans de carrière en France. Soit deux ans de plus que Jacques Chirac, série toujours en cours.
En quarante-deux ans sans - chose rarissime pour un coach - une seule interruption de plus de 12 mois, il a vu grandir notre compétition, formé à titre de préparateur à ses débuts ou comme entraîneur principal des dizaines de nos internationaux célèbres (Sagnol, Lloris, Hazard, Abidal, Rami, Lacazette, Henry la liste est longue comme une campagne présidentielle). Partout où l’on regarde dans la république du football français, Puel est au centre. Mais, chose étrange, plus il est au centre, moins on le voit.
L’un est visible, l’autre pas
Car à l’heure d’évoquer les plus célèbres entraîneurs français, les noms se succèdent sur les lèvres des consultants : Furlan, Gourcuff, Wenger, Blanc, Deschamps, Zidane même Stéphan trouve grâce aux yeux des esthètes les plus exigeants. On n’entendra en revanche rarement - ou alors seulement dans la bouche de ses proches ou d’une poignée de connaisseurs attentifs - le nom de Claude Puel.
Victime sans doute de son passage mouvementé à Lyon, victime aussi d’une éthique de travail qui le fait se consacrer au jeu et à ses acteurs plutôt qu’à ses conseillers ou amis influents, Puel est le reflet inversé d’un autre homme, du sud-ouest (comme lui), à la carrière de milieu de terrain laborieux (comme lui) et toujours resté au centre des projecteurs du football français (pas comme lui). L’un est maintenant double champion du monde, l’autre a offert des carrières professionnelles à des dizaines de footballeurs dont les autres ne voulaient plus (Abidal, Rami, Bodmer, Ben Arfa entre autres). L’un est visible, l’autre pas. L’un est aimé, l’autre à peine.
Faut-il pour autant lamenter ce relatif manque de reconnaissance publique pour Puel ? La renommée a cela d’arbitraire qu’elle ne choisit pas toujours le plus méritant ou le plus travailleur. Comme un orage sur la Méditerranée elle apparaît tout à coup, déverse ses eaux en quelques heures et disparaît sans qu’on sache ni combien de temps cette tranquillité nouvelle venait de nous être accordée ni pour quel motif secret les Dieux avaient ainsi tout à coup déversé sur nos têtes leur colère liquide.
La première chose que j’ai apprise, dit Puel dans un entretien de 2016 accordé à l’auteur de cette chronique c’est "qu’un entraîneur est là pour donner sans jamais rien attendre en retour. Je me suis attaché à cette phrase. On est là toujours pour donner. Certains comprennent, d’autres pas. Mais le but n’est pas de recevoir." Non, la méthode de Claude Puel ne repose donc pas sur les concepts absorbés ou les honneurs à conquérir. Pas seulement en tout cas. Sa sagesse est celle du minéral. Peu à peu, le temps fera son affaire et les strates s’accumulant, le rocher offrira à son architecte les fondations solides d’un édifice qui résistera à l’adversité.
Le cœur du pédagogue
Rien n’est dit, dans la froideur morbide des statistiques, des heures passées derrière des portes closes à convaincre celui-ci de descendre d’un cran s’il voulait un jour devenir international (Debuchy à Lille), celui-là de sortir de sa surface et de défendre plus haut (Van Dijk à Southampton) ou celui-là encore de devenir un attaquant complet quitte à le faire jouer latéral pour qu’il comprenne mieux ce que courir veut dire (Lacazette à Lyon).
Ces efforts n’apparaissent dans aucun classement du monde parce qu’ils appartiennent à la confrérie secrète des vestiaires. Ils sont pourtant faits de la même matière que les plus grands rochers. Ceux que l’on pousse le matin jusqu’au sommet, ceux qu’il nous faut redescendre à la nuit tombée avant de recommencer le jour suivant. L’éthique de travail de Puel repose sur le temps long des efforts sans fin et l’ingratitude des victoires invisibles. Mais c’est la lutte elle-même vers les sommets qui suffit à remplir le cœur de cet homme. Il faut imaginer Claude Puel heureux.
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