Grégory Coupet, vous allez affronter l’Olympique Lyonnais, où vous avez joué, puis entraîné les gardiens. Est-ce un match particulier pour vous ?
Grégory Coupet : L’OL, c’est mon club de cœur. J’y ai joué pendant plus de dix ans (1997-2008), puis entraîné les gardiens (équipe réserve puis équipe professionnelle) pendant quatre ans. Mais pour moi, c’est d’abord l’enjeu sportif qui compte. On joue le maintien, eux le titre. Chacun a ses objectifs. Je fais donc en sorte que ce Dijon-Lyon soit un match comme les autres. Dans notre situation, il n’y a pas d’affectif qui compte.
Suivez-vous malgré tout de près le parcours de l’OL ?
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G.C. : Franchement ? De moins en moins. Cela reste évidemment le club qui a le plus compté pour moi, mais j’ai appris à prendre du recul, à vivre sans. J’ai un peu coupé le cordon. Je suis à Dijon, où je suis vraiment très heureux, même si notre situation au classement est compliquée. Je n’ai pas plus de contacts que ça avec des personnes qui sont toujours à l’OL. J’ai vécu de très grands moments à Lyon, c’est un club à part pour moi.

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Des souvenirs, il y en a beaucoup : le titre de champion de France en 2002, le premier de l’histoire de l’OL, obtenu lors de la dernière journée face à Lens (3-1), à Gerland. Tu joues ta saison sur un match, face à l’autre prétendant. Un scénario extraordinaire. Les six autres titres derrière, certains matches de Ligue des Champions, une compétition où nous avons battu le Real Madrid, le Bayern Munich…
Après avoir quitté Lyon, vous aviez expliqué la principale raison : le club ne vous avait pas adressé de proposition de prolongation, alors que vous étiez en fin de contrat. Vous aviez regretté cette attitude, en nommant Jean-Michel Aulas. Avez-vous pu vous expliquer depuis avec votre ex-président ?
G.C. : Non. Nous n’avons jamais reparlé ensemble. Je le regrette, mais c’est comme ça. Mais cela n’enlève rien au respect que j’ai pour lui. C’est un grand président, qui a fait de Lyon un des meilleurs clubs français. Il l’a doté de magnifiques structures, il a mis des moyens financiers importants, fait venir des sponsors… Il y a des gens qui regrettent Gerland, que j’aimais beaucoup, où nous avons vécu de grands moments, mais le Groupama Stadium, c’est un outil fantastique, moderne, qui colle parfaitement à l’image de la ville de Lyon. J’ai beaucoup d’admiration pour tout ce qu’a accompli M. Aulas depuis qu’il est président de l’OL.

Grégory Coupet, ici le 26 février 2020, avait quitté l'OL sans avoir reçu de proposition de prolongation de contrat

Crédit: Getty Images

Imaginez-vous retravailler un jour à l’OL ?
G.C. : Non. Je ne l’envisage pas. Je suis très bien à Dijon, où je m’éclate.
Parlons de votre fonction : entraîner des gardiens, c’était une évidence ?
G.C. : Je fais cela depuis quatre ans. J’avais envie de transmettre ce que j’ai appris, d’apporter mon expérience. Dans ma vie de gardiens, j’ai eu trois formateurs importants, essentiels : mon père d’abord, puis Jeannot Dees à Saint-Etienne, et Joêl Bats à Lyon. Ils m’ont tous inculqué le plaisir de travailler, d’apprendre aussi à souffrir, car gardien est un poste particulier, où le corps est très sollicité. Entraîner des gardiens, c’est un métier très complet : tu travailles de nombreux aspects, le jeu au pied, à la main, les attitudes, le placement, la musculation, la coordination des gestes… C’est très riche, varié, et avec tout cela, il y a également l’aspect humain.
A Dijon, vous devez justement gérer deux cas particuliers : Anthony Racioppi, que vous avez connu à Lyon, et qui a commis une énorme erreur à Lorient le 27 janvier (2-3), précipitant la défaite de Dijon. Et Saturnin Allagbe, recruté en octobre pour succéder à Alfred Gomis, et qui est remplaçant…
G.C. : Racioppi est jeune, découvre la Ligue 1, il était venu pour être numéro 2, et il est numéro 1. Il avait fait une grosse erreur contre Lens (0-1), il en a fait une contre Lorient. Il doit d’abord comprendre que dans une vie de gardien, c’est normal. Il en fera d’autres. Il doit aussi savoir que sur le but à Lorient dans le temps additionnel, il n’est pas le seul responsable. Je sais ce qu’il a pu ressentir : une envie de raser les murs, de s’enfermer à la maison, de ne voir personne, de ne pas aller sur les réseaux sociaux. Après un match comme celui-ci, il ne faut pas s’automutiler.

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On en a parlé, on a travaillé avec une bonne séance vidéo, avant de passer à autre chose. Pour Allagbe, c’est une situation délicate aussi : il a joué quatre matches avant qu’il y ait un changement d’entraîneur, et il perd sa place. Je sais que c’est difficile pour lui. Il a un état d’esprit irréprochable, et je suis là aussi pour le faire travailler davantage, lui dire de ne pas lâcher. Et que s’il me disait avoir fait une erreur en quittant Niort, où il était titulaire – ce qu’il n’a jamais dit – je répondrais qu’il a tort de penser ça.
A l’OL, vous aviez regretté l’attitude de Rudi Garcia, pas assez ouvert au dialogue… A Dijon, avez-vous vraiment l’impression de faire partie du staff ?
G.C. : Oui, totalement. Il y a des échanges quasi permanents avec David Linarès et le reste du staff. On discute du contenu des séances, et en fonction de ce qui a été décidé, c’est à moi de m’adapter. Bien sûr, il y a aussi tout le travail spécifique, qui est de mon domaine. J’ai toujours en tête d’expliquer aux gardiens pourquoi, par exemple, on va faire une séance de musculation. Je veux aussi que mes séances soient variées, qu’elles ne se ressemblent pas. Même quand on doit répéter les gammes. Même quand je leur impose un atelier qui n’est pas forcément ludique.
Les gardiens d’aujourd’hui sont-ils encore meilleurs qu’il y a des années ?
G.C. : Une chose est évidente, le jeu va plus vite, les joueurs vont plus vite. Mais je constate que la génération actuelle, et cela ne concerne pas que les gardiens, se parle trop peu. Et quand les joueurs se parlent, parfois, ils se parlent mal. J’ai l’impression qu’ils n’osent pas dire les choses par peur de se froisser avec le reste du groupe. Pour les gardiens, j’ai également fait un constat, depuis que je les entraîne, que ce soit à Lyon ou à Dijon.

Saturnin Allagbe conseillé par Grégory Coupet avant Bordeaux - Dijon, le 4 octobre 2020

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Lequel ?
G.C. : J’ai l’impression qu’ils ne se font pas assez entendre. Mon père, quand il m’entraînait, me disait sans cesse : "Gueule, gueule, gueule !" Le gardien est aussi celui qui doit savoir commander une défense. A l’entraînement, je répète sans cesse aux mecs qu’ils doivent gueuler, parler, encourager, chambrer, déconner, bref, mettre de la vie. Je le dis à Racioppi et Allagbe comme je le disais à Lopes et Tatarusanu à l’OL. Cela ne remet en rien en question leur niveau, mais pour moi, un gardien, c’est tout, il occupe un poste à part. Un gardien doit être rayonnant. Quelque part, cela rejoint ce que je disais tout à l’heure, sur le manque de communication de cette nouvelle génération.
Vous avez une forte personnalité, vous avez joué dans quatre grands clubs (Saint-Etienne, Lyon, Atletico Madrid, Paris-SG), et été international français à trente-six reprises. Peut-être que cela intimide vos gardiens…
G.C. : Mon CV me donne juste de la crédibilité. J’ai de l’expérience, je pense que je sais de quoi je parle. Mais je ne pense pas que les gardiens que j’entraîne soient impressionnés, car je suis proche d’eux, je suis dans l’échange. A l’entraînement, je déconne, je les chambre, car je veux que les séances soient vivantes. Je veux des sourires, des cris, bref, du rayonnement. Je donne beaucoup, je m’implique énormément, je demande juste le même investissement des joueurs…
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