Il fallait le voir célébrer ses buts à Angers et Nîmes. Ou plutôt ne pas les célébrer. Deux mines cruciales, peut-être les buts les plus importants de la saison des Verts, saluées simplement par un doigt pointé vers le ciel et un visage fermé. Aucune effusion de joie, aucune course frénétique, de la sobriété. A Geoffroy-Guichard, pour son triplé face à Bordeaux, un cœur dessiné avec ses mains destiné sans doute à ses proches. Et c'est tout. Est-ce l'absence de public qui n'invite pas franchement à se laisser déborder par ses émotions ? Peut-être. Mais il faut surtout se souvenir de ce qu'a traversé Wahbi Khazri cette saison pour comprendre pourquoi il n'hurle pas son bonheur chaque fois qu'il fait trembler les filets désormais.
Peu après son arrivée sur le banc des Verts, Claude Puel s'était rapidement montré cinglant sur le cas de son attaquant : "Je ne lui demande pas de marcher sur l’eau, juste de courir sur le terrain", avait taclé le coach des Verts en octobre 2019. Et depuis, la relation entre les deux hommes ne s'est pas apaisée. L'ancien coach du LOSC a déboulonné les statuts, celui de Khazri en tête. L’été dernier, son salaire important (200 000 euros mensuels) en avait fait une cible de Puel et de la direction dans sa politique de réduction des coûts, au sein d’un club en difficulté financière tant en raison de la crise sanitaire que celle des droits TV.
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Claude Puel, coach de l'ASSE

Crédit: Getty Images

Khazri ? Oui et alors ?
Mis à l'écart lors des périodes de mercato d'été et d'hiver, il a raté une grosse dizaine de matches cette saison. "Khazri, Boudebouz, Ruffier… ? Oui, et alors ? Les équipes se régénèrent aussi toutes les saisons", expliquait simplement Puel en septembre. Mais comme l'ancien Rennais n'a jamais trouvé de point de chute, le coach n'avait pas d'autres choix que de le réintégrer pour des performances apathiques. Hormis lors de ses six premiers mois à Saint-Etienne, Khazri est souvent apparu inoffensif, quand il n’était pas blessé ou suspendu. En 2019-2020, il n’a inscrit que trois buts en Ligue 1 (2 passes décisives) contre treize buts (dont 12 sur les vingt premières journées) en 2018-2019 (6 passes décisives). Et depuis, plus rien, ou presque jusqu'au déplacement à Angers.
Les torts sont forcément partagés : d'un côté, un joueur décevant en match. De l'autre, un coach qui ne fait pas tout pour le mettre en confiance. Pourtant, Khazri reste le plus gros talent des Verts, surtout dans un effectif qui souffre de l'absence de buteur et de création offensive. Pour le dire autrement, dans cette équipe, il est absolument indispensable et il n'a jamais été traité comme tel. Bien au contraire.

Khazri, expulsé à Lens

Crédit: Getty Images

Ce n'est pas parce que je ne jouais pas que je n'étais pas bon
"J’ai toujours été un joueur pas trop mauvais, j’essaie d’apporter ce que je sais faire. Après, il faut avoir de la confiance", se justifiait-il après son but à Angers dans une référence à peine masquée au management sans concession de Claude Puel. Avant de se montrer encore plus précis après le premier triplé de sa carrière la semaine dernière : "Ce n'est pas une saison facile pour moi, j’ai la confiance de mes équipiers, je travaille, je suis sérieux. Quand on me fait confiance, cela ne se passe pas trop mal généralement. Je n'ai jamais été un mauvais joueur, ce n’est pas parce que je ne jouais pas que je n'étais pas bon."
"Wahbi s'est rendu indispensable (…). Il a fait les efforts ces dernières semaines", lui a répondu Puel comme pour justifier la façon dont il a traité le Tunisien au cours de la saison. Une passe d'armes qui laisse assez peu de suspense sur le sort qui lui sera réservé l'été prochain, malgré ses états de service du printemps. La seule vérité : c'est lui qui a sauvé la peau des Verts et de leur coach en Ligue 1. En inscrivant cinq buts lors des quatre derniers matches (pour trois victoires), il a libéré Saint-Etienne du poids d'une fin de saison au couteau. "J’ai la chance d’avoir des partenaires qui sont extras avec moi, et une famille qui me soutient." Pas un mot pour le coach. Comme pour les célébrations, ça ne peut pas être un hasard.
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