Comment êtes-vous passé du statut d'ancien capo des Red Tigers 1994 à celui de speaker officiel du RC Lens à Bollaert ?
Sylvain Lemoine : Ça ne s'est pas fait du jour au lendemain. J'ai fait une pause d'activité pendant deux ou trois ans au stade où je n'étais plus affilié avec personne. Et puis, le club cherchait quelqu'un pour prendre le relais dans la fonction de speaker. Des gens ont alors pensé à moi, m'ont demandé si j'étais intéressé de candidater. On s'est trouvé des intérêts communs à ce moment-là.
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Vous pouvez nous raconter votre recrutement ?
S.L : J'ai suivi le processus avec les candidats de l'époque. Au moment de la première étape, j'étais sur mon lieu de vacances. Il fallait faire une vidéo avec une mise en situation. J'ai fait ça dans le garage d'un pote qui habitait pas très loin. Puis, au moment de venir faire des tests au stade, on m'a demandé de faire les annonces, notamment le prochain match. Ce qui les a fait rigoler, c'est que j'ai annoncé un match de Ligue des champions contre l'Atlético. Ça m'a rappelé ma jeunesse (rires).

Le stade Bollaert, une expérience à part entière

Crédit: Imago

Est-ce que vous avez eu vent de réactions de vos anciens copains en tribunes ?
S.L : C'est resté secret jusqu'au jour J. Mais je n'ai pas eu de retours négatifs. Apparemment, les avis sont plutôt positifs, des retours que j'ai.
Vous êtes encore en contact avec eux aujourd'hui dans votre quotidien ?
S.L : Oui, évidemment. On essaye de se caler, notamment pour les tifos. Quand il y en a un, je le sais plus ou moins, sans avoir toutes les infos mais je connais le support et ce qu'ils attendent de ma part. Plus ça avance, plus on gagne en fluidité. Mais moi, mon rôle, ce n'est pas de faire le capo (celui qui lance les chants les supporters, NDLR) au milieu du terrain. De leur côté, eux, doivent absolument garder leur indépendance. Et moi, je dois réussir à aller chercher le reste du stade.
Un capo qui devient speaker officiel, on ne verrait pas ça partout en France…
S.L : Non mais les autres clubs n'ont peut-être pas essayé. J'ai vu qu'au Havre, au moment d'écarter leur speaker, ils ont mis en avant le fait qu'il était trop proche des supporters. C'est un peu paradoxal je trouve.

Des supporters lensois déplient leurs écharpes à Bollaert, en août 2022

Crédit: Getty Images

En France, certains clubs sont traversés par une crise d'identité, qui affecte la relation avec les supporters. A Lens, on envie presque ce qu'il se passe…
S.L : Clairement, la cellule dirigeante a pris cette direction-là depuis plusieurs saisons. Depuis que Joseph Oughourlian et Arnaud Pouille sont là, le RC Lens est une locomotive pour eux. C'est important de garder cette identité à Lens. Quand d'autres clubs vont parfois essayer d'aller chercher d'autres choses, on essaye de garder ce lien avec le stade et les supporters. On le voit au niveau des joueurs choisis, ce sont souvent des joueurs qui correspondent à nos valeurs. C'est hyper agréable de suivre le Racing aujourd'hui. Même en comparant avec la grande époque du RC Lens, ces valeurs-là étaient peut-être un peu moins mises en avant même si les résultats étaient encore meilleurs. Aujourd'hui, on se reconnaît dans cette équipe, dans ce club.
Si vous deviez résumer Bollaert à quelqu'un qui n'y a jamais mis les pieds, quel mot utiliseriez-vous ?
S.L : Atmosphère. C'est difficile à expliquer. Ce n'est pas que l'ambiance parce qu'en France il y a d'autres stades qui ont ça. Mais il y a une atmosphère qui se dégage à Lens qui est unique. Quand l'Inter ou West Ham sont venus cet été, les gens de ces clubs ont tous utilisé ce mot "atmosphère". Ce n'est pas aussi coordonné qu'au Vélodrome, où il y a une culture Ultra, où c'est organisé. Ici, ça peut partir à tout moment, de n'importe quelle tribune. Tout le monde est concerné en fait. Ce qui s'en rapproche le plus en France, je dirais que c'est Geoffroy-Guichard.

Les supporters du RC Lens à Bollaert.

Crédit: Getty Images

Est-ce que la soirée autour de la prolongation de Seko Fofana fut la chose la plus folle vécue à Bollaert ?
S.L : C'est bizarre parce que je ne peux pas dire ça. C'était extrêmement fort. Mais avec mon rôle, je suis parfois en recul. Parfois, je vis le truc mais j'ai du mal à saisir l'importance du moment, je pense à ce qu'il faut faire après etc… C'est seulement trois ou quatre jours plus tard que je percute. Pour Seko, je l'ai appris seulement quinze minutes avant. J'étais focus sur ça, je n'avais rien répété. Donc j'étais stressé, j’avais peur qu'on rate le moment.
Et vous avez eu des retours d'autres supporters ?
S.L : Par contre, juste après, j'ai eu la patate de messages. Tout le monde pensait que je le savais en plus, donc je me suis fait engueuler. "Mais pourquoi tu ne nous l'as pas dit ?!". Au fond, ce n'est qu'une prolongation mais, comme disait Gervais Martel, ça remet l'église au centre du village. Et puis le fait de voir Seko aussi ému… La jeune génération a dû vivre une soirée folle. Ils ont vécu une période compliquée pendant des années. Maintenant, j'espère qu'ils auront leurs matches références et on en prend le chemin.
Ce dimanche, Lens reçoit l'OL. Racontez-nous votre avant-match.
S.L : Là, c'est bien parce que c'est dimanche. Parfois, les vendredis, tu sens que ce n'est pas pareil en termes d'énergie, d'électricité ou d'intensité. J'arrive trois heures trente avant, je me gare assez loin du stade. Après, je traverse le parking et j'adore ça. Je croise les gens que je connais, je parle avec certains, je vois le truc monter. Après, je retrouve l'équipe animation et c'est parti. Au début, je disais "je veux faire ci, ou faire ça". Mais le protocole permet finalement peu de libertés. Donc il faut toujours s'adapter. Je me prépare surtout à plein de trucs. Quand je viens en voiture, on dirait un gamin (rires). J'ai des flashes sur ce qu'il peut se passer, sur des scénarios possibles. J'essaie d'avoir un max d'anticipation. Et puis, je travaille quand même les noms de l'équipe adverse, par respect pour eux.
Qui est le chouchou de Bollaert, le plus acclamé ?
S.L : Seko, ça marche bien. Mais les gens aiment beaucoup Florian Sotoca aussi, qui est un peu à notre image. Jonathan Gradit aussi, moins médiatisé mais hyper apprécié. Medina aussi, un peu fou, un peu sud-américain, que les gens aiment bien. Mais le groupe est franchement sympa. Même Brice Samba : on ne le connaissait pas et finalement, avec son style et ses performances, tout le monde l'aime. Pareil pour Loïs Openda.
Avez-vous des matches qui vous viennent directement en tête à Bollaert ? Comme capo puis comme speaker ?
S.L : En tant que capo, c'est facile. C'est le quart de finale de Coupe de France 2013 contre Bordeaux. On n'est pas favori, il n'y avait que des jeunes de la Gaillette, il y avait Sikora sur le banc, le scénario est dingue, le match est en fin d'après-midi. C'est la plus grosse ambiance que j'ai vécue. D'un point de vue consistance en fait : c'était des vagues qui ne s'arrêtaient pas. On se fait sortir mais cette soirée-là…
Et comme speaker ?
S.L : Speaker, je n'ai que des bons souvenirs. Le premier match à guichets fermés, j'ai les jambes qui tremblent, je suis incapable d'aligner trois mots. Moi, j'ai fait ma première saison en période COVID. Donc il n'y avait personne dans le stade. On redémarre contre Sainté, bim !, guichets fermés. Je ne m'y attendais pas du tout. J'ai juste bugué en fait. J'ai passé la dernière heure du match sur le banc pour m'en remettre. Après, ça a été, j'étais parti. Mais la première, c'était invraisemblable. Le reste, c'est tellement de bons souvenirs : la première fois que tout le stade te suit, mon anniversaire où les joueurs me mettent la misère…

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Vous évoquiez les grandes heures de Lens. La Coupe d'Europe la saison prochaine, c'est dans un coin de la tête ?
S.L : Ce serait le petit switch à encore activer pour le club. Il ne manque plus que ça pour franchir un palier. Et tu as envie de te confronter à ça. Au niveau du foot, au niveau des tribunes. Cette semaine, j'ai retrouvé mon ticket pour RC Lens – Bayern Munich. Ça fait vingt ans, vous imaginez ! On a envie d'y retourner, c'est normal. Le souci, c'est que mon employeur va devenir fou.
Vous faites quoi ?
S.L : Je travaille à la Poste. J'étais facteur avant mais désormais, je suis chargé de clientèle. Mais là, avec une éventuelle Coupe d'Europe, je devrais partir plus tôt les mardis, mercredis ou jeudis. Je devrais demander les RTT de tout le monde, ça va être n'importe quoi (rires). Mais mes collègues et mon patron sont supporters aussi donc ils savent. Et ils sont plutôt compréhensifs.
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