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Furlan sur le huis clos : "C’est l’horreur absolue !"
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Publié 18/05/2020 à 15:01 GMT+2
Entraîneur de l’AJ Auxerre, Jean-Marc Furlan a accepté de détailler le quotidien d’un club professionnel au temps du Covid-19. Entre la crise sanitaire, ses conséquences économiques, l’absence de jeu pendant plusieurs mois et les perspectives d’avenir, les sujets sont nombreux. Entretien.
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Être coach d’une équipe professionnel française aujourd’hui, est-ce être amené à travailler avec moins de joueurs dans l’effectif la saison prochaine ?
Je ne vais pas l’exprimer comme ça même si c’est un peu ça. Je pense qu’un entraîneur doit être capable de s’adapter à ce qu’on lui propose. Mais il y a un vrai souci, même à l’AJA, d’économie. Il faut se dire que quelque part on va gérer la saison avec un effectif plus restreint. C’est aussi lié à ce que va nous imposer la DNCG mais aussi, au même titre que les entreprises dans le monde économique habituel, ce qui va s’imposer après cette crise sanitaire. Fatalement, il va falloir être prudent. Ce sont ces consignes que l’on a en tête.
Comment vous organisez-vous pour la période qui s’ouvre ?
Très honnêtement, c’est très délicat. C’est la première fois en 70 ou 80 ans qu’on connait un arrêt aussi long pour les sportifs professionnels et particulièrement pour les sports collectifs puisque les rassemblements sont interdits. Beaucoup disent, qu’au moins, on sera tous à la même enseigne. Certes. Mais ça va être un vrai casse-tête pour relancer le tout : savoir si on a le droit aux matches amicaux à huis clos par exemple.
Et physiquement pour les joueurs ?
C’est trois mois d’arrêt pour les joueurs. Alors, bien sûr, il n’est pas total puisqu’ils font des footings, du vélo. Mais ils ne touchent pas le ballon. Et ça, c’est capital. Parce que désormais on travaille presque à 100% avec.
Moralement, les difficultés doivent être réelles aussi…
Il y a des vraies frustrations sur le plan mental. Faut se rappeler que notre sport est un vrai sport plaisir, un vrai truc de passion. Les joueurs se régalent avec un ballon, c’est aussi simple que ça. Donc ils ont un vrai manque qui peut être très préjudiciable à la reprise.
Vous avez déjà un programme pour l’été à venir ?
Certains vont faire un plan en 7 ou 8 semaines. On va attendre le 20 mai et la réunion des dirigeants pour déterminer la première date de la saison prochaine. A partir de ça, on va fignoler huit semaines de reprise. Une semaine spécialement consacrée aux tests médicaux puis les sept d’après consacrées au travail à proprement dit.
Valérien Ismaël nous expliquait au début du confinement qu’il avait donné des devoirs à ses joueurs. Et vous ?
Oui, c’est tout à fait ça. D’abord, on a demandé à tous nos joueurs de rester à Auxerre. J’en avais quatre ou cinq par jour au téléphone pour entretenir le contact. Ensuite, eux devaient suivre un programme défini par le staff technique sur un logiciel. Ils devaient rendre compte de leur travail au quotidien via des protocoles de travail. Je pense que tout le monde a fait ça.
De la tactique aussi ?
Via Whatsapp, je leur faisais des messages pour qu’ils se mettent à la vidéo. On a des serveurs privés sur lesquels on avait fait des montages vidéo sur les 25 matches disputés avec points forts et points faibles. Je leur recommandais de faire au moins 15 minutes par jour. Après, je ne suis pas derrière eux (rires). Mais j’ai tendance à faire confiance aux footballeurs contrairement aux médisances qui sont souvent adressées aux footballeurs.
La possibilité de reprendre à huis clos est réelle : qu’est-ce que cela représente pour vous et pour le club ?
Ah mais on va jouer à huis clos. Mais c’est l’horreur absolue ! Rien que d’y penser…. Le foot, c’est de jouer devant des gens. Au village, devant ta fiancée, devant ta femme, devant tes enfants, devant ton grand-père… Mais tu joues devant des gens qui veulent partager avec toi. C’est ça le foot. Ça va être imposé, on le comprend très bien. Mais le foot, c’est le partage.
Et les joueurs ?
J’en ai certains qui m’ont dit : ‘Coach, moi, ou il faut que je me fasse insulter ou il faut que je me fasse encourager mais il faut qu’il y ait quelqu’un’". Va falloir se démerder (rires). On va se plier à ça mais c’est l’horreur.
Sachant que l’Allemagne a repris, que l’Italie et l’Espagne suivent cette voie-là, est-ce que vous acceptez encore l’arrêt des championnats décidé en France ?
Oui, je l’accepte. Même si je suis un bon Français rebelle et révolutionnaire, il faut avoir l’intelligence et la discipline de se plier à une décision prise par des gens plus compétents que nous sur ces sujets-là. Mais les dix matches qui venaient étaient les dix matches les plus importants de la saison. Depuis qu’il y a la victoire à trois points, les dix derniers sont les plus importants. A titre personnel, j’aurais beaucoup beaucoup aimé les faire pour finaliser les choses. Mais on se plie à la décision.
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