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Analyse tactique : Le PSG a été trop conservateur
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Publié 09/04/2014 à 11:44 GMT+2
Si le PSG a vu son aventure européenne s'arrêter à Chelsea, il peut d'abord s'en prendre à lui-même et à son attentisme coupable. Analyse tactique.
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78% de chances de qualification. C’était le chiffre qui était sur toutes les lèvres après le match aller entre le PSG et Chelsea. Les Parisiens avaient plus de trois chances sur quatre de voir les demi-finales. Et pourtant, ils ont chuté alors que le "plus facile" restait à faire. La faute à une équipe de Chelsea réglée comme une horloge pour gérer les 90 minutes de jeu restantes… et certains choix tactiques qui pourront être discutés côté parisien.
Laurent Blanc a bien brouillé les cartes la veille de la rencontre en mettant Pastore du côté des titulaires. Car au coup d’envoi, c’est un onze sans surprise qu’il propose. Ibrahimovic absent, c’est Lucas Moura qui rentre dans le onze de départ et permet à Cavani d’occuper la pointe de l’attaque.
Côté Chelsea, par rapport au match aller, José Mourinho récupère Eto’o et perd Ramires suspendu : incertain encore hier, le Camerounais est bien sûr de retour à la pointe de l’attaque tandis que le Brésilien est remplacé par Lampard dans l’entrejeu. Un changement qui pose une vraie question quant à la capacité des Blues à aller chercher le PSG aussi haut qu’au match aller (et notamment Verratti, adversaire direct de Ramires il y a une semaine).
Et ce problème se confirme pour les Blues durant les premières minutes. Alors que les déclarations de la veille laissaient penser à un premier quart d’heure très intense en raison du pressing des locaux, c’est le PSG qui fait la meilleure impression, dans un registre qui diffère toutefois de ses habitudes.
A l’aller, les Parisiens avaient bien débuté la partie en allant chercher Chelsea jusqu’à Terry et Cahill, Ibrahimovic accompagnant le pressing de Matuidi et Verratti. Cette fois, ils décident de positionner leur premier homme (Cavani) à hauteur de David Luiz. Terry et Cahill ne sont pas pris en compte par l’organisation parisienne et sont libres d’effectuer la première relance.
Le PSG fait le choix d’attendre
Derrière Cavani, c’est un 4-1-4-1 qui se dessine. A gauche et à droite de leur avant-centre, Matuidi et Verratti ont pour mission de suivre les décrochages de Lampard, Oscar ou Willian afin de les empêcher de se mettre dans le sens du jeu. Positionné devant la défense, Thiago Motta compense les déplacements de ses partenaires du milieu de terrain. Résultat de ce travail, bien complété par le repli sérieux de Lavezzi et Lucas Moura, les Parisiens bloquent complètement l’axe et Chelsea est condamné à contourner le bloc adverse.
Les Parisiens laissent Terry et Cahill sans opposition. En première ligne, Cavani suit David Luiz. Le pressing vient de derrière avec Matuidi et Verratti sur Willian et Lampard.
Lorsque les milieux de Chelsea décrochent, le joueur le plus proche du ballon côté parisien sort de l’alignement pour ne pas les laisser sans opposition. Ici, Matuidi se retrouve dans la zone de Willian et Lampard. De sa position devant la défense, Thiago Motta compense et vient fermer l’intervalle laissé libre par son partenaire.
Les premiers mouvements des Blues se construisent sur les ailes, mais comme au match aller, le repli efficace des ailiers parisiens limitent les opportunités. Chelsea a besoin des déplacements latéraux d’Oscar pour se défaire de cette emprise parisienne sur les côtés. En dézonant (surtout côté gauche), le Brésilien crée une situation d’égalité numérique et donc les conditions pour conserver la balle et créer des un-contre-un. Il se retrouve à l’origine de la première situation dangereuse de la partie (centre pour Eto’o, 9e).
A défaut de pouvoir construire depuis le milieu de terrain en raison de l’activité de Matuidi et Verratti, les Blues s’appuient sur du jeu long, à partir de Terry-Cahill, pour mettre le jeu dans le camp parisien. Aux attaquants ensuite de mettre l’énergie nécessaire pour gagner les seconds ballons.
Problème, l’équipe est beaucoup moins efficace qu’il y a une semaine pour asphyxier ensuite son adversaire. L’absence de Ramires se fait sentir, alors que le PSG s’appuie toujours sur le trio Motta-Verratti-Matuidi pour faire circuler le ballon. Cavani décroche même très bas pour leur venir en aide et favoriser les sorties de balle. Paris dépasse facilement la ligne médiane, mais peine ensuite dans le camp adverse. Servi sur les ailes, Lavezzi et Lucas Moura sont censés apporter leurs qualités de percussion pour faire la différence.
Chelsea gère l’horloge
Souvent servi dans le bon tempo, les deux hommes parviennent à prendre de vitesse leurs vis-à-vis « à l’impact ». Mais les problèmes commencent justement après leurs prises de balle. En repiquant dans l’axe, ils se heurtent d’abord à un David Luiz impérial, qui se trouve sur toutes les trajectoires. S’il ne récupère pas tout le temps le ballon, le Brésilien ralentit au moins ces adversaires.
Il permet ainsi le retour du latéral battu au départ de l’action (Azpilicueta a souvent rattrapé Moura) ou d’un autre joueur (Lampard, Willian), qui va pousser le Parisien à la faute technique et à la perte de balle. Impressionnant par leur pressing à l’aller, les Blues sont désormais impériaux dans le repli, annihilant ainsi les ballons d’attaque parisiens.
Le PSG s’offre des phases de possession au milieu de terrain, mais celles-ci restent stériles. En face, Chelsea parvient ensuite à repousser son adversaire dans son camp grâce au travail de Oscar-Willian, David Luiz et Eto’o dans l’axe, alors que les couloirs sont fermés à double tour.
A l’approche de la demi-heure de jeu, les Blues montent d’un cran. David Luiz évolue plus haut afin de bloquer Verratti, mais n’oublie jamais de redescendre pour couper les courses de Lucas ou Lavezzi. Les occasions commencent à se multiplier pour les hommes de Mourinho : Lampard sur coup-franc (27e), David Luiz et Eto’o de loin (29e, 31e). Finalement, c’est Schürrle, entré en jeu à la place de Hazard (18e) qui fait la différence sur une touche longue d’Ivanovic (1-0, 32e)… après ce qui a tout simplement été la première vraie séquence de pressing des Blues dans le camp parisien.
Dans leur camp, les Blues ne laissent rien au hasard. Les couloirs sont fermés par les replis des ailiers (ici, Oscar et Hazard) : pas de profondeur pour Lucas, Cavani ou Lavezzi. Face à la circulation de balle adverse, Lampard reste seul devant la défense, laissant David Luiz et Willian travailler pour faire reculer les milieux parisiens. Eto’o suit le mouvement lorsque le ballon revient dans les pieds d’Alex ou Thiago Silva. Les Blues profitent ici pleinement de l’absence d’Ibrahimovic, dont les décrochages fixent généralement les deux milieux axiaux (ici David Luiz peut ressortir de sa position).
Paradoxalement, l’entrée de Schürrle a marqué le premier réveil des Blues dans ce match. Peu avare en courses, Schürrle a été un bon complément à Oscar et Willian pour relancer le pressing depuis son aile gauche, apportant même une profondeur bienvenue en phase offensive, afin d’embarquer une partie du bloc parisien et ouvrir des espaces entre les lignes à ses partenaires. Fort de leur but d’avance, les Blues relâchent leurs efforts au pressing : l’objectif de leur première mi-temps est déjà atteint.
Seconde période
La deuxième mi-temps débute comme la première s’est achevée. Les cinq premières minutes de jeu sont très hachées : la bataille continue au milieu de terrain et des fautes sont concédées des deux côtés. Chelsea frappe toutefois très fort sur une attaque rapidement menée suite à une perte de balle de Verratti, pris entre Oscar et Lampard au niveau de la ligne médiane. Au bout du mouvement, Schürrle expédie le ballon sur la barre (52e). S’en suit un coup-franc renvoyé sur cette même transversale par Oscar (54e).
Après cette phase de jeu, Laurent Blanc décide de réagir et fait entrer Cabaye à la place de Verratti, déjà averti et coupable sur cette dernière occasion londonienne. L’ancien Magpie relance le pressing parisien, rééquilibrant la première ligne en s’activant à la droite de Cavani pour retrouver un équivalent à Matuidi qui continue son travail côté gauche.
Comme au match aller, ce dernier se signale aussi en attaquant dans le couloir. Avec Willian chargé de faire ressortir le bloc de Chelsea, il s’infiltre plusieurs fois dans le dos d’Ivanovic et le pousse même à la faute. Sur un coup-franc obtenu par l’international français, Lavezzi oblige Cech à se détendre pour éviter un remake du second but du match aller (56e).
Le véritable tournant de l’affrontement tactique intervient dix minutes plus tard lorsque Ba remplace Lampard (66e). A partir de ce moment, Chelsea abandonne la construction au sol dans l’entrejeu. Il s’agit désormais de sauter le milieu de terrain afin de chercher les déviations du Sénégalais, en espérant trouver Schürrle, Eto’o, Oscar sur les seconds ballons.
Les Blues profitent dès lors pleinement du choix tactique du PSG d’arrêter le pressing au niveau de David Luiz : Cahill, Terry mais aussi Ivanovic et Azpilicueta allongent depuis des positions plus reculées et sans aucune pression. Au milieu de terrain, les milieux (Willian) continuent de décrocher afin de faire sortir leurs adversaires directs (Cabaye) et augmenter les chances de récupérer les seconds ballons pour leurs partenaires. A la retombée des relances, Ba entre vite dans le match et prend la mesure de ses adversaires : Schürrle en profite mais ne peut conclure (68e).
La pression augmente sur la défense parisienne mais Laurent Blanc semble reprendre la main avec l’entrée en jeu de Pastore à la place de Lavezzi. Beaucoup moins dans le dribble que ce dernier et Lucas Moura, le héros du match aller pose des problèmes à Chelsea, qui cherchait jusqu’ici à ralentir les dribbles des ailiers parisiens pour ensuite les enfermer à deux ou trois.
Depuis plusieurs minutes maintenant, le match est au bord du basculement : d’un côté une déviation peut tomber dans les pieds d’un Blues, de l’autre Lucas Moura ou Pastore peuvent faire la différence sur un dribble face aux adversaires restés en couverture. Arrive alors le troisième et dernier changement de Laurent Blanc : l’entrée en jeu de Marquinhos à la place de Lucas Moura (84e).
Face aux trois attaquants axiaux de Chelsea, l’ajout d’un troisième défenseur central pourrait faire en effet faire la différence. Avec Marquinhos pour épauler Thiago Motta, Alex et Thiago Silva, les Parisiens ont sur le papier de quoi répondre au jeu long des Blues. Sauf que ce n’est absolument pas ce qui est prévu par Laurent Blanc.
Marquinhos entre en effet en jeu au milieu de terrain. C’est Thiago Motta qui glisse en défense centrale sur les longs ballons, alors que Cabaye se retrouve à bloquer le flanc droit. Au final, rien ne change réellement : le PSG continue de laisser partir les longs ballons (Pastore et Cavani ne jouent pas plus haut grâce à l’entrée de Marquinhos) et le recul de Thiago Motta en défense ne change rien puisqu’il n’est pas compensé par le repositionnement d’un joueur devant celle-ci. En un changement, le PSG se retrouve avec deux joueurs qui ne sont pas à leurs postes de prédilection (Cabaye, Marquinhos).
José Mourinho joue alors son va-tout en faisant entrer en jeu Torres à la place d’Oscar (81e). Chelsea passe à trois attaquants axiaux et continue de mettre le jeu dans le camp parisien via de longues ouvertures. Schürrle et Willian luttent pour les seconds ballons et David Luiz reste en couverture devant sa défense.
Le match bascule finalement sur un deuxième ballon renvoyé dans la surface par Azpilicueta et poussé au fond des filets par Ba, qui devance Maxwell au second poteau (87e). Après ce but, Mourinho se dépêche d’aller donner ses consignes à ses attaquants : Chelsea bascule en 4-1-4-1 avec Eto’o en pointe, Torres et Ba pour bloquer les ailes et gêner les centres de Maxwell et Jallet. David Luiz se rapproche de ses défenseurs et Willian-Schürrle sont chargés de bloquer le milieu de terrain.
Paris met toutes ses forces dans la bataille en faisant monter Alex en position d’avant-centre. Immédiatement, Chelsea répond tactiquement : Ba recule entre Cahill et Terry pour se charger du défenseur parisien, Schürrle le remplace côté gauche et Willian continue de s’épuiser dans l’axe pour bloquer le jeu court (qui n’existe de toute façon plus à ce moment de la partie). Chelsea finit la partie avec cinq défenseurs (dont Demba Ba en position de libéro) et arrache sa qualification.
Alex aux avants-postes, Ba redescend en position de défenseur central pour suppléer Terry et Cahill. En première ligne, Willian et Schürrle redoublent d’efforts pour gêner les lancements de jeu adverses.
Conclusion
A l’aller, José Mourinho avait expliqué la défaite de ses troupes par des faillites individuelles. Hier soir après la rencontre, il a indiqué "faire profil bas parce que c’était juste une victoire." Et pour cause, ses hommes ont juste fait le boulot, sans faire d’erreurs. Les attaquants n’ont quasiment pas eu de déchets quand il s’agissait de conserver le ballon, limitant dès lors les ballons de contre pour le PSG.
Sans le ballon, c’est toute l’équipe qui a fait preuve d’une grande solidarité autour d’un David Luiz impressionnant pour annihiler les deux « dynamiteurs » parisiens, Lucas Moura et Lavezzi. Ces menaces éteintes, Chelsea a ensuite pris son temps pour construire sa victoire.
Sur ce point, les Blues ont profité du projet de jeu sans doute trop conservateur des Parisiens. L’absence d’Ibrahimovic (ou la présence de Cavani) aurait sur le papier pu permettre au PSG d’aller chercher plus haut son adversaire et de le mettre sous pression. Au lieu de ça, ils ont joué plus bas qu’il y a une semaine et laissé Terry-Cahill sans opposition durant toute la rencontre.
Or jouer plus bas, Chelsea l’avait expérimenté à l’aller en seconde mi-temps, c’est se retrouver sous la menace de coups-francs et autres détails, comme la touche longue qui a permis à Schürrle d’ouvrir le score. En ne changeant pas d’approche après la pause, Laurent Blanc a laissé la possibilité à Mourinho de mettre en place son coaching hyper-offensif. Faire entrer des avant-centres peut payer si cela ne se fait pas au détriment de la transition. Cela n’était pas le cas hier soir pour Chelsea, grâce à la passivité du PSG.
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