Enfumage, mise au vert et casque d’or : les anciens de 1993 racontent leur grand soir face au Real
Par Maxime Dupuis
Publié 05/03/2018 à 16:53 GMT+1
Vingt-cinq ans après, Vincent Guérin, Laurent Fournier et Amara Simba sont revenus pour Eurosport.fr sur la formidable soirée du 18 mars 1993 où, après avoir perdu 3-1 en quart de finale aller de la Coupe de l'UEFA, ils avaient renversé le Real Madrid et écrit l'une des plus belles pages de leur histoire et de celle du football français.
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Rendez-vous était pris dans un restaurant proche de Paris. Vincent Guérin, Laurent Fournier et Amara Simba ont devisé pendant une bonne heure d’un match qui a marqué l’histoire du football français et du Paris Saint-Germain. Il y a vingt-cinq ans, le PSG sortait le Real Madrid au prix d’une remontée fantastique (4-1, aller 1-3) et d'un scénario complètement dingue. Tous se souviennent de cette soirée comme si c’était hier. Vincent Guérin, le cadre du milieu, Laurent Fournier, le suspendu frustré, et Amara Simba, le titulaire surprise, racontent leurs souvenirs. Et la genèse d’une victoire incroyable. En 2018, les liens qui unissent les trois hommes sont toujours les mêmes. Complices, parfois chambreurs mais toujours autant marqués par une soirée inoubliable. Voici leur histoire orale.
1. L'aller, la réunion et la rage
Vincent Guérin : "Je me souviens qu’on avait la rage après le match aller, en raison du scénario. Il y a d'ailleurs des similitudes assez incroyables avec l’aller de cette année. Un penalty n’avait pas été sifflé en notre faveur, sur un raid de David Ginola. Patrick Colleter a aussi une occasion pour le 2-2, il ne marque pas. Et sur la contre-attaque, on prend le penalty du 3-1. Sur l’action, Alain Roche se fait expulser. Bernard Lama arrête la tentative de Michel, mais il marque en deux temps. Il y avait tout ce scénario qui nous avait irrités… Surtout, on avait l’impression de s’être bien fait 'enfumer'. Avant le retour, tu ne peux pas avancer que tu vas te qualifier. Tu as deux buts de retard mais on s’était dit : 'Ils se qualifieront peut-être mais ils ne passeront pas une bonne soirée. On va faire un match d’enfer'.
- Laurent Fournier : La mise au vert précédant le match retour durait un jour de plus. Le match était programmé le mercredi, ils sont partis le lundi à Saint-Quentin. Ceux qui ne jouaient pas, dont les suspendus comme Alain (Roche) et moi, sont allés manger avec eux le mardi midi et après, on est reparti. On jouait tous les trois jours, il fallait qu’on retourne s’entraîner pour le match de championnat. Avec Artur Jorge, c’était les seize mecs qui faisaient la mise au vert. Pas tout le groupe.
- Vincent Guérin : Le moment marquant de cette mise au vert, c’est la réunion dans la chambre de Bernard (Lama). Tout le monde était là. Après le repas, Bernard a commencé à parler. Puis, c’est devenu collégial. La parole était libre. Il avait initié ça et tout le monde a participé à la discussion. Sans staff, sans rien. Pas de Joël Bats, pas de Denis Troch, pas d’Artur Jorge. Juste nous. Les joueurs. Ç’a été un mouvement fédérateur. Impossible de savoir qu’on allait se qualifier mais on avait mis les ingrédients pour y parvenir. Je n’ai plus les mots en tête mais c’était surtout d’unir une force pour ce match-là. L’objectif était de les faire souffrir. La qualification, c’était la cerise sur le gâteau.
- Amara Simba : Tout le groupe s’était réuni pour se dire qu’il y avait de la place. Que ce soit Ricardo, Vincent ou les autres, on savait ce qu’on avait à faire. On n’avait pas besoin de se parler. Juste un regard et on savait. On a eu la chance d’avoir cet esprit de groupe et cette maturité. On avait une vision commune. Pas de bande à part dans ce groupe.
2. Le retour et l'aura du Real
- Laurent Fournier : Etant suspendu, j'étais dans les tribunes du Parc mais quand j'ai senti cette atmosphère, j'ai compris qu'il ne pouvait rien nous arriver. Tu sens cette force, tu sais qu’il se passe quelque chose ce soir-là.
- Amara Simba : Avant le coup d’envoi, ça se sent. Il fallait qu’on fasse quelque chose. Pour l’équipe, pour les supporters.
- Laurent Fournier : Quand tu regardes le terrain, tu vois Zamorano, Hierro, Butragueno… On les voyait jouer à la télé un an avant. Prosinecki, je l’avais affronté en finale de la C1 avec l’OM contre l’Etoile Rouge de Belgrade en 1991. Le mec, c’était le top.
- Vincent Guérin : Le Real Madrid reste le Real Madrid, on peut toujours dire que c’est un petit Real en 1993 mais ça restait un club de compétiteurs. Et pour nous, comme pour le PSG aujourd’hui, c’était une histoire qui démarrait. Le PSG de 2018 en est un peu là aussi, à essayer de renverser une grande équipe.
- Laurent Fournier : La grosse différence, c’est qu’on était vraiment dans le rôle des outsiders. Là, vu les investissements, ce n’est pas du tout la même chose. Ils ont perdu 3-1 à l’aller et se retrouvent dans le rôle d’un favori qui doit passer. Nous, si on perdait contre le Real, ce n’était pas un drame.
- Amara Simba : Je revenais de blessure et n’étais pas titulaire à l’aller. Il fallait tenir un résultat là-bas. Vu notre effectif, c’était loin d’être impossible. Au retour, par magie, on a joué avec un système plus offensif, dont je faisais partie. Je l’ai appris après la causerie. Je pivotais autour de George (Weah). David Ginola était excentré. Je me souviens d’une image en particulier : dès qu’on a donné le coup d’envoi avec George, on est parti à fond, un pressing de folie. Pendant une heure, j’ai couru partout. J’avais tellement envie de jouer. Je suis sorti à vingt minutes de la fin et Daniel (Bravo) est entré. D’habitude, je rentrais en fin de match. Cette fois, c’était le contraire.
- Laurent Fournier : Il n’y avait encore que deux changements autorisés à l’époque. Pas de chance, l’un des deux est tombé sur toi… (rires)
3. L'interminable attente
- Vincent Guérin : On ouvre le score en première période et puis le deuxième but s’est fait attendre. 81e minute, c'est très très long.
- Laurent Fournier : Comme disait souvent Artur Jorge : 'Il ne faut pas en prendre un. On aura toujours les occasions d’en mettre un'. Il avait raison. Même lorsqu'on était menés, il nous disait toujours de ne pas partir à l’abordage. 'Vous aurez les occasions, il faudra juste les mettre au fond', répétait-il.
- Vincent Guérin : La force de ce groupe, c’est d’avoir refusé d’abdiquer. On n’a jamais baissé les bras même si le temps s’écoulait. On avait des doutes mais certains injectaient du positif. C’est ce qui a fait la force de cette équipe : le mental. Nos entraînements, c’était de la folie. Celui qui perdait le ballon à la passe à dix… Les petits jeux, on y allait pour les gagner. Il y avait de l’enjeu entre nous, alors imaginez durant les matches…
- Amara Simba : Tout le monde avait ce mental dans cette équipe. Des titulaires au dernier remplaçant.
- Laurent Fournier : Aussi, l’ambiance au Parc était exceptionnelle durant les matches de Coupe d’Europe. A l’échauffement, tu allais tribune Boulogne, tribune Auteuil pour saluer. Tu avais des supporters qui s’identifiaient aux joueurs, ça te rapprochait d’eux. Ça mettait de la vie. Le Parc des Princes en Coupe d'Europe, c'était un peu comme la préparation des matches d’Artur Jorge : le top. Il préparait ses matches européens comme personne. Tu savais tout sur tout.
- Amara Simba : Le stade… les deux virages…
4. Douche froide, délivrance et casque d'or
- Vincent Guérin : Quand on encaisse le but du 3-1 à la 92e minute, on prend un coup derrière les oreilles. Surtout, je me souviens que je me dis à ce moment : 'on est rincé…' Personnellement, j'étais bien entamé. Et maintenant, on doit repartir pour une prolongation. C'est mal barré. Tu prends cher dans un moment comme ça. Mais le public a toujours été derrière nous. Ç’a aussi été notre chance. Le Parc a toujours cru en nous.
- Laurent Fournier : Moi, des tribunes, je vois ça... Je me dis quand même qu'il va falloir une sacrée force mentale pour repartir. Après, il y a le coup franc qui amène le but. Je ne sais même pas s’il y a vraiment coup franc d’ailleurs…
- Vincent Guérin : On ne s’en souvient plus trop mais Antoine Kombouaré a une part de responsabilité sur le but de Zamorano parce qu'il se fait dépasser sur la remise de la tête de Michel. En plus, Antoine avait tellement morflé… Il avait eu une saison compliquée, il était en concurrence avec Alain Roche et Ricardo, il ne jouait pas souvent. Pour lui, ce match et Anderlecht avant, c’est une aubaine.
- Amara Simba : On se qualifie à la dernière seconde grâce à Antoine Kombouaré qui n’était pas titulaire. Alain Roche était suspendu contre le Real. A Anderlecht, il rentre parce que Jean-Luc Sassus doit sortir. Sinon, il ne se retrouve jamais sur le terrain. Et il nous qualifie aussi. Magique".
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