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Comprendre l'inexplicable : comment et pourquoi les remontadas se sont-elles "banalisées"

Comprendre l'inexplicable : comment et pourquoi les remontadas se sont-elles "banalisées"

Le 16/04/2019 à 14:06Mis à jour Le 16/04/2019 à 16:22

LIGUE DES CHAMPIONS – Depuis quelques années, même des candidats à la victoire finale peuvent s'écrouler lors d'un match retour. En aura-t-on une nouvelle démonstration cette semaine ? En tout cas, si le scénario du Barcelone-PSG de mars 2017 a forcément provoqué un déclic psychologique, les explications sont également tactiques.

Ce n'est évidemment pas le plus glorieux des héritages, mais on ne choisit pas la manière dont on écrit l'histoire. En s'inclinant 6-1 au Camp Nou il y a deux ans, le Paris Saint-Germain avait démontré à ses dépens qu'aucune avance ne garantit de vivre un retour serein. Loin de servir de piqûre de rappel à ceux qui se sont retrouvés dans une situation comparable, ce retournement de situation en a au contraire amené d'autres. Dans des proportions moindres mais avec la même physionomie : une équipe qui part à l'abordage pour forcer son destin, l'autre qui subit en espérant que l'orage passe.

Lors des derniers huitièmes de finale, la Juventus - déjà proche de renverser le Real il y a douze mois - a ainsi remonté deux buts à l'Atlético. L'an dernier, c'est la Roma qui faisait le coup à Barcelone en quart de finale, effaçant les trois buts de retard du premier affrontement. Et, si le résultat fait un peu figure d'anomalie tant la réussite était de son côté, Manchester United a également réussi une remontada miniature contre Paris cette saison. L'échantillon est trop limité pour dresser des théories définitives mais il semble y avoir un modèle à suivre pour inverser la tendance.

Marco Verratti (PSG) et Neymar (FC Barcelone)

Presser pour y croire

Plus que le score, évidemment lourd de conséquences, c'est sans doute le contenu de la remontada originelle qui avait été le plus étonnant. Comment le PSG, si fort à domicile, avait-il pu s'effondrer de la sorte face à un Barça en crise ? L'affrontement a été longuement documenté, notamment un money-time où les Parisiens n'ont touché le ballon qu'au moment de donner l'engagement. Et les causes psychologiques, si importantes mais impossibles à quantifier, font évidemment partie de l'équation. Mais la première réponse se trouve dans le début de match. Dans cette volonté catalane d'aller de l'avant, pour attaquer comme pour récupérer la balle dès qu'elle est perdue. Un pressing intense qui permet d'étouffer l'adversaire et de se poser en principal protagoniste.

Au-delà des avantages intrinsèques de l'approche, qui tend à accélérer le rythme donc à favoriser les occasions et la possibilité d'inverser le score, elle donne un cadre précis à la rencontre. Car presser comme un fou, c'est savoir exactement ce qu'on va laisser dans la bataille : de l'énergie d'abord, personne ne pouvant courir avec une intensité maximale pendant 90 minutes, des transitions ensuite. Si l'adversaire réussit à se sortir de la pression, il pourra négocier des situations en égalité voire en supériorité numérique. Mais, à essayer, il risque de commettre une erreur proche de son but. Pour les deux équipes, il y a là une forme de quitte ou double qui avantage celui qui n'a rien à perdre. Et, pour le mieux placé, le renoncement à défendre provoque parfois les mêmes effets que l'acharnement à contourner le problème.

Edin Dzeko

Edin DzekoGetty Images

Pas de formule magique

Renoncer, c'est ce qu'avait fait le PSG en Catalogne. Bloqué très bas, il ne s'était pas obstiné à relancer, et sa stratégie défensive s'était cantonnée à du basique : rester en place et écarter le danger. A Rome l'année suivante, dans la position du favori pris à la gorge, Barcelone avait voulu garder ses principes et trouver des relais au sol en partant du gardien. Contre la Juve enfin, l'Atlético avait alterné, balançant des ballons loin devant mais essayant également de trouver Thomas Lemar and co pour partir en contre-attaque. Trois approches, un même résultat : l'élimination. De quoi relativiser les critiques sur la stratégie des uns et des autres, chacun étant tombé à sa façon.

Alors, le pressing, code secret du football ? Si les choses étaient aussi simples, toutes les équipes joueraient avec un bloc très haut dans le camp adverse. Et Eibar, qui effectue le plus gros pressing d'Europe selon les statistiques avancées (indice dit "PPDA", qui mesure le nombre de passes que l'adversaire fait dans son camp en phase défensive), ne serait pas dans le ventre mou de la Liga. Mais jamais le fameux Barça-Inter 2010 n'a semblé aussi loin. Désormais, même les charnières les plus réputées et expérimentées peuvent craquer si on multiplie les balles aériennes et, surtout, toutes les grandes équipes sont capables de bien presser et de préparer un plan de jeu spécifique pour un match.

Thiago Silva et les joueurs du PSG déconfits après leur déroute historique à Barcelone

Thiago Silva et les joueurs du PSG déconfits après leur déroute historique à BarcelonePanoramic

Oser se réinventer

Contre Paris, les Catalans avaient dégainé un système à trois défenseurs, testé juste avant en championnat mais encore très neuf. Face au Barça et à l'Atlético, la Roma et la Juventus avaient de leur côté improvisé un système hybride basculant de trois à quatre défenseurs selon les phases de jeu. Outre l'augmentation d'intensité au pressing, sans commune mesure avec ce qu'elles proposaient en championnat semaine après semaine, ces trois formations avaient donc été capables de se réinventer l'espace d'un match, proposant une version réussie – dans le résultat comme l'exécution – du 3-5-2 imaginé par Laurent Blanc contre Manchester City en 2016. De quoi perturber l'adversaire, et revoir la vision que les observateurs se font des habitudes de jeu.

Si, selon la citation consacrée, la folie est de toujours se comporter de la même manière et de s'attendre à un résultat différent, alors Massimiliano Allegri et les autres ne sont pas fous. Mais il y a quelque chose d'assez étrange dans cette capacité à être meilleur en adoptant des nouveaux principes qu'en faisant comme d'habitude. L'impression que les très bons joueurs peuvent assimiler des mécanismes collectifs relativement complexes (déclencheurs, compensations) en seulement quelques séances d'entraînement. Et qu'au-delà de l'effet de surprise, cela permet de perturber d'autres joueurs, pourtant tout aussi bons, dont la principale mission est de protéger leur surface.

De quoi aller vers le constat que, dans le football de club, il est actuellement si difficile de bien défendre et de contrer que l'essentiel est d'aller dans le camp adverse. Que, tôt ou tard, les all in offensifs, même avec une bonne part de bluff, finissent par payer.

Cristiano Ronaldo

Cristiano RonaldoGetty Images

Les joueurs au service des idées

Les derniers succès européens du Real, plus fort que tout le monde dans les deux surfaces mais pas forcément supérieur dans le jeu, incitent à relativiser. La "quasi-remontada" de la Juventus au Bernabeu l'an dernier ne reflétait ainsi pas grand-chose d'autre que la différence d'un soir à la finition. Et, s'il y avait la place de faire bien mieux dans le jeu, jamais les Parisiens n'auraient dû être éliminés par une équipe mancunienne en galère pour s'approcher de leur but. Avec un aussi faible nombre de buts par match, le football s'oppose régulièrement aux logiques de mérite et de logique. Mais, au-delà de ces cas particuliers, on peut se demander si les écarts de revenus ne sont pas en train de changer l'approche tactique des grands matches.

Marcus Rashford, PSG-Manchester United

Marcus Rashford, PSG-Manchester UnitedGetty Images

Habitués à dominer sans trop forcer des adversaires bien moins talentueux, les "superclubs" rencontrent souvent la même configuration : bloc bas, défense resserrée. Ce qui fait les progresser sur attaque placée les empêche cependant de tester la solidité de leur défense, et beaucoup de charnières sont attendues sur leur capacité à casser des lignes par la passe plutôt que dans les duels aériens ou dans leur réaction sous pression. Quand arrivent les affrontements face à des équipes du même calibre, les données du problème changent complètement et des lacunes apparaissent au grand jour. Moins graves quand il n'y a que quelques incursions adverses à gérer, les problèmes de placement ou de timing sont payés cash face aux meilleurs attaquants de la planète.

Alors, pour répondre à la question du titre, comment expliquer ces retournements de situation ? Absence d'habitude (tactique et psychologique) de subir sans doute, déclin de la science défensive individuelle peut-être… mais on peut aussi voir du positif. Parce qu'au-delà des événements, notamment arbitraux, qui conditionnent la réussite de la mission, il y a d'abord de vrais coups de coaching. Des batailles d'idées faites d'essais et de corrections. Et des joueurs suffisamment doués pour appliquer les plans de bataille les plus audacieux.

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