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James Milner, tout sauf ennuyeux !

Milner, tout sauf ennuyeux !

Le 19/09/2018 à 23:48Mis à jour Le 20/09/2018 à 14:52

Rendu sympathique par un compte parodique sur Twitter (Boring James Milner), le milieu de terrain de Liverpool, fidèle à une vie quasi monacale, a montré à 32 ans face au PSG quel joueur infatigable et indispensable il était pour son équipe.

Il aura fallu un peu moins de dix minutes dans cette Ligue des champions 2018-2019 pour comprendre où se situerait le problème du PSG cette saison - au milieu - et à peu près autant pour rappeler que la grande force de Liverpool n’est pas son trio offensif, privé de Firmino au coup d’envoi et avec un Salah en demi-teinte, mais bien son milieu de terrain. A Anfield, Marquinhos, Rabiot et Di Maria ont été totalement avalés par le trio Wijnaldum-Henderson-Milner.

Ces trois-là n’ont pas plus de talent que les trois Parisiens mais, comme le dit Owen Hargreaves, passé par Manchester United et le Bayern Munich, "le talent n’achète pas le travail". Henderson, Wijnaldum et Milner n’ont pas arrêté pendant quatre-vingt-treize minutes : courir, presser, tacler, défendre, attaquer... Ces trois-là font tout, tout le temps et sans broncher. Une vraie machine à laver qui a noyé, ballotté et essoré l’entrejeu parisien. Et alors que le PSG parcourt toute l’Europe depuis deux ans à la recherche d’une sentinelle, on rappellera simplement que Liverpool est allé chercher Henderson à Sunderland, Wijnaldum à Newcastle tandis que Milner est arrivé gratuitement de Manchester City où il cirait le banc depuis deux saisons.

Le joueur qui manque... au PSG

Des trois, le plus impressionnant fut sans doute James Milner, une fois de plus. A 32 ans, bientôt 33, son activité incessante, son investissement, aussi bien dans le travail défensif et l’apport offensif, sa capacité à presser très haut mais également à casser des offensives parisiennes - comme ce tacle musclé sur Neymar au bout de quelques minutes -, soulage et encourage son équipe. Mardi soir, Milner a été omniprésent sur le terrain et décisif sur deux des trois buts. Il a transformé le deuxième, sur penalty, obtenu par… Wijnaldum et récupéré le ballon dans les pieds de Mbappé sur le troisième. L’Anglais a également démontré qu’on pouvait réaliser un grand match avec seulement 75% de passes réussies et passer complètement à côté avec un taux bien plus élevé (93% pour Di Maria, 91% pour Rabiot). Une autre manière de tordre le cou à des statistiques qui disent finalement peu de la vue d’ensemble.

James Milner

James MilnerGetty Images

Milner est le genre de joueur que l’on annonce rarement dans le onze type en début de saison mais qui finit toujours par s’y imposer. Quelque part, on a tous besoin d’un James Milner dans son équipe et, aujourd’hui, l'Anglais est peut-être ce qui manque le plus au PSG depuis le départ de Matuidi. Un guerrier, infatigable, avalant les kilomètres pour le bien du collectif, sans rechigner. Mais un joueur comme Milner n’a aucune chance de jouer au PSG, en tout cas pas dans ce PSG-là, version qatarie, de stars et de paillettes, qui va chercher une légende déclinante de 40 ans quand il a Areola et claque 400 millions d'euros sur deux attaquants qui ne prennent même pas la peine de défendre. Milner ne rejoindra pas ce PSG car Milner est l’anti-star par excellence.

Pas de sortie, pas d'alcool

A Leeds, interdiction de porter du rouge

Depuis l’époque de Leeds, où il a grandi et été formé, et une virée avec les joueurs alors qu’il n’avait que 16 ans, Milner s’est juré de ne pas toucher à l’alcool. Décision qu’il s’est même imposé à son propre mariage ! Pendant longtemps, il a également banni le rouge, la couleur, de sa vie, mis en garde par son père : "un gamin et fan de Leeds ne porte pas les couleurs du rival, Manchester United". Alors quand il a signé à Liverpool (2015), ce dernier a eu ces mots, sourire en coin : "C’est la première fois que je te vois avec un maillot rouge !"

Milner a fait toute sa carrière dans le nord de l’Angleterre, ou presque : formé à Leeds, où il cirait les chaussures d’Olivier Dacourt, passé par Newcastle où il a connu son mentor, Bobby Robson, avant de se révéler à Aston Villa sous Martin O’Neill, puis d’être sacré champion d’Angleterre à deux reprises avec Manchester City où il a été jusqu’à pousser Samir Nasri, pourtant plus talentueux que lui, sur le banc. A Liverpool, il est venu compenser le départ de la légende, Steven Gerrard. Le costume semblait beaucoup trop grand. Aujourd’hui, il l’assume complètement. Les deux joueurs se ressemblent, un peu. Ils dépensent la même énergie sur le terrain et dégagent la même exemplarité auprès de leurs coéquipiers.

James Milner (Manchester City)

James Milner (Manchester City)Eurosport

"Un gars avec de grosses c… et un cœur gros comme ça"

James Milner fait partie de ces joueurs anglais qui courent beaucoup sur un terrain, depuis très jeune et pendant longtemps. Comme Gerrard et Rooney, Milner a commencé très tôt, dès l’âge de 16 ans, à Leeds, et ne s’est jamais économisé sur un terrain. Mais, à 32 ans et bientôt 9 mois, un âge où la légende des Reds sentait venir le crépuscule et que l’ancien Mancunien n’a même pas atteint en Premier League, il continue à courir, infatigable, et n’a peut-être jamais été aussi bon. L’absence d’alcool sans doute. Et, quand Klopp lui demande de dépanner au poste de latéral gauche pendant toute une saison (2016-2017), il ne bronche pas et travaille comme un acharné au point de devenir l’un des meilleurs à ce poste cette saison-là !

Tous ses entraîneurs louent "son état d’esprit fantastique" tandis que Manuel Pellegrini le décrivait, en 2015, comme "le joueur anglais le plus complet" : "Il y a des joueurs qui sont meilleurs techniquement, oui. Des joueurs plus rapides, oui. Des joueurs meilleurs de la tête, oui. Mais montrez moi un seul qui fait toutes ces choses aussi bien que Milner ! Il n’y en a pas. Milner est un phénomène, un gars avec de grosses c… et un cœur grand comme ça !"

Cependant, ses qualités ne se résument pas à ça. Milner joue des deux pieds, est d’une précision redoutable sur coup de pied arrêté, n’a raté qu’un seul penalty depuis 2009 et détient le record du nombre de passes décisives (9) sur une saison en Ligue des champions (2017-2018), devant des joueurs comme Neymar, Messi, Xavi ou Ronaldo. Et s’il préfère les assists - il en compte d’ailleurs plus que Paul Scholes (76 contre 55) ! - aux buts, c’est "parce que vous ne faites pas les gros titres mais vous y avez contribué (au but)". Néanmoins, aujourd’hui, celui qui aime l’ombre va devoir s’habituer à la lumière.

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