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Motivation en berne, communication facilitée : le huis clos, ça change quoi ?

Motivation en berne, communication facilitée : le huis clos, ça change quoi ?

Le 09/03/2020 à 21:35Mis à jour Le 09/03/2020 à 22:24

LIGUE DES CHAMPIONS - Mesures de lutte contre la propagation du coronavirus obligent, le huis clos sera très souvent de rigueur dans différentes enceintes européennes. A commencer par le Parc des Princes mercredi, pour le 8e de finale retour entre le PSG et Dortmund. Jouer face à des tribunes vides, qu’est-ce que ça change, au juste ? Différents acteurs du monde du ballon rond racontent.

La scène avait quelque chose d’étonnant, voire de déconcertant. Dimanche soir, dans la foulée d’un succès importantissime obtenu face à l’Inter Milan (2-0), les joueurs de la Juventus Turin se sont regroupés et ont applaudi de manière ostensible en regardant les tribunes. Une façon globalement répandue de remercier les supporters présents au stade. Sauf que de supporters, il n’y avait guère. Ce derby d’Italie avait effectivement lieu à huis clos, en raison des mesures gouvernementales destinées à endiguer la propagation du coronavirus.

" Emotionnellement, c’est perturbant"

Pour les footballeurs, habitués à se produire devant des dizaines de milliers de spectateurs week-end après week-end, cette nouvelle donne peut s’avérer déstabilisante. "Franchement, ça change beaucoup de choses, a avoué Ricardo Faty, qui a déjà joué à huis clos en Grèce ou en Turquie. C’est dur de trouver la motivation, même si c’est un match officiel. Voir des tribunes vides, savoir qu’il n’y aura personne… Cela demande un effort supplémentaire."

Au cours de sa longue carrière d’entraîneur, Christian Gourcuff a aussi été amené à exercer dans ces conditions particulières. "C’est sûr que ça a une influence, admet celui qui est désormais assis sur le banc de Nantes. Emotionnellement, c’est perturbant. Il manque quelque chose, c’est indéniable. On a l’impression qu’au niveau du rythme, c’est ultra différent. Ce sont des éléments qu’on ne maîtrise pas en tant que coach."

Christian Gourcuff (Rennes) contre Saint-Etienne

Christian Gourcuff (Rennes) contre Saint-EtienneGetty Images

Mur jaune d'un côté, Parc désert de l'autre : où est l'équité ?

Contrainte de se passer du soutien de ses supporters, l’équipe évoluant à domicile se sent évidemment lésée dans un tel contexte. "En temps normal, le match aurait basculé en faveur de l’OL, avait pesté Jean-Michel Aulas au sortir d’un nul concédé contre le Shakhtar Donetsk dans un Groupama Stadium vide (2-2) en octobre 2018. C’est sûr qu’on ne peut pas demander aux joueurs de se comporter comme s’il y avait 50 000 ou 60 000 personnes."

Mercredi soir, le Parc des Princes sonnera donc bien creux lorsque Parisiens et Schwarz-Gelben entreront sur la pelouse. Difficile de ne pas y voir une forme d'inéquité, alors que le BvB avait pu bénéficier du soutien de son fervent public il y a trois semaines. "Dortmund n'est pas responsable de ce qui se passe, donc c'est juste pas de bol pour le PSG ce coup-ci," a toutefois tempéré Jérôme Alonzo au micro de France Info. "Et cela n'enlève rien au fait que Paris ait manqué son match à l'aller," a rappelé l'ancien portier du club de la capitale.

"L’excuse du bruit", c’est fini

Gourcuff, lui, distingue deux types de joueurs :"les vrais pros qui aiment simplement jouer au foot réussissent à passer outre. Les autres, qui ont besoin d’être portés par un public, perdent vraiment un repère." Le technicien breton précise par ailleurs que la situation peut vite s’envenimer au bord du terrain. "On entend les réactions et propos du banc adverse. Donc si c’est négatif, ça peut avoir un effet," assure-t-il.

Le huis clos revêt néanmoins de rares aspects positifs. Parfois obligés de s'époumoner en vain pour faire passer leurs consignes, les entraîneurs n’ont là aucun mal à se faire entendre. "C’est sûr que c’est plus simple pour communiquer, pour entendre les consignes du coach", reconnaît Ricardo Faty. "On n’a plus l’excuse du bruit pour faire semblant de ne pas avoir entendu ce qu’il nous avait dit," ajoute-t-il en souriant.

En octobre 2018, le match entre l'OL et le Shakhtar (2-2) s'était déroulé à huis clos

En octobre 2018, le match entre l'OL et le Shakhtar (2-2) s'était déroulé à huis closGetty Images

Une expérience inhabituelle pour le téléspectateur

Le téléspectateur amateur de ballon rond peut aussi y saisir l’occasion de découvrir des éléments inédits, auxquels il ne prête pas attention en temps général. L’intensité des chocs, par exemple. "C’est vrai que quand ça claque, c’est impressionnant, affirme Xavier Demuyter, réalisateur d’événements sportifs. Le contact pied/protège-tibia, on l’a vraiment. C’est la force des micros, ça rajoute du charme. D’habitude, il y a deux choses qu’on a du mal à appréhender : la vitesse réelle et l’impact. Là, c’est pas mal."

Les réalisateurs vont justement pouvoir s’en donner à cœur joie dans les prochains jours. Entre PSG - Borussia Dortmund mercredi (21h) et les rencontres de Ligue 1 et Ligue 2 au programme le week-end prochain, un très grand nombre d’affiches - pour ne pas dire toutes - devraient se tenir à huis clos. Les supporters habitués à aller soutenir leurs protégés au stade seront dans l’obligation de s’en contenter. Pour eux aussi, la situation actuelle change beaucoup de choses. Et ils n’ont pas vraiment leur mot à dire.

Vidéo - 28e j. - Vieira sur le coronavirus : “On suit ça de très près”

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Propos de Christian Gourcuff, Ricardo Faty et Xavier Demuyter recueillis par Cyril Morin

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