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Manchester City : la chanson du mal-aimé

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Bernardo Silva devant Pep Guardiola lors du match de Ligue des champions entre Manchester City et le Shakhtar Donetsk, le 26 novembre 2019.

Crédits Getty Images

ParPhilippe Auclair
17/02/2020 à 10:15 | Mis à jour 17/02/2020 à 14:42

Exclu de toute compétition européenne pour les deux prochaines saisons, le cas de Manchester City est loin de faire l'unanimité outre-Manche. Entre les cris au complot de ses supporters véhéments et le relatif silence du football britannique, le champion d'Angleterre passe (une fois de plus) pour le vilain petit canard du ballon rond en Albion.

Lorsque Marseille fut déchu de son titre de champion de France et interdit d'Europe en 1993, le PSG, son dauphin, refusa de prendre sa place en Ligue des Champions et disputa la Coupe des Coupes; une décision qui, au passage, n'était pas motivée par la grandeur d'âme de son propriétaire d'alors, Canal +. La chaîne cryptée ne souhaitait pas se mettre à dos ses abonnés du sud de la France, comme le président du PSG Michel Denisot le reconnut plus tard. On se souvient que l'AS Monaco d'Arsène Wenger s'engouffra alors dans la brèche (et atteignit d'ailleurs les demi-finales de la compétition) sans trop se faire prier. Il est vrai que Bernard Tapie ne faisait pas vraiment partie des hommes les plus appréciés dans la Principauté.

Pourquoi ce préambule historique ? Parce que si le Tribunal Arbitral du Sport rejetait l'appel de Manchester City contre la décision de la Chambre de jugement de l'ICFC (*) de bannir le club des compétitions européennes pour deux saisons, le club anglais en position pour prendre sa place en C1 suivrait l'exemple de Monaco, pas celui du PSG. Un club qui, aujourd'hui, serait Tottenham. Et sans le moindre état d'âme.

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Don't look back in anger

Le moins que l'on puisse dire est que les coactionnaires de la Premier League (qui reste une SARL dont chaque propriétaire de club est partie prenante) ne se sont pas précipités pour manifester leur solidarité avec leur champion en titre. La Premier League elle-même n'a dit mot, et pour une excellente raison : le club de Sheikh Mansour fait aussi l'objet d'une enquête pour infractions aux réglementations du fair-play financier mises en place par la top division anglaise, et pourrait faire l'objet de sanctions, de l'amende (probable) à la relégation (qui ne l'est pas) en passant par le retrait de points (qui n'est pas impossible). On pourrait même ajouter qu'en privé, certains dirigeants de clubs de PL ont un peu de mal à cacher leur satisfaction de voir le "new kid on the block" rattrapé - au moins pour un temps - par la patrouille. Et je ne parle pas seulement de ceux dont les équipes sont toujours à la lutte pour une cinquième place qui serait synonyme de C1 si le TAS tranchait en défaveur de City.

Oui, en Angleterre, on craint, respecte et admire l'équipe de Pep Guardiola. On apprécie combien elle a changé - en bien - la compréhension que la mère patrie du football a du jeu, comment la pensée d'un manager hors du commun a pu influencer l'approche des techniciens de son pays d'adoption, à tous les niveaux, comment les prodigieuses séquences de jeu que nous ont offert David Silva et ses coéquipiers depuis l'arrivée de Guardiola ont ouvert les yeux des fans à un football qui leur était auparavant étranger, à tous les sens du terme. Et non, ceci n'est pas une exagération. Mais on peut être craint, respecté et admiré sans être aimé pour autant.

A dejected Manchester City manager / head coach Pep Guardiola during the Premier League match between Manchester City and Crystal Palace

Crédits Getty Images

Et ceci est bien le cas de City aujourd'hui, et explique pourquoi, confronté à un problème qui pourrait remettre en question jusqu'à l'existence du 'projet' émirati, City se retrouve seul. Jürgen Klopp, communicateur hors-pair, à la fois sincère et manipulateur, a fait état de sa sympathie envers "Pep et ses joueurs" et a loué leur immense contribution au football anglais. L'écoutant, je remarquai deux choses. La première, que son ton se rapprochait dangereusement de celui adopté pour prononcer un éloge funèbre. La seconde, qu'il avait pris soin de ne pas parler des raisons qui avaient précipité le bannissement de City, un sujet auquel il prétendait ne rien comprendre ("je ne sais pas comment ces choses-là fonctionnent"). Klopp étant Klopp, on se contenta de hausser les sourcils et on laissa passer cette énormité.

Ô combien Guardiola aimerait qu'on se comportât pareillement avec lui, qu'on l'aimât comme on aime le manager de Liverpool et son équipe, alors que Liverpool - le club et ses supporters - en agace (et pire) pourtant beaucoup en Angleterre. Lorsque City réussit l'exploit d'accomplir le premier triplé Championnat - FA Cup - League Cup de l'histoire du football anglais, la première question qu'on posa à son manager lors de la conférence de presse qui suivit la victoire sur Watford à Wembley se rapportait aux accusations de falsification de ses comptes dont son club faisait l'objet.

Précision : si Rob Harris de Associated Press se permit de poser cette question (entouré de confrères qui lui enviaient ce courage), c'est que Man City avait systématiquement réfusé d'y apporter une réponse auparavant, et que c'était là une occasion de l'obtenir qui ne re-présenterait pas de sitôt. Guardiola avait récolté ce que son club avait semé. Lui-même aussi, d'ailleurs. Cela ne le gênait en rien de se servir de ses points-presse pour exprimer son indignation vis-à-vis des violations des droits de l'homme dont il estimait ses amis indépendantistes catalans être victimes. Il refusait tout net, par contre, de dire le moindre mot sur celles, bien plus graves, et avérées, dont ses employeurs émiratis étaient coupables quand on avait le toupet d'évoquer la question.

Bigmouth strikes again

Quand un authentique supporter de Manchester City comme David Conn du Guardian se permet d'accuser "son" club de manquer de respect vis-à-vis de l'UEFA, on a un problème. City dispose pourtant de relais fidèles dans la presse britannique, qu'il a d'ailleurs commencé à mobiliser aussitôt après l'annonce de l'exclusion du club des compétitions européennes. Leur impact a été jusqu'à présent négligeable dans l'opinion; il est vrai qu'on n'en est qu'au tout début de ce combat-là.

Du côté des supporters de City, les réactions sont des plus révélatrices. Leur fureur et leur aveuglement ne surprendront personne, en ce qu'elles seraient aussi celles de supporters d'un autre club si cet autre club se voyait menacé d'être mis à l'écart de la sorte. C'est la paranoïa ordinaire du fan du 21ème siècle poussant l'identification avec 'ses' couleurs jusqu'à l'absurde, la version footballistique du populisme qui caractérise notre âge dans le domaine politique.

Mais cette fureur et cet aveuglement ont un caractère propre à City et qui, encore une fois, est lié à la curieuse froideur avec laquelle le reste de l'Angleterre considère les triomphes de l'équipe de Guardiola. Or cela, ces fans de City semblent incapables de l'accepter, ces fans qui circulent dans les eaux troubles des réseaux sociaux à la manière d'un banc de piranhas, que la moindre critique de leur club et de "leur" sheikh fait se précipiter vers son auteur. Dieu sait qu'ils ont l'odorat fin : la moindre goutelette de sang les fait se précipiter vers leur proie, comme beaucoup de journalistes britanniques en ont fait l'expérience.

Banderole de soutien déployée par les fans de Manchester City pour les 10 ans de l'achat du club par Sheikh Mansour

Crédits Getty Images

I wanna be adored

Une chose semble les agacer prodigieusement : qu'on leur rappelle que l'Angleterre a pu s'extasier sur le jeu de son équipe, mais cela ne l'en a pas fait tomber amoureuse pour autant. Ce désir d'amour est étrange. Peut-être est-ce un signe d'anxiété, d'appréhension, d'insécurité. Comme s'ils craignaient se réveiller un jour du rêve dans lequel les milliards investis par un émirat du golfe les a faits se plonger; comme si, en fait, c'était ce qui est en train de se produire.

Parlez aux fans de Manchester United, vous aurez beaucoup de mal à en trouver un seul qui vous fasse l'éloge de la famille Glazer - et c'était déjà le cas quand MU gagnait titre sur titre en Angleterre et en Europe. Les fans de City, eux, n'ont cesse de louer "leur" sheikh Mansour. Leur dit-on qu'il est compliqué d'avoir de la sympathie pour la famille régnante d'un des régimes les plus répressifs et les plus brutaux de sa région, c'est comme si on s'attaquait à leur chair et à leur sang.

Ils s'indignent. Ils vous expliquent que tout ceci est le fruit d'un complot ourdi par l'UEFA qui, poussée par les nantis jaloux du succès du nouveau venu, les a "dans le nez" depuis toujours. Ils ont beaucoup de mal à comprendre que les supporters des autres clubs anglais, ceux qui n'ont pas un état riche à milliards pour les transformer en "winners", puissent avoir une certaine réserve - euphémisme - vis-à-vis de leur réussite.

Remarquons que c'est également le sentiment généralement exprimé vis-à-vis de Chelsea quand on n'en est pas un supporter. La différence est que les fans des Blues, eux, se fichent royalement de ce qu'on pense d'eux et de "leur" Roman Abramovitch. Ceux de City n'attendent pas seulement du respect de ceux que leur club écrase, mais aussi une part d'amour. Est-ce si différent de ce qu'escomptent les dirigeants d'Abou Dabi de leur investissement? Pas tant que cela quand on y songe. Et de ce côté, ils devront se rendre à l'évidence : c'est un échec.

(*) Et non de l'UEFA elle-même, l'ICFC étant un corps constitué indépendant, même si intégré à l'instance.

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