Que peut-on attendre d’un match retour après avoir reçu une correction à l’aller ? Un miracle, tout simplement. Chacun à ses rituels, qui va du cierge brûlé à l’église au caleçon porte-bonheur. Ou bien relire en boucle les propos de Luis Enrique prononcés la veille pour se convaincre qu’un exploit est possible : “Nous sommes au milieu de la phase éliminatoire. Si un adversaire est capable de marquer quatre buts contre nous, nous pouvons lui en marquer six”. Ou alors de scroller l’Instagram de Neymar qui, dès le lendemain de la déculottée reçue au Parc, écrivait : “1% de chance, 99% de foi”.
Mais entre la déclaration d’intention et la prémonition Nostradamesque, il y a un gouffre de 90 minutes. Pourtant chez les supporters, dès le traditionnel botellón, le sentiment prépondérant c’est l’espoir : ce match peut être historique. “Je ressentais une immense adrénaline quand je suis arrivé aux Jardins de Bacardí, un lieu de rassemblement pour toute l’afición située en face du Camp Nou. Je me souviendrai toute ma vie de cet avant-match”, rembobine Esteban Caballero, socio du club catalan. Un pressentiment entretenu voire exacerbé par une presse barcelonaise qui a fait monter l’ali-oli pendant trois semaines, mais aussi par des supporters qui rêvaient d’un exploit comme Alex, socio et membre de la grada d’animació : “Nous avons préparé ce match dès la dernière rencontre à domicile en Liga en installant des pancartes. Il y en a ensuite eu dans toute la ville. On y croyait”.
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Présent au Camp Nou pour Equinox Magazine, un site francophone installé dans la cité comtale, Olivier Goldstein perçoit lui aussi un frémissement : "Pour moi, le premier but du Barça, c’est ce Camp Nou qui est plein. Il y a eu 4-0 à l’aller mais le stade est bondé. Si on enlève les 5000 Parisiens du parcage, ça veut dire qu’il y a 91000 malades qui ont cru que le Barça allait remonter !”.
Quand les joueurs entrent sur la pelouse au rythme de l’hymne de la Ligue des champions, la tribune latérale opposée se pare d’un immense voile “Tots amb l’equip”. La Grada d’animació a également préparé minutieusement cette entrée en matière, déterminante pour le moral des troupes.

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Le Camp Nou fait corps avec ses joueurs, des milliers de drapeaux s’agitent, les chants résonnent et la peur semble avoir changé de camp. Alex se souvient : “Ce soir-là, nous sommes arrivés une heure avant. C’est très inhabituel de venir aussi tôt. Un petit groupe est entré pour préparer le tifo déployé pour l’entrée des joueurs. Quand on a vu le stade se remplir, on s’est dit que la soirée serait magique”. Entre la "goleada" infligée par le PSG à l’aller et cette effervescence quasi-paranormale, des signaux encourageants sont apparus. En l’espace de trois semaines, le Barça s’est métamorphosé mentalement et tactiquement. “Luis Enrique provoque un électrochoc en annonçant qu’il quittera le club en fin de saison, resitue Olivier Goldstein. Ensuite, il passe en 3-4-3. L’équipe enchaîne alors deux bons résultats contre le Sporting de Gijón (6-1) et le Celta (5-0). Trois jours avant le match retour, parmi les journalistes, on ressent de l’espoir et on se dit qu’il se passe un truc”.
Alors, comme dirait Patrick Montel : pourquoi pas ?
Cette mini-révolution tactique faite au détriment de Jordi Alba a-t-elle engendré ce sentiment de libération ou de “foutu pour foutu” ? C’est loin d’être improbable. Et le désormais sélectionneur de la Roja n’a même pas le temps de se ronger les sangs : dès la 3e minute, Luis Suárez se fraye un chemin au milieu de la défense parisienne et devance la sortie de Kevin Trapp pour ouvrir le score. Dans les gradins, les cœurs sortent déjà des poitrines : “Le Camp Nou est devenu fou, s’enflamme Esteban. Le temple s’est transformé en cocotte-minute. Du jamais vu, même pour les socios chargés de l’animation : “dès le premier but, l'ambiance a été exceptionnelle. J’ai rarement vu ça au Camp Nou”, concède Alex.
La folie en tribune contraste avec le calme irréaliste des joueurs de Luis Enrique sur la pelouse lors de la première période. Pourtant ce n’est pas un grand Barça, loin s’en faut. “L’équipe ne joue pas bien ce soir-là, confirme Olivier Goldstein. Ce n’est pas spécialement joli à voir. C’est plus de la furia que du toque”. Une furia qui suffit à paralyser des joueurs parisiens qui rentrent au vestiaire la tête basse après avoir encaissé un deuxième but en fin de première période. “Ala mi-temps, les gens se regardent et se disent que la moitié du chemin est faite”. Sí se puede !

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Doigt sur la bouche puis sur l’interrupteur

Et puis le Camp Nou s’est tu. Doigt sur la bouche, Ángel Di María fête le but d’Edinson Cavani, celui qui doit expédier définitivement le PSG en quart de finale alors que Leo Messi avait inscrit le 3e but d’un penalty rageur dès le début de la seconde période. “C’est une douche glacée qui s’abat sur nous”, tressaillit encore Esteban. Le temps passe et ça pense déjà aux bouchons à la sortie du Camp Nou : “A la 85e minute, des spectateurs quittent le stade, raconte Olivier Goldstein. Un journaliste catalan m’a confessé que sa chronique était titrée 'le Barça tombe avec les honneurs'. Il a évidemment dû la réécrire”. Le coup franc de Neymar ajoute même un peu d’amertume : si seulement il y avait eu ce petit but à l’extérieur…
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Mais au moment où les yeux des supporters blaugranas se raniment, ceux des joueurs du PSG se ferment : “Ils ont éteint la lumière. A 4-1, ils alignent à peine trois passes jusqu’au coup de sifflet final. Le PSG a manqué de métier : pas un ballon envoyé dans les tribunes, pas de temps gagné lors des remplacements en s'affalant sur le terrain ou en mimant des crampes. Tous ses démons sont réapparus”. Une naïveté fatale. Victime de la roublardise de Luis Suárez, Marquinhos commet l’irréparable et offre un nouveau penalty aux Catalans à la 90e minute.
“Le match chavire quand l’arbitre siffle le penalty, explique Oliver Goldstein. Il y a un silence dans le stade. S’il est transformé, à 5-1 il n’y a plus qu’un seul but à marquer, ce serait un truc de dingue et… ça arrive !”. Neymar signe le doublé et plonge le Camp Nou dans une fin de match que personne n’oubliera jamais. Mais l’inquiétude est bien présente chez les supporters. Et si tout ça avait été vain ? Tant d’émotions pour craquer à quelques mètres du bol de sangria ? Alex abonde : “J’étais juste derrière le but quand Sergi Roberto a marqué, je me souviens encore de la tension palpable les secondes précédentes”. L’angoisse avant la délivrance.
D’un bout à l’autre du terrain, c’est du délire. Esteban est dans la Gol Sud, à l’autre bout de la cage parisienne mais les secousses sont dignes d’un tremblement de terre : “Le but de Sergi Roberto a presque effondré le stade ! Nous embrassions tout le monde autour de nous !”. Alex, lui, est au plus près de l’action, si proche de la pelouse qu’il peut presque embrasser Messi : “Quand le ballon entre, je me souviens d’une avalanche de personnes qui déferlent dans mon dos et je termine au sol, carrément sur le terrain. Sans nul doute, c’est l’un des meilleurs moments de ma vie”.

Pied de Ney

Avec le recul, que reste-t-il de cette nuit improbable ? Après tout, le Barça est tombé au tour suivant contre la Juventus (3-0, 0-0) et a connu deux immenses désillusions contre la Roma et Liverpool. “La vie est faite de souvenirs, d’instants qui te marquent à jamais, estime Alex. Moi, je me suis fait floquer un maillot avec la date et le résultat mais d’autres se le sont carrément fait tatouer !”.
Ce 6-1 a aussi eu des conséquences quant au destin des deux clubs. Pour Esteban, “le Barça et le PSG sont des rivaux au-delà de ce match : il y a eu la finale de la Coupe des Coupes en 1997, la signature de Ronaldinho, les tentatives infructueuses pour signer Thiago Silva, Adrien Rabiot, Marco Verratti et Marquinhos. Et évidemment Neymar”.
Pour Olivier Goldstein, les dernières minutes de la rencontre ont eu une importance capitale à plus d’un titre : “Dans l’esprit de beaucoup de Catalans, c’est le début de la fin pour Neymar au Barça”. Le Brésilien est le héros du match mais la postérité a jeté son dévolu sur le numéro 10 blaugrana : “La photo qui est restée, c’est celle où Messi célèbre le but de Sergi Roberto avec les supporters. Ce soir-là, Neymar comprend que quoi qu’il fasse, les éloges et les lauriers seront toujours pour Messi. C’est certainement à partir de ce match que l’idée d’un départ commence à mijoter”.
Mardi soir s’écrira une nouvelle page de cette rivalité parfois contestée mais vivace. Si le Camp Nou sera vide, l’ombre de cette remontada historique planera au-dessus des gradins avec une intensité décuplée par la guerre médiatique que se livre les deux clubs depuis ce fameux 8 mars 2017.
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