Le retour de Zinédine Zidane sur le banc du Real était drapé dans des promesses de révolution, de ménage de printemps. Au final, il n'en a rien été. À quelques exceptions près, Zidane a continué à accorder sa confiance à ses fidèles hommes de main, à sa garde prétorienne. Rome pouvait bien brûler, qu'importe, les liens de loyauté entre les soldats et leur préteur restaient indéfectibles. Ce groupe pouvait bien être laissé pour mort sous des décombres de critiques, il finissait par ressusciter sempiternellement. Mais cette fois, c'est différent. Cette fois, il n'y aura pas de lendemain. À bout de souffle, ce Real s'apprête à livrer sa dernière bataille.
Madrid a passé les derniers jours à être consumé par la fièvre des élections régionales. L'appel aux urnes a éclipsé toute autre actualité, y compris footballistique… jusqu'à ce que le cas de Marcelo défraie la chronique. Tiré au sort pour veiller au bon déroulé du scrutin dans sa commune de résidence, le latéral madrilène allait manquer le match retour contre Chelsea. Les services juridiques du Real avaient beau avoir remué ciel et terre, Marcelo était dans l'impossibilité de se soustraire à ses obligations citoyennes. Au revoir Ligue des Champions. Et si finalement le volontariat de dernière minute d'une dame du troisième âge a permis à Marcelo de se rendre à Londres, cela ne change pas grand-chose. Le Brésilien (l'Hispano-Brésilien faudrait-il dire) a déjà pris congé de la LDC à l'aller.
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Les derniers jours des condamnés

Ce soir-là, son match au stade Alfredi Di Stéfano ressemblait à un rite funéraire. Dépassé, méconnaissable, dépouillé de son génie d'antan en attaque, le numéro 12 faisait ses adieux au plus haut niveau en direct. Initiée en 2019, son agonie footballistique madrilène était en passe d'atteindre le stade terminal. "Le Brésilien a encore montré qu'il ne peut plus jouer à ce niveau. Il a constitué un trou en défense et a été insignifiant en attaque", critiquait As après le match. En tribunes ce soir-là, Isco est lui aussi prisonnier d'une décadence semblable. Symboles de la supériorité technique du Real lors des épopées européennes, joueurs aux pieds d'argent, on ne parle désormais d'eux plus qu'au passé dans la capitale du royaume.
L'effectif madrilène le sait pertinemment, il vit ses trois dernières semaines ensemble. Isco et Marcelo n'ont aucun avenir au Real tandis que pour beaucoup d'autres, y compris le staff, les prochains temps sont incertains. La charnière centrale d'époque composée par Varane et Ramos pourrait par exemple se désintégrer à l'été. Libre dès le 30 juin, Ramos n'a toujours pas prolongé son contrat et se montre toujours aussi évasif sur la question.

Une fois n'est pas coutume, Zidane s'est planté : "Ça prouve que le Real est sur un fil"

Si on a toujours imaginé le Sévillan et le Real finir par conclure un mariage de raison, la situation de Raphaël Varane est en revanche différente. La surprise serait toute relative si le Français pliait bagage cet été, d'autant que David Alaba sera vraisemblablement merengue au 1er juillet et que le madridismo tient sa nouvelle coqueluche défensive en la personne d'Éder Militão. À droite, Carvajal n'est plus intouchable. Après avoir passé la saison à rechuter de ses blessures, on considère sérieusement à lui imposer une concurrence la saison prochaine. Sans la reconversion express de Lucas Vázquez à ce poste, le Real aurait tout simplement joué sans latéral droit cette saison.
En attaque cette fois, un ravalement de façade s'impose. La Maison Blanche ne peut se permettre de repartir pour un tour de manège en forçant Karim Benzema à se muer en Atlas chaque week-end. Se lancer à l'assaut des titres avec Vinicius et Asensio/Rodrygo titulaires, ce serait hypothéquer ses ambitions avant même d'avoir commencé la saison. Malgré les faillites des venus d'Hazard, Jovic et Odegaard, il va falloir se tourner à nouveau vers le marché. Alors, tout le monde se projette sur une arrivée de Mbappé en Espagne. Personne ne sait comment financer ce transfert ? On ne veut pas entendre d'excuses. On quitte le terrain du rationnel pour se déporter sur celui de l'émotionnel : c'est une question de survie au plus haut niveau, le Real trouvera forcément un moyen, entend-on.
En réalité, le renouvellement tant anticipé a déjà commencé. Jamais Zidane n'avait fait jouer autant de jeunes du Castilla. D'une part les absences l'y contraignent, d'autre part ces jeunes ne déçoivent pas. D'ailleurs, on s'attend à en revoir un ou deux avec l'équipe première dès le mois d'août. Lors de certains matches Antonio Blanco (pivot), Sergio Arribas (milieu offensif/ailier) et Miguel Gutiérrez (latéral gauche) ont proposé un football bien moins fade que celui de certains membres de l'équipe première : plus d'activité, plus de personnalité, plus de rythme. Sur ce dernier point, rien d'étonnant tant les hommes de ZZ sont éreintés.

Sur les rotules

"Physiquement, on est à la limite. Je ne sais pas comment nous allons terminer la saison", avertissait Zidane en avril. Caractéristiques du premier mandat du Marseillais, les rotations se sont faites de plus en plus rares lors de cette deuxième étape. Ayant perdu toute confiance en ses remplaçants, Zidane s'est retrouvé à aligner un onze de départ invariable. Ainsi, le Real a pu rallier le mois d'avril en vie. Néanmoins, le contre-coup de cette accumulation de matches a fini par frapper l'équipe de plein fouet (tout comme les cas de Covid). Le Real totalise désormais plus de 50 blessures !
Dès lors, il a fallu espérer s'en sortir avec les Militão, Nacho, Odriozola et quelques jeunes du Castilla en Liga. Contre Chelsea, on compte par exemple sur Ramos, Mendy et Valverde pour redonner de la vigueur à l'équipe, quand bien même ces joueurs fouleront la pelouse du Bridge en n'ayant joué aucune minute depuis des semaines. À chaque match, Zidane fait avec les moyens du bord, vit au jour le jour. Le samedi, il perd Varane, le lundi Ramos et Mendy parviennent à s'entraîner normalement puis le mardi il récupère in extremis Marcelo et Valverde une poignées d'heures à peine avant de s'envoler vers l'Angleterre.
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En mode survie depuis le début de la saison, l'équipe a repoussé sa date de caducité mois après mois. À deux doigts de s'effondrer au-devant de ses difficultés récurrentes dans le jeu, elle s'en est remise à ses individualités habituelles pour continuer d'avancer. Dans les périodes sombres, Kroos, Modric et Casemiro faisaient office de phare auquel se fier. Le Real pouvait avoir tous les problèmes du monde, la lumière de son milieu de terrain ne s'éteignait jamais.
Seulement, depuis le dernier Clásico, Kroos et Modric ne sont plus injouables. Perclus d'une fatigue devenue chronique, ils n'ont plus la force de battre à eux seuls les pressings rivaux. Leurs passes éliminent moins de monde, le ballon circule lentement, le nombre d'imprécisions croît. Souvent, le collectif finit par être sauvé sur le fil par l'imperturbable trio Benzema-Casemiro-Courtois. Pourtant, même sur une jambe, le Real tient bon ! Comme en fin de saison passée, le centre vital des Blancos s'est déplacé plus bas sur le terrain. À présent, l'équipe résiste grâce à sa défense (une défense aussi expérimentale qu'étonnamment fiable). Les Madrilènes prennent peu de risques, ne s'affolent pas et les voici toujours en course pour le doublé Liga-LDC.
Dans trois semaines, ce Real Madrid quittera la scène footballistique. Des joueurs ayant marqué l'histoire du club s'en iront. Les supporters merengue seront avides de nouveauté tant ce groupe de joueurs est arrivé au bout de ses possibilités. Mais avant de refermer le livre des souvenirs, il reste dans la tête de cette équipe une dernière page dorée à signer, une dernière grande bataille à livrer. Reste à savoir si cette bataille débouchera sur un baroud d'honneur ou une énième conquête.
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