Pas un millimètre de sourcil froncé, pas une once de doute apparent, pas un voile dans le regard. À la question, évidemment inévitable, qui lui a été posée en conférence de presse vendredi midi de savoir dans quelle mesure l'absence de son buteur Robert Lewandowski, à Leipzig samedi puis contre Paris ce mercredi soir, serait préjudiciable, Hansi Flick n'a pas bronché.
Mieux : irrigué de confiance en soi, son regard s'est aiguisé, son sourire s'est accentué, son débit s'est concentré. "Ce sont simplement des situations auxquelles un entraîneur a à faire face", a-t-il tranquillement énoncé. "Je suis toujours désolé pour le joueur qui se blesse, d'autant que je préfère disposer de tout mon effectif. Et Robert est évidemment un joueur important pour nous. Mais je m'occupe de la situation telle qu'elle est et fais avec ceux que j'ai à ma disposition. À nous de voir, avec le staff, comment résoudre cela de la meilleure des façons. Nous allons répartir les tâches collectivement, mais nous avons aussi des joueurs qui peuvent évoluer à son poste. C'est tout à fait normal, dans le cadre des missions d'un entraîneur, de prendre les choses de manière positive. C'est un défi pour nous tous, et nous nous y attelons volontiers." Éclatant exemple des certitudes maison...
"Les Bavarois n'ont pas encore pleinement pris conscience à quel point l'absence de Lewandowski peut être préjudiciable", estime pourtant Arne Bensiek, journaliste du quotidien berlinois der Tagesspiegel, joint par téléphone le matin du match en Saxe. "Quand on regarde la quantité de buts inscrits cette saison par le Polonais (42 buts en 36 matches officiels avec son club), qui plus est régulièrement dans des matches décisifs... son rôle est essentiel ! Ils espèrent pouvoir compenser ce vide par une autre façon de jouer – et cela peut évidemment aussi tourner à leur avantage : imaginons que Choupo-Moting soit aligné poste pour poste ce week-end contre Leipzig et inscrive deux buts, il aura alors rempli sa jauge de confiance au maximum et prétendra à une place contre Paris. Une autre option, si l'on suit la suggestion de Thomas Müller, est de laisser sa chance en attaque à Leon “Goalretska” en raison de ses capacités dans le jeu de tête et du danger offensif qu'il représente. Mais cet optimisme affiché, cette placidité, pour moi, sont plutôt de l'ordre du bluff et de l'espoir."
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Hansi Flick - FC Bayern

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Les rois de la jungle
S'il cherche à relativiser la “poker face” de Flick, Arne Bensiek n'en est pas moins admiratif. "Le Bayern n'est pas un club où l'on se plaint, où l'on se lamente, à l'exception peut-être des sorties d'Uli Hoeness et Karl-Heinz Rummenigge sur des faits d'arbitrage", observe-t-il. "Les Bavarois ne se plaignent jamais du nombre de leurs blessés ou de la gravité de telle ou telle situation. Ils ont confiance en eux. Ils se répètent 'Mia san mia, nous avons un formidable effectif, nous pouvons nous en sortir'. Ils ne veulent laisser paraître aucun signe de faiblesse et, au contraire, montrer leur force et à quel point ils sont conscients de leur valeur. L'équipe et le club, depuis un an et demi, se voient comme les meilleurs du monde, comme la meilleure équipe du monde. Sous Niko Kovac, précédemment, ce discours était en sourdine mais, depuis qu'Hansi Flick a pris les rênes, la confiance est extrêmement forte. Ainsi, logiquement, le club se voit en favori à la perspective du duel contre Paris."
Un point de vue que la rencontre au sommet à Leipzig, globalement maîtrisée et remportée 1-0 samedi soir, n'aura fait que renforcer, s'il en était besoin. "La confiance, c'est une certitude, fait partie de l'ADN des Bavarois", convient sans ambages Jana Herrmann, supportrice du Werder Brême, club de tradition lui aussi mais à l'autre extrémité du pays.
"Souvent, elle est vue comme de l'arrogance ou de la prétention. Ce serait de toute façon surprenant qu'ils changent d'attitude d'un seul coup. Quoi qu'il en soit, cette attitude, ils peuvent se la permettre : quel que soit le point de vue, on doit convenir qu'ils sont armés dans tous les domaines et que même leur équipe B est meilleure que la plupart des autres équipes de Bundesliga. Et comme tous les clubs de tradition, le FC Bayern est le reflet de ses partisans locaux et de ses traditions régionales : Munich est une ville riche, qui se met volontiers en scène, qui se montre, qui tient le patriotisme en haute estime. Les Bavarois sont assurément les rois de la jungle en Allemagne."

"Mia san mia", devise du Bayern

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Protéiforme Mia san mia

Cette fameuse mentalité “Mia san Mia” (“Wir sind wir”, c'est-à-dire "Nous sommes ce que nous sommes"), devise cousue au col des maillots des joueurs, n'est pas uniforme pour autant. Difficile de comparer l'arrogance de Lothar Matthäus ou Stefan Effenberg, qui ont incarné dans cette tonalité le Bayern pendant de longues années sur le terrain, à l'humilité de David Alaba ou Thomas Müller, qui l'incarnent à leur tour avec le même esprit de la gagne, et à celle de Leroy Sané, Serbe Gnabry ou Leon Goretzka, qui vont l'incarner dans un futur proche. Il n'y a guère que dans les bureaux que les authentiques effluves de la prétention flottent encore, et là aussi dans des fragrances diverses, entre Uli Hoeness, le plus musqué, Karl-Heinz Rummenigge, le plus ambré, ou Herbert Hainer, le plus aldéhydé. Et “Kalle” sera remplacé l'an prochain à la présidence par... Oliver Kahn, le plus bestial de tous peut-être en tant que joueur. Pas de hasard, ici...
Herbert Hainer, personnalité très sympathique, a beaucoup oeuvré pour Adidas, dont il fut le président de 2001 à 2016. C'est une vieille connaissance et un bon ami d'Uli Hoeness, auprès duquel il prend régulièrement conseil et qui continue de tirer les ficelles dans la coulisse bien qu'il se soit retiré de la présidence du conseil de surveillance fin 2019. Une illustration au plus haut niveau du club de ce qu'est son essence.
"Le gène du Bayern a été, est et sera toujours la chose suivante : nous somme certes très forts, mais nous n'oublions jamais l'essentiel, à savoir que nous sommes là les uns pour les autres", témoigne Detleft Sünkel, fidèle supporter du FCB qui a donné le nom de Ribéry comme prénom à son fils. "La devise “Mia san Mia” est gravée dans le marbre, au Bayern. Si quelqu'un a un problème, sur le terrain ou en dehors, les autres accourent. Quand Franck Ribéry a eu les siens, Uli Hoeness était à ses côtés. Ce club, c'est une famille, et on le ressent même en tant que modeste supporter. Le Bayern, c'est autre chose. Beaucoup veulent l'imiter, mais... "

Uli Hoeness, le plus musqué, Karl-Heinz Rummenigge

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Personne ne vous prend jamais de haut
La posture semble même se renforcer à mesure que les "clubs de tradition" – comme on les appelle en Allemagne par opposition aux “clubs de plastique”, artificiellement gonflés aux pétro- ou aux gazodollars ou carrément montés de toute pièce comme le TSG Hoffenheim ou le RB Leipzig – doivent faire face à l'invasion financière de la concurrence internationale.
"L'argent ne résout pas tout", se convainc ainsi Detleft Sünkel. "Quand vous êtes malade ou isolé, vous pouvez avoir besoin d'une dimension sociale. Bien présente au Bayern, je le sais d'expérience. Où l'on n'oeuvre pas pour se faire de la pub, mais par conviction. Sans que cela n'apparaisse dans les journaux. Quant au sportif, la base du succès, ce sont avant tout les entraîneurs. J'ai échangé plusieurs fois avec Hansi Flick. C'est un homme formidable, extrêmement sympathique. Certainement pas un type qui va vous dire qu'il est l'entraîneur de la meilleure équipe du continent, si ce n'est de la planète. Vous pouvez vous entretenir avec lui de manière complètement normale ; il va vous écouter, vous poser des questions. Il écoute les gens. Il est sensible à la fois techniquement et humainement. Il propose des solutions aux éventuels problèmes. Ceux qui s'entraînent quotidiennement avec lui font partie d'une famille."
Une attitude généralisée au Bayern. "Je me souviens d'une scène avec Jan-Christian Dreesen ", poursuit Detleft Sünkel. "C'était sa première à l'Allianz Arena en tant que nouveau directeur financier. Il s'apprêtait à monter dans sa voiture, je l'ai abordé. 'Monsieur Dreesen ? - Oui ? - Je vous souhaite la bienvenue dans la plus grande famille qui soit, et beaucoup de succès dans votre mission. - Merci, un grand merci.' Il s'est souvenu de moi et, bien plus tard, est venu me demander des nouvelles de mon fils. Je ne suis qu'un simple supporter... mais comme le club tout entier, il est très ouvert. Pour Pâques, je lui ai envoyé un petit cadeau préparé par mon épouse. À l'Allianz Arena, personne ne vous dévisage, que vous ayez une montre à 10 €, à 1000 € ou à 100.000 €. Les trois se côtoient en toute liberté. Personne ne vous prend jamais de haut, employés du club compris, quelle que soit sa fonction. Il n'y a pas ça ailleurs. Les gens ne sont pas seulement des supporters, ils sont une petite partie du Bayern."

Hitzfeld : "Le Bayern a patiemment construit son succès"

Des agneaux hors du terrain, des machines à gagner sur le terrain : tel serait, dans un résumé sans doute un peu hâtif, l'alliage magique consubstantiel du club aux six Ligues des champions. On comprend mieux, dès lors, la cultissime sortie de Louis van Gaal à l'occasion de son intronisation comme entraîneur du Bayern il y a un peu plus de dix ans : "La joie de vivre bavaroise me va comme un gant", s'était enflammé le rigoureux technicien néerlandais dans un grand écart hallucinant. "Mia san mia, nous sommes ce que nous sommes, et je suis ce que je suis : sûr de moi, arrogant, dominateur, honnête, travailleur, innovant, mais aussi chaleureux et familier. "
Moins schizophrène, surtout plus diplomate, Ottmar Hitzfeld, vainqueur de la plus prestigieuse des compétitions européennes en 1997 avec Dortmund et en 2001 avec le Bayern, insiste sur un point : "Le Bayern a patiemment construit son succès au fil du temps. Dans cette optique, il faut rendre hommage au travail d'Uli Hoeness depuis le début", c'est-à-dire le milieu des années 1970. "C'est ainsi qu'aujourd'hui, sa supériorité s'exprime logiquement. Les meilleurs joueurs veulent venir y faire carrière. À l'entraînement, vous évoluez avec les meilleurs. L'exigence est permanente."
On ressent, dans toute conversation avec le légendaire “Gottmar”, à quel point ce dernier éprouve un respect infini de l'institution qui l'a, il est vrai, porté au faîte de sa gloire. "C'est cette longue trajectoire de bâtisseur qui lui permet aujourd'hui de faire face à des adversaires internationaux à l'envergure financière sans limite." D'en être fier, même, et de ne laisser paraître ni stupeur ni tremblement lorsque son attaquant vedette se blesse au genou. Après tout, la doublure s'appelle Eric-Maxim Choupo-Moting...
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