Alors que le Sporting Anderlecht et ses 34 titres de champion de Belgique doit vendre ses meilleurs éléments chaque année et que le Standard de Liège conjugue gestion financière calamiteuse et résultats sportifs catastrophiques ces dernières années, le Club de Bruges creuse l’écart avec ses rivaux historiques. À quelques heures d’un match de prestige face au PSG en Ligue des Champions, focus sur le développement de ce géant belge aux rêves européens.
L’histoire démarre par l’ambition d’un homme : Bart Verhaeghe. Entrepreneur avisé de la région flamande, ce fan invétéré du Club de Bruges suit les exploits de son club de coeur et se donne pour ambition d’investir dans le monde du football au début des années 2000 et à la suite d’une discussion avec l’homme d’affaires belge et président du club de Saint-Trond, Roland Duchâtelet, investissant l’idée d’un projet sportif, immobilier et commercial ambitieux.

Bart Verhaeghe, l'homme de base

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Après de multiples discussions avec différents clubs du plat pays, Bart Verhaeghe entre en négociations avancées avec le KV Malines, club qu’il affectionne par attaches personnelles (son fils y joue) mais aussi parce qu’il est issu de la région. Faute d’accord, il se rabat sur le Club de Bruges dont il devient actionnaire en échange d’investir dans la création d’un centre de formation performant proche de la mer du Nord : Son cheval de bataille alors que le club de la Venise du Nord prend du retard sur ses rivaux historiques dans la formation des jeunes.
Ainsi, Bart Verhaeghe prend place au sein du conseil d’administration et devient président des "Blauw & Zwart" en janvier 2011 avec l’ambition de transformer le mode de fonctionnement établi. Pour se faire, il met en place Vincent Mannaert, alors directeur sportif de Zulte-Waregem, au poste de directeur général exécutif et crée une cellule de recrutement composée de quatre hommes dont l’histoire est liée directement ou indirectement au Club, trois sont encore présents aujourd’hui : Raymond Mommens, Kenneth Bryle et Peter Van Wambeke.
Après quelques années compliquées où le Club est en perte d’exploitation, l’arrivée de Michel Preud’homme comme manager (à l’anglaise) va opérer un tournant dans l’histoire du club : Après trois saisons passées à la tête de Bruges, celui qui fût aussi élu meilleur gardien au Mondial américain de 1994 remporte le championnat de Belgique en 2015-2016 et soulage toute une région après onze ans de disette et leur dernier titre national en 2005.

Vente des meilleurs éléments

Ce trophée opère définitivement la bascule, permet à Bruges de retrouver son rang de leader du football belge, d’assainir ses finances et ainsi de repasser au vert d’un point de vue comptable. Le résultat d’un système économique basée sur les ventes comme le souligne Florian Holsbeek, journaliste et suiveur attentif du Club de Bruges pour le média Walfoot : "Chaque année, la philosophie du club est de mettre un prix sur le profil de chaque joueur et, si la somme demandée est atteinte, le joueur est libre de quitter le club", ce qui fût le cas à l’été 2020 lorsque la direction brugeoise trouvait un accord avec West Ham United pour Hans Vanaken, son meneur de jeu, le Diable Rouge refusant l’offre de Premier League pour prolonger l’aventure en terre bleue et noire.

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Chaque saison, Bruges vend ses meilleurs éléments pour des sommes colossales. L’attaquant brésilien Wesley, de retour au Club en prêt cette saison, fût vendu à Aston Villa en 2019 pour 25 millions d’euros. Krépin Diatta, l’international sénégalais de l’AS Monaco, a lui été cédé aux monégasques en pleine crise sanitaire pour la bagatelle de 16 millions d’euros ou encore Odilon Kossounou, défenseur central ivoirien arrivé de Suède deux ans plus tôt pour moins de quatre millions d’euros et revendu pour trente (bonus compris) au Bayer Leverkusen cet été.
Quant à la question de savoir comment Bruges a pu claquer onze millions d’euros le dernier jour du mercato alors que les autres clubs belges tirent la langue et ne peuvent se contenter que de prêts, parfois avec option d’achat, Florian Holsbeek nous répond : "L’argent dépensé cet été fait écho aux ventes des années précédentes. Bart Verhaeghe fonctionne toujours sur un plan étalé de 3 ans afin de prévoir car il est convaincu que rien n’est acquis. Si ils ont besoin d’un joueur mais qu’il ne rentre pas dans le profil recherché pour investir une somme de transfert (âgé d’entre 18 et 23 ans, jeune international, déjà performant en équipe première, etc.) alors la direction se dirigera vers un prêt (avec ou sans option d’achat) pour ne pas dépenser inutilement de l’argent."

Plus Bayern Munich que Borussia Dortmund

Parmi les critères recherchés, les recruteurs brugeois s’intéressent aussi au profil des "tard-matures" c’est à dire "des joueurs qui ont progressé sur le tard et dont les plus grands clubs finissent par se désintéresser. Dans leur logique, le joueur ‘tard-mature’ va exploser entre 24 et 26 ans et forcément, quand il sera performant, il pourra être revendu beaucoup plus cher". La réussite de l’attaquant néerlandais de 22 ans Noah Lang à Bruges - ce détonateur talentueux recruté à l’Ajax Amsterdam mais dont la personnalité ne correspondait pas au moule ajacide - peut être assimilé à cette philosophie.
Avec un budget annuel avoisinant les 130 millions aujourd’hui, et une masse salariale légèrement supérieure à 50 millions, les "Blauw & Zwart" caracolent en tête du championnat belge, tutoyant même l’actuel champion de France, le LOSC, qui détient un budget estimé par la DNCG à 147 millions d’euros.
Dans un film consacré à sa carrière, Thomas Meunier, ex-joueur du Club de Bruges (et du PSG) estime que "le Borussia Dortmund serait la version évoluée de Bruges" mais la gestion en bon père de famille de son président, Bart Verhaeghe, fait plutôt penser au Bayern Munich : "Le Club de Bruges ne va pas faire de trading ou de spéculation en dépensant de l’argent qu’il n’a pas quitte à faire des choix et se limiter. Aussi, quand le Bayern achète des joueurs, on a parfois l’impression qu’ils ne réussiront que là-bas. Bruges essaie de faire pareil avec des profils comme Ruud Vormer : Je ne vois pas dans quel club en Belgique, Ruud Vormer pourrait satisfaire les supporters…"

Cryptomonnaie et entrée en bourse

Alors qu’ils ont fêté en mai dernier leur 4e titre national sur les six dernières saisons de Pro League, le 17e de leur histoire, la soif d’ambition du club et de son président Bart Verhaeghe semble insatiable : Lobbying agressif pour le projet de la BeNeLeague dans les médias nationaux et internationaux, projet avorté mais bientôt remis en selle d’entrée en bourse, partenariat signé avec une société néerlandaise de cryptomonnaie nommée "BLOX", construction d’un nouveau stade à 40 000 places mais aussi, fort de leur statut de club le plus populaire du pays, la menace brandie d’une vente indépendante de leurs droits télés à moyen terme pour une rétribution plus généreuse des recettes…
La Belgique devient trop étroite pour Bruges, qui en étouffe ses concurrents trop occupés à régler les problèmes du présent pour survivre, aux antipodes des ambitions pharaoniques de progression frénétique incarné par son président Bart Verhaeghe, dont le rêve constitue un mirage que seul la réalité du terrain ne peut lui offrir : Accéder aux huitièmes de finale de la Ligue des Champions et transformer le géant belge en grand d’Europe.
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