En septembre, après deux nuls déshonorants, Didier Deschamps a sans doute connu son plus gros coup de chaud de sélectionneur depuis 2014. La France attendait une réaction mais la rentrée offrait la suite d'un Euro complètement raté et achevé beaucoup plus tôt que prévu. Était-il toujours l'homme de la situation ? Et si cette équipe de France s'était vue trop belle ? Criblés de doutes, pensait-on, ces Bleus n'étaient plus que la pâle copie des champions du monde conquérants de Russie. Le problème avec les bonhommes de cette trempe, c'est que les constats sont fragiles.
La vérité de juin n'est plus celle d'octobre. Plus sidérant encore, celle de la 50e minute n'est même plus celle de la 80e. C'est une question de caractère et d'orgueil. De talent aussi, évidemment. Les minces justifications du sélectionneur ("on était à 3-1 à la 80e contre la Suisse", clamait-il dans L'Equipe pour sa rentrée médiatique) et l'idée que l'Euro ne fut qu'un accident ont aujourd'hui beaucoup plus de sens.
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Quand elle se met en ordre de marche, elle fait vraiment peur
De Turin à Milan, il s'est propagé l'impression que les Bleus pouvaient à peu près faire ce qu'ils voulaient quand ils le voulaient. Veni, vidi, vici : ils sont venus, ils ont vu, ils ont vaincu. La Belgique et l'Espagne ont bien cru les anéantir. Mais quand Pogba et ses copains ont décidé de se réveiller, personne ne leur a résisté. Il suffit de lire les gros titres d'une presse italienne médusée par ce qui s'est passée sous ses yeux. "Quand elle se met en ordre de marche, elle fait vraiment peur", "une équipe de phénomènes", pouvait-on lire ce lundi dans la presse des champions d'Europe. "Fenomeno" fut aussi le mot le plus souvent utilisé par nos confrères espagnols dans les coursives de San Siro et il ne visait pas toujours Gavi.

Benzema, Pogba : qui est le meilleur joueur de la finale ? Et du tournoi ?

S'il fallait établir la recette de cette renaissance, elle tiendrait en trois mots : talent, orgueil et caractère. Cette équipe a changé de personnalité sous l'effet du retour de Karim Benzema, de la retraite de Blaise Matuidi, de l'absence de N'Golo Kanté et de la mise à l'écart d'Olivier Giroud. Elle ne maîtrise plus comme elle a pu le faire face à la Belgique en demi-finale de la Coupe du monde 2018. Voilà pourquoi elle a tant souffert cette semaine. Mais la virtuosité de ses cracks lui suffit plus que jamais à se sortir du pétrin.

Rarement vu une équipe de France aussi dévastatrice

On a rarement vu une équipe de France aussi dévastatrice face à des pointures que lors des derniers instants de France – Belgique ou de France – Espagne. Le pressing collectif, les sorties de balle de Pogba, le sens du but et du reste de Benzema, la vitesse de Mbappé : quand tout est mis bout à bout, la France est injouable. Sa marge de progression reste pourtant réelle. En particulier, pour les trois de devant qui n'ont jamais été bons ensemble. Ce mois d'octobre laisse imaginer la puissance de ce trio quand il roulera de concert. Qui pourra résister alors aux Bleus ? Disons-le franchement, aujourd'hui, personne.
D'autant qu'elle a trouvé un système qui met en valeur ses forces (son talent offensif) même s'il n'atténue pas ses faiblesses (une défense toujours aussi fragile). Cette double affiche a aussi permis de faire émerger de nouvelles options, des jeunes à très haut potentiel qui constituent enfin un recours crédible aux héros de Russie (Théo Hernandez, Aurélien Tchouaméni voire Jules Koundé, enfin bien dans ses baskets).

Aurélien Tchouameni (France) après la victoire face à la Belgique

Crédit: Getty Images

Leur ennemi ? Le confort

Reste un ennemi sournois, celui qui lui a coûté l'Euro et qui n'a pas encore disparu de l'horizon. L'équipe de France n'aime pas le confort. Elle doit se faire bousculer pour réveiller l'ardeur des champions qui la composent. Ce fut le cas face à la Hongrie, au Portugal, à la Suisse, à la Bosnie, à l'Ukraine, et de façon plus caricaturale encore face aux Belges et aux Espagnols. Sept fois, sur ses huit dernières sorties, elle a concédé l'ouverture du score. Et au fond, dans les matches importants, elle n'a qu'à une seule reprise pu baisser la garde. Lors d'une fin de match qui semblait pliée à 3-1, face à la Suisse. On connaît la suite.

“Les Bleus n’aiment pas le confort, ils ont besoin d’être bousculés”

A un an du Qatar, voilà le combat de Deschamps. Cette Ligue des Nations sert autant, à ce titre, de tremplin que de piqûre de rappel. On peut mesurer l'importance des trophées aux litres de larmes déversés sur la pelouse après une finale. Toutes les joues étaient sèches dimanche, chez les vainqueurs comme chez les vaincus. Mais cette semaine, il n'était pas question de gloire, de trophée, d'histoire mais de reconquête et de renaissance. Mission accomplie, pour le reste, il faudra patienter 14 mois. Didier Deschamps peut, de nouveau, dormir tranquille.
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