Football : Qu'impliquent les différents systèmes de Jorge Sampaoli ?

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LIGUE EUROPA CONFÉRENCE – Face à Bâle ce jeudi soir (21h00), et comme lors de chaque match de l'Olympique de Marseille, l'entraîneur marseillais pourrait sortir un nouveau dispositif de son chapeau. Jusqu'ici, chaque systéme mis en place par le technicien argentine en 2022 a nécessité des adaptations aux conséquences tactiques importantes. Analyse.

Jorge Sampaoli (Marseille)

Crédit: Getty Images

Puisque l'OM multiplie les permutations, il n'est pas toujours facile – ou pertinent – de catégoriser son approche par une série de chiffres. Et puisque la phase défensive et la phase offensive ne se font pas toujours dans le même système, il faut sans cesse préciser le rôle des joueurs. Cette saison, les partis-pris de Jorge Sampaoli conditionnent le visage des rencontres. À commencer par les choix faits en possession du ballon, situation que Marseille (61,5% en Ligue 1 et 65,2% en Ligue Europa) vit plus que l'immense majorité des équipes européennes. Zoom sur quatre animations vues en 2022.

4-2-2-2

Dimanche, contre Monaco (0-1), il y avait quatre joueurs placés au coeur du jeu : Kamara et Guendouzi devant la défense ; Gerson et Payet dans les demi-espaces un cran plus haut. Utilisée par Ralf Rangnick – qui l'a reprise à ses débuts à Manchester United – et certains de ses disciples, cette animation permet de contrôler l'axe, où l'adversaire est en infériorité numérique. Pour l'école du gegenpressing, il s'agit d'abord de faciliter la progression sur le terrain pour, ensuite, récupérer le ballon rapidement et proche du but lorsqu'il est perdu. Les latéraux sont autorisés à monter pour offrir de la largeur mais l'idée est surtout de tisser une toile à travers les combinaisons du carré de milieux plutôt qu'écarter le jeu.
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Mattéo Guendouzi sous le maillot de l'OM à Lens, le 22 janvier 2022.

Crédit: Getty Images

Pour perturber la défense, il faut généralement un attaquant de profondeur et un autre capable de servir de point d'appui. Ainsi, l'association Milik-Bakambu est dans la même veine que le Poulsen-Werner qui était utilisé à Leipzig. Le problème réside dans la capacité à transformer le contrôle d'une zone intermédiaire (généralement entre 50 et 30 mètres du but adverse) en plus de la possibilité d'être décisif proche du but. Qui dit joueurs axiaux doués entre les lignes dit passeurs plutôt que dribbleurs – sauf dans les clubs capables d'attirer les quelques génies qui font les deux. Si l'adversaire évite d'engager la bataille au milieu et renforce sa défense, on risque de tomber dans un football de combinaisons sans déséquilibre.

4-4-2 losange

Début février, la réception d'Angers (5-2) s'était faite dans un système pas si éloigné philosophiquement du 4-2-2-2. Là aussi, la volonté est de surcharger l'axe, les latéraux étant seuls pour animer les couloirs. Une mission compliquée puisque, contrairement aux pistons couverts par trois centraux et qui évoluent en position intermédiaire, ils ont avant tout un rôle défensif et doivent bien calculer le moment où ils se projettent ou reculent. En dehors de l'arrière-garde, la composition était la même que face à Monaco et la subtilité se trouvait dans l'étagement des joueurs : pointe basse, Boubacar Kamara pouvait reculer en défense ; pointe haute, Dimitri Payet était un meneur unique plus libre de ses mouvements.
Autre système peu utilisé en dehors de quelques équipes estampillées Red Bull, le losange se calque sur les phases de relance des formations qui évoluent avec deux centraux (marqués par les deux attaquants) et un milieu qui décroche (suivi par le numéro 10), et permet de bien presser. Quand on subit, le volume demandé aux deux relayeurs – qui doivent couvrir la largeur alors qu'ils partent d'une position compacte dans l'axe – est énorme. Sur les phases de transition, la position avancée des latéraux est toujours ciblée. "On n'avait pas été bons défensivement", a dit Sampaoli du match d'Angers il y a quelques jours, soulignant que l'adversaire "aurait pu mener 3-0". La prise de risque du losange ouvre des espaces et induit d'énormes variables en fonction de l'efficacité, du côté de l'OM ce jour-là. Rare adepte du dispositif, Salzbourg, largement au niveau à domicile (1-1), a pris l'eau mardi à Munich (1-7) avec la même possession et le même écart de tirs que lors du match aller...

4-1-4-1

À Lens mi-janvier (2-0), dans ce qui reste l'un de ses matches les plus aboutis cette saison, Marseille avait choisi de ne pas beaucoup se déformer entre phase offensive et défensive. Seuls Kamara, sentinelle à qui il suffisait de quelques pas de recul pour intégrer une ligne arrière passant à cinq, et Payet, seul devant sans ballon mais très libre une fois le cuir récupéré, étaient des variables d'ajustement. L'utilisation du second rend d'ailleurs difficile la comparaison avec d'autres équipes évoluant dans le même système. Contrairement à Monaco par exemple, qui en a fait son approche de base avec Philippe Clement, il n'y a pas une pointe qui voit du soutien arriver mais un faux 9 qui se transforme en meneur.
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Dimitri Payet / Marseille

Crédit: Getty Images

Avec un tel onze, l'OM ressemble plus à un 4-1-1-4, avec Payet qui décroche très bas pour être face au jeu avec le temps de faire le meilleur choix de passe, Gerson et Guendouzi en solutions intérieures dans les demi-espaces, Ünder et Luis Henrique en ailiers de provocation au large, Kamara en couverture derrière son meneur et des latéraux qui n'ont pas besoin de monter puisque les couloirs sont déjà occupés. L'aspect miroir des positions offre un certain équilibre, à condition de faire les efforts à la perte de balle. Payet devient l'unique dépositaire du jeu, tandis que les ailiers doivent apporter l'imprévu. Un schéma qui rappelle l'approche de l'Ajax des seventies, notamment cette finale de C1 1973 avec le meneur Cruyff en pointe, le dribbleur fou Keizer et Rep sur les ailes, et le duo de box-to-box Neekens-Mühren protégé par Haan – récupérateur qui jouait défenseur en sélection.

4-3-3

C'est peut-être ici que la formule "l'important n'est pas le système mais l'animation", grand classique des entraîneurs, est la plus appropriée. Après tout, la différence numérique avec le 4-1-4-1 réside dans le fait d'intégrer les ailiers à la ligne offensive et le milieu reculé à l'entrejeu. L'enjeu principal concerne l'identité du joueur axial le plus avancé. Dimitri Payet se met à hauteur des milieux, attire des défenseurs et envoie des partenaires en profondeur – de la même manière que Messi lançait Pedro et Henry ou que Michael Laudrup servait Stoichkov et Salinas, pour ne citer que deux "faux 9" barcelonais. La lignée des "vrais 9" est plus longue et l'utilisation d'Arkadiusz Milik est très classique : longues séquences au contact des défenseurs en attendant que le cuir arrive, joueurs de couloirs servis dans les pieds.
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Arkadiusz Milik, buteur face à Angers

Crédit: Getty Images

Face à Lille, début janvier (1-1), Milik était accompagné par Ünder et Payet, deux "faux pieds" aux profils différents. Si le premier percute et tente souvent sa chance, le second n'a pas l'explosivité pour et s'oriente vers l'axe avec l'ambition de passer. Un rôle de meneur décalé côté gauche incarné par Mathieu Valbuena il y a quelques années, qui permet d'envoyer des centres sans faire appel aux latéraux. Ce jour-là, Luan Peres avait donc pu rester bas, tandis qu'à l'opposé, Pol Lirola se projetait dans l'espace ouvert par les courses intérieures d'Ünder. Une animation asymétrique s'adaptant aux qualités des hommes, ce qui n'est pas toujours le cas avec Sampaoli. Du classique, avec ce que cela comporte d'avantages et d'inconvénients.
Tous les pros savent animer un 4-3-3... et tous savent comment le défendre. Le coach définit les intentions (attitude à la perte de balle, jeu patient ou rapide) mais le niveau des joueurs se substitue à la complexité du plan tactique. Jorge Sampaoli juge-t-il insupportable ce manque d'influence, là où ses adaptations appuient sur les points faibles de chaque adversaire, ou a-t-il la conviction que l'effectif n'est pas assez bon pour remplir ses objectifs avec un "plan A" immuable, donc connu de tous ? Les dernières semaines facilitent les caricatures mais il n'y a pas toujours de bonne réponse. Ce n'est pas un hasard si Pep Guardiola, qui se contentait d'ajuster par petites touches une équipe barcelonaise au talent et aux habitudes de jeu sans égal, a depuis pris le parti de l'innovation tactique permanente.
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