Voilà une semaine que sa reprise a illuminé le Vélodrome et on ne reverra peut-être rien de plus beau cette saison. Un but comme seul lui et quelques-uns sont capables d'en marquer. Cette semaine, nous fêtons aussi les quatre ans de son raid dans la défense de Leipzig conclu par un extérieur en pleine lucarne. Un tour de magie, un coup de génie et, surtout, une signature. Dimitri Payet, c'est une certaine idée du football. Le beau au service du jeu à moins que ce ne soit l'inverse.
Et si, à 35 ans, il n'a rien gagné, si son palmarès sonne creux et se résume à une Coupe de la Réunion, il laissera une trace que certains champions du monde et certains vainqueurs de la Ligue des champions pourront lui envier au moment où la lumière s'éteindra. C'est précisément ce gouffre immense entre l'extrême sécheresse de ses accomplissements collectifs et la lueur éblouissante de ses éclairs individuels qui le rend si spécial.
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Son indécrottable manie de disparaître pendant de longs mois durant une carrière où les hauts ont succédé aux abysses, et vice-versa, ont nourri un personnage insaisissable. L'un des derniers romantiques d'un football aujourd'hui abandonnés aux serials buteurs, machines à stats, mais pas toujours à émotions, athlètes aux caractéristiques physiques uniques, golgoths taillés dans la pierre sans faille et sans trou noir. Avec Payet survit l'idée que le talent est fragile et donc précieux. L'idée aussi du tout ou du rien avec tous les excès que cela suggère. Des crises de colère, un poids qui fluctue, des soirées traversées comme une ombre mais aussi une tenace impression que tout peut se passer un soir où les astres sont alignés.

Une figure marseillaise

A ce titre, au somment de sa forme, ils ne sont pas nombreux à pouvoir le regarder dans le blanc des yeux. "Durant ma carrière, j'ai évolué avec des joueurs de talent, j'en ai trois en tête : Daniele De Rossi, Edin Dzeko (à la Roma) et Jamie Vardy (à Leicester). Mais Dimitri Payet est peut-être le plus talentueux", disait encore de lui Cengiz Under cette semaine dans les colonnes de La Provence. Le 17e du Ballon d'Or 2016 n'a jamais eu la constance qui lui aurait permis de s'installer pour de bon parmi les meilleurs joueurs du monde. On pourrait le lui reprocher, comme sa carrière internationale qui n'aurait jamais dû se réduire à l'Euro 2016. Mais l'intensité avec laquelle s'exprime son génie créatif - souvenez-vous du premier tour de ce même championnat d'Europe et de sa praline en pleine lucarne roumaine qui a lancé l'aventure des Bleus - oblige à retenir d'abord ses accomplissements plutôt que ses rendez-vous ratés comme celui de l'été 2018, en Russie.
Cette carrière inégale et puissante en fait une grande figure marseillaise. Lui, le Réunionnais de Saint-Pierre, ressemble à cette ville dans ses excès et dans sa démesure. La façon dont Payet s'est attaché à Marseille et à son club, sans surjouer mais avec une vraie sincérité, l'inscrit désormais dans le patrimoine phocéen alors même que le club ne traverse pas sa meilleure période. Parce que si, avec lui, l'OM n'a rien gagné, il a vibré, il a vrombi en Ligue 1 et en Coupe d'Europe. Là-bas, où tout est multiplié par 100, où l'émoi domine la raison, Payet, machine à émotions, règne surtout depuis que Jorge Sampaoli lui a réappris la régularité.

Dimitri Payet et le tifo en son hommage

Crédit: Getty Images

Des coups francs, un tifo, un derby, une chanson

Le Vélodrome l'a adoubé un soir de Coupe de France : Payet, the King, affichait l'impétueux stade olympien comme un joli remerciement après huit ans à servir le club et ses intérêts. Payet restera l'homme de l'OM au moment de raccrocher mais il ne faudra pas oublier les souvenirs qu'il a laissés partout ailleurs. A Saint-Etienne, où son coup franc dans la lucarne d'Hugo Lloris a mis fin à 16 ans d'insuccès face à l'OL un soir de 100e derby, à West Ham où, en héritage de ses 18 mois en Angleterre, il aura laissé une compilation de buts exceptionnels, un titre de joueur londonien de l'année et une chanson : "Nous avons Payet, Dimitri Payet / Je ne crois que vous comprenez / C'est l'homme de Super Slaven / Il est meilleur que Zidane / Nous avons Dimitri Payet !" Pas de titre mais des souvenirs. Et les souvenirs, eux, ne prennent jamais la poussière.
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