Chelsea - Benfica (2-1) : Benitez, 45 minutes et des ajustements gagnants

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Dominé par Benfica, notamment en première période, Chelsea a remporté la Ligue Europa grâce à Rafael Benitez, qui a procédé à de suspicieux ajustements après la pause. Analyse.

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Sans paraître supérieur à son adversaire, Chelsea est allé chercher sa deuxième coupe d’Europe en deux saisons en venant à bout de Benfica dans les dernières secondes de la rencontre, mercredi soir à l'ArenA d'Amsterdam. Complètement dépassés dans le premier quart d’heure, les Blues ont procédé à plusieurs réajustements tactiques pour monter en puissance et prendre l’ascendant après la pause.
Aucune surprise au coup d’envoi : les deux équipes se présentent dans leurs systèmes de jeu habituels, en 4-2-3-1. Du côté de Chelsea, Rafa Benitez doit faire avec quelques absents de marque, dont Ba et Hazard. Torres et Ramires les remplacent pour former le quatuor offensif des Blues avec Mata et Oscar. David Luiz est lui reconduit au milieu de terrain aux côtés de Lampard (Cech – Azpilicueta, Cahill, Ivanovic, Cole – David Luiz, Lampard – Ramires, Mata, Oscar – Torres). Côté lisboète, Jorge Jesus doit composer sans Maxi Pereira au poste de latéral droit. Conséquence, André Almeida glisse dans ce couloir et laisse le flanc gauche de la défense à Melgarejo (Artur – André Almeida, Luisao, Garay, Melgarejo – Matic, Enzo Perez – Salvio, Rodrigo, Gaitan – Cardozo).
Benfica supérieur dans tous les domaines :
En début de partie, Chelsea tente de prendre la main au milieu de terrain en mettant la pression sur la transition adverse.  Si Luisao et Garay bénéficient d’une certaine liberté, les Blues sortent sur les joueurs chargés de la transition. Melgarejo et André Almeida subissent la pression de Ramires et Oscar, qui sont accompagnés dans leurs sorties par Azpilicueta et Cole (face à Gaitan et Salvio). Dans l’axe, Mata et Torres coulissent sur la largeur de manière à s’opposer à la première relance portugaise, de Garay, Luisao ou Matic.
Mais la formation portugaise n’a aucun mal à déjouer ce pressing, en jouant sur la mobilité de trois de ses milieux de terrain : Enzo Perez, Rodrigo et Gaitan. Le premier intervient lorsque Benfica remonte le ballon via son flanc droit (via Luisao, André Almeida). A plusieurs reprises, il prend le dessus sur Lampard, chargé de sortir au pressing lorsque la paire Mata-Torres est éliminée, que ce soit en vitesse ou après un dribble. Pour compléter le travail de l’Argentin, Rodrigo et Gaitan exploitent les intervalles dans l’axe : le premier décroche à hauteur de son partenaire pour offrir une solution latérale. Sur le papier, David Luiz est censé sortir sur lui à l’instar de Lampard sur Enzo Pérez, mais le Brésilien est limité dans ses possibilités de pressing en raison des courses latérales de Gaitan, qui repique dans son dos depuis son aile gauche.
Au cours du premier quart d’heure, les Portugais trouvent des solutions entre les lignes adverses, qui aboutissent à plusieurs décalages sur les ailes grâce aux montées de Melgarejo et Salvio. Côté droit, Le soutien d’André Almeida permet de ressortir le ballon du couloir pour ensuite trouver Gaitan, Rodrigo ou Enzo Perez plein axe, à 20/25 mètres des buts de Cech. La formation de Jorge Jesus s’offre trois situations dangereuses au cours de ces premières minutes mais manque de spontanéité, et donc d’efficacité, dans le dernier geste.
Derrière, la couverture est assurée par Matic, les défenseurs centraux et le latéral resté en arrière puisque non-concerné par l’offensive. En plus de développer un jeu léché offensivement, Benfica travaille efficacement sur la relance adverse. Le positionnement haut des latéraux, ainsi que les déplacements dans l’axe de Gaitan, Enzo Perez ou Rodrigo, obligent Oscar et Ramires à revenir défendre très bas. Résultat, Mata et surtout Torres sont souvent esseulés, Matic travaillant à la séparation des deux hommes afin de permettre à Luisao et Garay de gérer les déplacements de l’avant-centre des Blues. Une fois le ballon perdu dans les 30 derniers mètres adverses, Benfica presse la relance en marquant toutes les solutions courtes autour du porteur, si bien que Chelsea est obligé de jouer long. A la retombée de ces relances, Luisao et Garay dominent dans les airs et le bon repli du bloc portugais assure une présence efficace sur les seconds ballons.
Chelsea recule :
Au quart d’heure de jeu, Chelsea abandonne l’idée de sortir sur les latéraux adverses. Au lieu de presser à hauteur de leurs attaquants, Oscar et Ramires se concentrent désormais sur le repli défensif afin d’encadrer plus efficacement Lampard et David Luiz. Les deux excentrés de Chelsea ne prennent plus le risque d’être pris dans leur dos par les montées de leurs adversaires directs. Le repli de Ramires permet notamment à Azpilicueta de suivre Gaitan lorsqu’il repique dans l’axe, en attendant le retour de ses milieux de terrain. Mata et Torres reviennent eux aussi défendre afin de limiter les possibilités pour Matic et Enzo Perez.
Immédiatement, Benfica connaît plus de difficultés pour attaquer la défense adverse : son jeu se fait plus latéral et donc moins dangereux pour les grands gabarits que sont Cahill et Ivanovic qui contrôlent, plus ou moins légalement, Cardozo. Les centres se multiplient mais sans décalage au départ, puisque Cole et Azpilicueta bloquent bien leurs zones. Chelsea gagne plus de ballons dans l’entrejeu et peut  lancer des mouvements offensifs avant que Benfica ne mette en place son pressing. Problème, Torres reste très esseulé, seul contre deux sur le front de l’attaque et les rares mouvements offensifs préparés couloir droit (David Luiz aux lancements de jeu, Azpilicueta sur l’aile, Ramires vers l’intérieur du terrain) n’aboutissent pas, faute de justesse dans les combinaisons.
Les ajustements de Benitez :
Après s’être rassurés défensivement, les Blues reviennent plus haut après la pause. Comme Benfica en début de partie, ils bloquent les solutions courtes proposées à Artur (Luisao, Garay) afin de forcer la relance longue du portier portugais. A la retombée, Ivanovic, Cahill et David Luiz s’imposent dans les airs (Cardozo est l’unique menace) et facilitent les récupérations de balle de leurs partenaires. Beaucoup plus à l’aise, les Blues parviennent à ralentir les sorties de balle et à perturber un peu plus l’animation offensive lisboète.
Rafa Benitez a profité de la mi-temps pour procéder à quelques ajustements offensifs bienvenus qui permettent à ses joueurs de se défaire plus facilement de la pression portugaise. Au lieu de rester dans les zones de Matic et du duo Luisao-Garay, Torres et Mata s’excentrent pour profiter des espaces laissés par les latéraux du Benfica, obligés de monter aux avant-postes pour créer des décalages ou profiter de positions favorables offertes par leurs attaquants sur les ailes. Les deux Espagnols de Chelsea offrent ainsi des solutions courtes à leurs partenaires, et deviennent des référents autour desquels tournent Ramires et Oscar en cas d’attaque rapide. Malgré ces progrès, c’est sur une relance longue de Cech et un deux-contre-un remporté par Torres sur la défense portugaise qui permettent aux Londoniens de convertir leur bonne reprise au tableau d’affichage (0-1, 60e).
Le coaching de Jorge Jesus :
Rapidement, le coach lisboète réagit en faisant entrer Lima et Ola John à la place de Rodrigo et Melgarejo. Véritable deuxième attaquant, le premier arrive pour tourner autour de Cardozo au lieu de revenir dans l’entrejeu comme le faisait jusque là l’ancien pensionnaire de la Castilla madrilène. John entre lui sur l’aile gauche, Gaitan reculant au poste de latéral. Avec Salvio à droite et le Néerlandais de l’autre côté, Benfica se retrouve avec deux joueurs censés percuter et apporter de prendre la profondeur sur les ailes. De quoi offrir de nouvelles solutions alors que le bloc haut de Chelsea force les Portugais à jouer plus directement vers leurs attaquants. Une minute après ce double remplacement, un mouvement entre Cardozo et Lima pousse Azpilicueta à la faute. Le latéral espagnol intervient de la main dans sa surface. Penalty transformé par Cardozo (1-1, 68e).
Après ce but, rien ne change dans l’opposition jusqu’à ce que l’on entre dans les dix dernières minutes de jeu. Sans doute fatigué et diminué par la sortie de Garay sur blessure (76e, remplacé par Jardel), Benfica se fait moins pressant, alors que Chelsea continue de résister aux relances adverses en restant haut sur le terrain. Les Blues profitent du pressing réduit de leurs adversaires pour appuyer sur la zone de Gaitan (à gauche de la défense) en y balançant plusieurs longs ballons. Les Portugais finiront par craquer au bout des arrêts de jeu, sur un corner obtenu justement dans cette zone du terrain (1-2 : Ivanovic, 90e+3).
Conclusion :
Comme la saison dernière en Ligue des Champions, le mot hold-up peut facilement venir à la bouche pour qualifier la victoire des Londoniens. Loin du niveau technique de leurs adversaires, ils ont résisté avec d’autres armes, profitant de plusieurs réajustements tactiques pour compenser la supériorité de leurs adversaires et finalement équilibrer les débats en deuxième mi-temps… avant d’enlever le trophée sur l’un de ses fameux détails qui font les finales de Coupe d’Europe.
Florent TONIUTTI(sur twitter : @flotoniutti)(Le blog : Les Chroniques Tactiques)
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