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Ben Arfa et la notion complexe de liberté

Ben Arfa et la notion complexe de liberté

Le 13/12/2018 à 01:21Mis à jour Le 13/12/2018 à 16:42

LIGUE EUROPA – Hatem Ben Arfa s'épanouit depuis l'arrivée de Julien Stephan sur le banc du Stade Rennais. Le nouveau coach breton lui laisse toute la liberté de s'exprimer. Une notion qui interroge et ne peut pas se mettre en place dans tous les contextes.

Il est libre Hatem. Et il donne l'impression de voler à nouveau sur les terrains. Depuis l'arrivée de Julien Stephan sur le banc rennais, Hatem Ben Arfa semble être redevenu lui-même. Buteur lors de ses deux sorties en L1 avec son nouveau coach, il retrouve ses sensations. On l'a vu replacer ses fameuses accélérations. Signer quelques gestes techniques dont il a le secret. Refaire du Ben Arfa en fait. Les raisons sont multiples. Il a retrouvé du jus physiquement. La confiance que lui accorde Stephan y est aussi assurément pour beaucoup alors qu'il semblait entretenir une relation compliquée avec Sabri Lamouchi. Mais c'est aussi et peut-être surtout une question de liberté !

Placé au cœur du jeu derrière deux attaquants comme à sa belle époque niçoise, Ben Arfa est aligné à la position qu'il adore. Celle qui lui permet de briller. Surtout que son coach lui laisse toute la latitude de déplacement qu'il souhaite pour s'exprimer au mieux et faire parler sa science du déséquilibre. "Oui, je souhaite lui donner de la liberté. C'est un joueur créatif, donc il ne faut pas l'enfermer dans une position. Il faut qu'il ait une certaine liberté pour s'exprimer et prendre du plaisir", a d'ailleurs confirmé Julien Stéphan.

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Sur le papier, cela semble logique. Quand on possède un tel talent, il semble évident de vouloir le placer dans les meilleures conditions pour faire parler ses capacités et profiter de son inventivité. Pourtant, tous les entraîneurs ne le font pas. Le diktat de la tactique s'impose le plus souvent. Car le choix d'offrir une telle souplesse tactique à un de ses protégés n'est pas forcément si évidente que ça à mettre en œuvre.

" Il ne peut pas y avoir des joueurs qui ne se font que plaisir"

Déjà, cette liberté ne s'exprime pas tout le temps. En fonction des phases de jeu, ce n'est pas la même histoire. "On a tous envie que des joueurs créatifs expriment leur potentiel. Dans le domaine offensif, il ne faut pas brider ce type de talent. Après, il y a quand même un cadre d'équipe, prévient Elie Baup, consultant chez BeIn Sports. Un joueur ne peut pas rester dans un coin du terrain et attendre pour faire ses dribbles. Surtout à la perte du ballon. Il ne peut pas y avoir des joueurs qui ne se font que plaisir".

Mettre un joueur dans de telles conditions ne peut aussi être qu'une exception. "Si on possède onze joueurs qui jouent de manière instinctive, il ne faudrait plus parler d'organisation, de plans... Au maximum, il ne peut y avoir qu'un joueur de ce style", avance Rolland Courbis, consultant chez RMC. Elie Baup trace le même sillon : "Il ne faut pas empêcher l'expression du talent. Il faut la favoriser et réussir à ce que tout le groupe la comprenne. On a de temps en temps l'impression que ces joueurs sont en marge du groupe et que les autres sont les porteurs d'eau, ce n'est pas bon si c'est le cas. Il faut faire comprendre à tout le monde que c'est un tout. C'est un gros travail de management."

Hatem Ben Arfa et Julien Stéphan lors du succès face à Dijon

Hatem Ben Arfa et Julien Stéphan lors du succès face à DijonGetty Images

" Il faut qu'il soit décisif pour conserver la sympathie de ses partenaires"

Il faut réussir à assumer ce statut d'exception vis-à-vis du groupe. Et du coup, cela devient également une histoire de forme et d'efficacité. Laisser de la liberté à un joueur fonctionne quand celui-ci est à part mais aussi… en jambes et qu'il réalise de vraies différences pour le bien de l'équipe. Quand ce n'est pas le cas, il devient plus compliqué de lui donner cette liberté et donc de prendre le risque de remettre en question l'équilibre de son équipe. "Il faut qu'il soit décisif pour conserver la sympathie de ses partenaires", lance encore Rolland Courbis.

La liberté d'un joueur est bien à mettre en exergue avec la notion de groupe. Mais pour certains joueurs, ce besoin de liberté pour briller est aussi une question de caractère. De personnalité. Pour ces artistes du ballon rond, c'est presque une nécessité pour s'illustrer. Hatem Ben Arfa en est l'exemple parfait. Comme sa carrière l'illustre, il n'a pas toujours su rentrer dans des cadres. "Il faut le laisser jouer avec son instinct. Certains jouent avec leurs muscles, d'autres avec leur tête et certains avec leur instinct et leur technique. Lui, c'est un joueur d'instinct. Il est capable de réussir de belles choses sans y avoir réfléchi. C'est la solution pour libérer Ben Arfa", explique Courbis.

Pas forcément sous le charme du nouveau chef d'orchestre rennais, l'ancien entraîneur de Bordeaux, Montpellier, Marseille ou encore Rennes souligne d'ailleurs que c'est aussi pour ça que l'ancien Lyonnais n'a pas réussi partout où il a évolué. Et s'interroge au vu de son passé sur son aptitude à conserver six mois ce niveau. Si Ben Arfa devient moins décisif, Julien Stephan devra alors peut-être revoir ses plans. Et revenir à un cadre plus strict. En attendant, Ben Arfa démontre les bienfaits de laisser libre un tel joueur. Au grand bonheur de Rennes.

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