"Ce succès est important parce que l’on ne devait pas rester dans une forme de fatalité en disant : 'il y a des matches de coupe d’Europe, et trois jours après, c’est difficile'". Signé Christophe Galtier après la victoire des Dogues ce dimanche contre Monaco (2-1). Trois jours plus tôt, Lille s’était qualifié pour les 16èmes de Ligue Europa en battant le Sparta Prague (2-1), autorisant le coach lillois à bien marteler les objectifs de la saison : "L’Europa League était un objectif bien défini par mon président. Il n’y a aucune priorité sur les compétitions. " Traduction : Lille jouera bien à fond la Ligue Europa… en plus de jouer les premiers rôles en Ligue 1 !

Le socle des ambitions européennes actuelles de Christophe Galtier repose paradoxalement sur le fiasco du Losc la saison passée en C1, dernier de sa poule derrière Valence, Chelsea et Ajax, avec cinq défaites et un petit point au compteur. Raillé pour ce parcours désastreux, "Galette" (surnom de Galtier), avait étonnamment fait face en se projetant vers l’avenir immédiat : "La campagne a été négative en termes de résultats, mais dans le jeu on a été intéressant. Pour que cette compétition soit bénéfique, il faut y revenir très rapidement, soit cette année soit l’année d’après en Ligue des champions ou en Ligue Europa. Je suis persuadé que ces matchs-là vont nous servir."

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Et ils ont servi ! Lille est actuel dauphin du PSG et qualifié précocement en C3… Voilà qui change des sempiternelles campagnes européennes au rabais des clubs français qui jouent l’Europe pour mieux la bazarder l’automne venu. Surtout en Ligue Europa, compétition pas si facile mais mieux taillée pour nos meilleurs clubs privés de Ligue des Champions.

Cette fameuse C-3 dont le code de bataille navale a toujours signifié "touché-coulé" pour les participants français. Jamais vainqueur de cette coupe sans oreille, le foot hexagonal n’a que quelques finales à son actif : Bastia 1978, Bordeaux 1996 et l’OM 1999, 2004, 2018. Les derniers regrets en date remontent à 2017, avec la demie perdue contre l’Ajax par un Lyon trop présomptueux qui aurait pu aller au bout… Cette saison, Lille pourtant dépouillé cet été des Rémy, Osimhen et Gabriel, semble armé pour porter haut les espérances françaises et finir, pourquoi pas, par décrocher enfin ce trophée qui manque cruellement au foot français.

Les vertus multiples de la concurrence

Comme il en témoigne lui-même, Christophe Galtier a d’abord insufflé par son charisme tranquille une vraie dynamique conquérante. Celle qui embringue tous ses gars et qui fait ressembler la double aventure L1 et C3 à un train pour la gloire qu’aucun d’eux n’a désormais envie de manquer. "Galette" peut en effet compter sur un effectif large et responsabilisé : "Les postes sont doublés, tout le monde est prêt, c’est le moment d’exister", affirmait-il avant le 4-0 contre Lorient.

L’émulation-concurrence agit positivement dans tous les secteurs, en attaque bien sûr (David, Yilmaz, Yazici), mais aussi par exemple au poste de milieu droit où ils sont quatre à postuler (Ikoné, Araujo, Yazici, Lihadji). Avec Galtier tout le monde a sa chance, comme on l’a vu avec le retour de Timothy Weah ou dans la confiance renouvelée (et finalement payante) mise en Jonathan David, pourtant longtemps stérile devant… Ce climat de saine concurrence pourrait expliquer pourquoi Lille a, comparativement à beaucoup d’autres équipes, déploré un peu moins de blessés en ce début de saison, hormis les inévitables bobos (Pied, Celik, R. Sanches, Araujo). Des ressorts psychologiques forts vivifient surtout le Losc actuel avec ses profils souvent revanchards, dont plusieurs internationaux tournés vers l’Euro 2021dans diverses sélections (Croatie, Turquie, Pays-Bas, Portugal, France).

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Crédit: Getty Images

Car derrière le "Kral" Yilmaz (le roi), affamé comme jamais à 35 ans bien tassés, une meute qui commence à lui ressembler montre aussi les crocs. Donnés partants, en difficulté la saison passée, Jonathan Bamba et Boubakary Soumaré ont préféré rester pour gagner leur place. Idem pour le Portugais Djalo (20 ans), bien décidé lui aussi à s’imposer. Jonathan David, Haïtien du Canada, a la dalle après avoir été recalé à Salzbourg, Stuttgart et M’Gladbach. Même appétit de reconnaissance pour la révélation Sven Botman (20 ans), pas conservé par l’Ajax, prêté à Heerenveen, international espoir mais récemment appelé chez les Oranje A. Au même âge, grâce à ses prestations lilloises, Bradaric a fêté sa première sélection avec la Croatie en octobre.

Les deux monstres portugais Fonte et Renato Sanches voudront, eux, s’assurer une place de choix en sélection du Portugal pour le prochain Euro. Blessé pendant un an, l’international turc Yazici a, lui, mis les bouchées doubles pour revenir en force et péter le feu en meilleur buteur actuel de la C3 (6 buts). Mené au score à domicile contre le Celtic, Milan et le Sparta Prague, ce Losc a ainsi su, sans vraiment forcer, rétablir la situation grâce au coaching payant de Galette et à une grosse niaque finale. Parce qu’à Lille, les places sont chères ! Et ce n’est pas Jonathan Ikoné, en concurrence à la fois chez les Dogues et chez les Bleus qui dira le contraire…

La clé ? Cesser d'être une équipe "en réaction"

Sur le terrain, Lille s’affiche comme l’équipe la mieux "vertébrée" de France, bien articulée ligne par ligne autour d’un axe Maignan – Fonte/Botman – André/ Renato Sanches – Yilmaz/ David. La constance de l’organisation rationnelle de son 4-4-2 offre une plus grande cohésion tactique globale que le PSG, aux lignes souvent en déséquilibre, encore trop tributaire de ses artistes de devant (Neymar, Mbappé, Di Maria) et peu portés sur le travail défensif. Avec son bloc médian mais capable de presser haut avec ses attaquants, le Losc s’assure une plus grande sécurité collective (co-meilleure défense de L1, 9 buts encaissés). Pas vraiment obsédé par la possession, mais pas non plus identifié comme "équipe de contre" seulement, ce Losc est capable de vrais temps forts qui favorisent les vraies bonnes occases et une attaque à buteurs multiples.

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Avec trois rendez-vous consistants avant la trêve (le Celtic ce soir, le PSG à domicile le 20 décembre et un déplacement à Montpellier le 23), Lille pourra boucler une année 2020 en renforçant ses automatismes avant de basculer vers 2021. Une année où le club nordiste pourra avancer en Ligue Europa auréolé d’un splendide 3-0 à San Siro qui a fait causer et paré d’un statut piégeux d’outsider capable de surprendre une concurrence très sérieuse mais abordable. Avec la crise du Covid, l’impréparation physique générale générant au cours de cette saison au calendrier chamboulé fatigue, blessures et pics de forme décalés, les niveaux s’égalisent et Lille pourrait tirer son épingle du jeu, même face à des "favoris plus évidents".

Tottenham, Arsenal, MU, Naples, AS Roma, Milan AC, Leverkusen, Leicester, ainsi que d’autres clubs reversés de la C1 comme Manchester United ou l'Ajax Amsterdam sont des grands noms mais pas forcément des grandes équipes et pas non plus forcément décisives ou motivées à l’instant T. Le géant Tottenham serait sans doute plus intéressé par un titre en PL qu’il n’a plus remporté depuis 1961et la C3, Mourinho (2003, 2017) et les Spurs (1972, 1984) l’ont déjà gagnée ! Qui plus est, la plupart des grosses équipes se décimeront entre elles et éclairciront un tableau à travers lequel Lille devra tracer sa route.

En 2021, la réouverture progressive des stades au public devrait booster des Dogues soutenus à Pierre Mauroy par 50 000 fans déjà bien chauds... Lille a le droit de croire à une victoire en Ligue Europa. Mais il devra pour ça surmonter quelques handicaps et certaines limites. Comparé au PSG, à l’OM et à l’OL, le Losc souffre d’une absence d’ADN européen, résumé à quelques 8èmes en C1 et en C3.

Pour briller en C3, malgré une saine émulation, il devra également être au complet, avec notamment son taulier Fonte (absent contre le Celtic, la défense a pris l’eau) et du Renato Sanches XXL de San Siro. Outre une plus grande efficacité devant, Lille devra cesser d’être une équipe "en réaction" qui, on l’a dit, se laisse trop souvent mener au score (Celtic, Milan, Sparta). Enfin, tactiquement, Lille devra corriger la faiblesse de ses latéraux dont Brest a profité en jouant dans leur dos (2-3) et pallier un manque de vitesse derrière, comme on a l’a vu avec les vifs Milanais Rebic et Castillejo. Y’a plus qu’à…

Jonathan David lors du match opposant Lille à Nantes, le 27 septembre 2020, en Ligue 1

Crédit: Getty Images

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