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Le Mexique est toujours devant elle mais la MLS progresse à grands pas
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Publié 10/05/2018 à 07:58 GMT+2
Avec l'arrivée de Zlatan Ibrahimovic au Los Angeles Galaxy, la MLS a réussi un grand coup médiatique. Mais c'est surtout sur le terrain qu'elle a donné récemment des gages de progrès, notamment en Ligue des champions de la Concacaf, où le Toronto FC de Sebastian Giovinco a bien failli mettre un terme à l'hégémonie mexicaine.
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Il s'en est fallu d'un rien. D'une balle de match manquée par Marky Delgado à la 91e minute. Quand l'Américain, parfaitement servi par l'intenable Sebastian Giovinco a armé sa reprise, les près de 40000 supporters des Chivas, mais aussi des millions de Mexicains, ont retenu leur souffle, avant que le ballon ne s'envole dans le ciel de Guadalajara.
Tombeur des Tigres d'André-Pierre Gignac en quarts de finale de la Ligue des champions de la Concacaf, et de l'América de Jérémy Ménez, en demies, le club canadien, qui avait su faire son retard de l'aller (1-2, 2-1), échouera finalement aux tirs au but (4-2), le 25 avril. Jamais une équipe de MLS n'avait été si proche de remporter un trophée confisqué par les équipes de LigaMX depuis 2006. Mais ce sont finalement les Chivas Guadalajara, entité qui a pour politique de ne jouer qu'avec des Mexicains, qui représenteront la Concacaf au Mondial des clubs.
Une rivalité croissante
Compétition trop souvent insipide et promise aux représentants mexicains, la Concachampion's a vivement gagné en intérêt avec la répartie plus musclée offerte lors de sa dernière édition par les équipes de MLS. Outre Toronto FC, les New York Red Bulls ont aussi réalisé un tournoi remarqué. En demi-finale, Aurélien Collin et consorts avaient ainsi mis Chivas, le club formateur d'El Chicharito, au supplice (1-0, 0-0), mais sans pouvoir emporter la décision faute de réalisme. Auparavant, ils avaient aisément disposé des Xolos Tijuana en quarts de finale (0-2, 3-1). Lors de cette dernière édition de la Ligue des champions de la Concacaf, une tendance s'est dégagée, celle du rapprochement entre les deux grands championnats d'Amérique du nord.
Le Mexique ne l'avait pas vu venir, comme il a regardé le débarquement de Zlatan Ibrahimovic au Los Angeles Galaxy, au mois de mars, avec une certaine envie. Mais plutôt que de se formaliser de l'ombre faite par l'envergure de la super-star suédoise, le pays d'Hugo Sanchez a surtout été touché dans son orgueil national par le choix de ses enfants de vivre leur rêve américain plutôt que de revenir au pays. L'été dernier, Jonathan dos Santos, milieu international dans la fleur de l'âge (28 ans), a ainsi choisi de quitter Villareal, où il était titulaire, pour rejoindre son frère Giovani dos Santos, arrivé aux LA Galaxy dès 2015.
Au même moment, Los Angeles FC annonçait que Carlos Vela (29 ans), payé sept millions d'euros annuels, serait la tête d'affiche de son projet naissant. Des joueurs que la LigaMX aurait désiré rapatrier, mais qui lui ont échappé. Difficile de rivaliser avec les salaires des designated players, mais aussi avec la qualité de vie proposée sur les collines de Malibu, Santa Barbara, ou Hollywood. Surtout quand on est devenu un des pays les plus dangereux au monde.
Malgré ce contexte peu porteur, l'entraîneur de l'América, Miguel Herrera, s'était livré à un plaidoyer en faveur de la LigaMX, avant d'affronter Toronto en demi-finale. "Notre championnat est fort, solide, avait estimé l'ex-sélectionneur du Mexique (2013-2015). Certes la MLS grandit rapidement - on parle tout de même du championnat de l'économie la plus puissante au monde - mais nous on ne se mesure pas à la MLS mais aux championnats européens, et la MLS espère rivaliser enfin avec nous pour ensuite pouvoir se mesurer aux championnats européens."
L'équipe de Jérémy Ménez, forfait lors des deux matches face à Toronto, sera surclassée au Canada (3-1), avant de concéder le nul à l'estadio Azteca (2-2). A l'aller, les trois designated players avaient rayonné : l'ex-Juventus, Sebastian Giovinco, qui touche six millions d'euros annuels, l'ex AS-Roma, Michael Bradley, qui émarge à plus de cinq millions d'euros, et l'ex-AZ Alkmaar, Jozy Altidore, qui touche quatre millions d'euros. Au Mexique, le salaire médian des footballeurs se révèle bien plus élevé qu'aux Etats-Unis, mais seul André-Pierre Gignac - environ quatre millions d'euros d'annuels - touche des émoluments dignes d'un designated player. Un modèle économique qui se défend, même si la LigaMX pourrait toutefois payer, à court ou moyen terme, son manque de stabilité.
A Guadalajara, l'avant-match face à Toronto avait ainsi été marqué par les revendications des joueurs des Chivas. Champion du Mexique face aux Tigres de Gignac, en juin 2017, Carlos Salcido, Alan Pulido, et consorts, attendaient encore que deux tiers de leur prime leur soit versée. Pour rendre visible leur mécontentement, les joueurs du Rebaño sagrado (troupeau sacré) avaient notamment décidé de porter leurs maillots à l'envers à l'entraînement. Le conflit n'a toujours pas été réglé.
Sécurité contre instabilité
Face aux pratiques autoritaires des dirigeants mexicains et à l'opacité des finances de ses clubs, la MLS présente un miroir de transparence et de sécurité financière. Les mauvais payeurs ne font pas partie du paysage, et le public peut même avoir accès aux rémunérations des joueurs. A Toronto, on sait ainsi que l'ex du Stade Rennais, Cris Mavinga, touche 250000 euros annuels. Sans doute beaucoup moins que la plupart des joueurs des Chivas, même si ces chiffres sont confidentiels, comme le budget des clubs.
La LigaMX a encore des atouts à faire valoir. Lors de la finale retour de Ligue des champions, on pouvait ainsi remarquer que la moitié des éléments des Chivas présents sur la feuille de match avaient été formés au club, tandis que la MLS bataille encore pour mettre en place des structures efficientes pour ses meilleurs jeunes. Au Mexique, le football est le sport numéro un, une passion populaire qui garantit une production massive de joueurs pris en charge dès le début de leur adolescence dans des centres de formation.
A Toronto, le jour de la finale aller, qui s'était disputée sous la neige, le soccer devait se démener pour se faire une petite place sur l'agenda sportif saturé de la ville, alors que Raptors (NBA) et Maple Leafs (NHL) disputaient un match de playoffs, et que les Blues Jays affrontaient les NY Yankees (LNB). Un problème d'exposition inconnu pour Chivas, club qui revendique plus de 40 millions de fans au Mexique et … aux Etats-Unis, où la LigaMX est le championnat de soccer le plus regardé, devant la Premier League.
Comme le football n'est pas un concours de popularité, le Mexique n'en est pas moins aujourd'hui sous la menace de la progression de la MLS. Au-delà des multimillionnaires designated players, les franchises américaines attirent désormais des jeunes sud-américains désirés au Mexique, comme Ezequiel Barco, le prodige de dix-huit ans d'Independiente recruté pour quinze millions de dollars - record de la MLS - par Atlanta United. De quoi offrir une répartie toujours plus musclée à une LigaMX qui s'était peut-être endormie sur ses lauriers après deux dernières éditions de la Concachampion's où aucune équipe américaine n'avait remporté un rendez-vous éliminatoire face aux Mexicains.
L'édition 2015-2016 avait ainsi été particulièrement difficile à vivre au nord du Rio Grande : en quarts de finales, les quatre équipes de MLS avaient été éliminées par des équipes de LigaMX. Les fans de soccer aimaient alors souligner que les équipes du championnat américain ne jouaient pas à armes égales pour se trouver en phase de reprise de la compétition face à des équipes qui se trouvaient au cœur de leur saison. Une explication ou un prétexte qui n'ont pas eu besoin d'être resservi cette saison.
Au terme de la finale face aux Chivas, le coach de Toronto, Greg Vaney, est revenu sur la rivalité entre les deux voisins. "Le débat sur ce sujet fut vraiment animé ces dernières semaines, mais pour moi il est difficile de comparer des championnats, a-t-il estimé, par exemple, si je vous demandais quel est le meilleur championnat du monde, je suis sûr que nos avis seraient divergents. Pour moi, ce que prouve le parcours du Toronto FC est que l'on peut rivaliser avec n'importe quelle équipe mexicaine. C'est tout ce que je peux dire."
Quelques instants avant de donner cette déclaration, coach Vaney avait vu le public de Guadalajara applaudir Sebastian Giovinco lors de la remise du trophée du meilleur joueur du tournoi. Après avoir éliminé Tigres, América, et avoir été à deux doigts de défaire Chivas, Toronto n'a pu mettre fin à l'hégémonie mexicaine, mais s'est clairement gagné le respect d'un pays qui avait tendance à regarder de haut la MLS, et qui commence à la craindre. Un nouveau pas en avant pour l'ambitieux championnat américain.
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