Thierry Henry et la France. Il y aurait un roman à écrire sur les relations - compliquées - du meilleur buteur de l'histoire des Bleus avec son pays. Un tome sur la période 2009-2019 ne serait d'ailleurs pas superflu et sans doute pas le moins intéressant. De la main irlandaise à son retour en costard à Monaco, en passant par Knysna et évidemment Saint-Petersbourg, un soir de demi-finale de Coupe du monde où l'homme était assis sur le banc d'en face, il serait aisé de vider quelques encriers pour conter la trajectoire de l'homme aux 123 sélections, désormais entraîneur de l'Impact de Montréal, en MLS.

De la vieille à la Nouvelle-France, il n'y a qu'un (grand) pas que l'ancien Gunner a franchi le 14 novembre 2019. Henry a succédé à Rémi Garde, autre ancien canonnier londonien. COVID et organisation calendaire de la MLS oblige, il a fallu attendre avant de voir le Français à l'œuvre. S'il est difficile de le juger après un début de saison complètement bouleversé par la pandémie avec un mini-tournoi de reprise dans la bulle d'Orlando où l'homme a marqué les esprits en s'agenouillant 8'46" pour rendre hommage à George Floyd, force est de constater qu'il n'a pas manqué ses premiers pas avec l'Impact.

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"Il a hérité d’une équipe qui ne s’est pas qualifiée pour les playoffs de la MLS au cours des trois dernières années, souligne Frédéric Lord, journaliste pour la chaine TVA Sports et suiveur de l'Impact de Montréal. En ce sens, je ne crois pas que ce soit une vue de l’esprit de considérer que Henry connaît un bon début de règne avec l’Impact. Dans les circonstances, il abat un boulot intéressant." Après avoir été sorti en huitièmes de finale à Orlando, l'Impact est aujourd'hui 6e de la conférence Est après une lourde défaite infligée par Philadelphie (1-4) et une nouvelle rencontre terminée à dix (la 3e de suite). Mais le club québécois reste en lice pour retrouver les playoffs et est toujours en course en Ligue des champions.

Il cherche encore l’équilibre entre ses réflexes de joueur et ceux d’entraîneur

Bref, Henry prend ses marques petit à petit. Loin de Monaco et de l'excitation qui avait accompagné sa nomination dans la Principauté. Arrivé en grande pompe en octobre 2018 en lieu et place de Leonardo Jardim, "Titi" avait fait naitre d'excessives espérances liées à son nom, sa connaissance encyclopédique du football et son regard sur le jeu. La greffe n'avait pas pris. 4 petites victoires, 5 nuls et 11 défaites en 20 matches plus tard, l'ASM avait mis fin à l'expérience. Et rappelé… Jardim.

Dans ce mariage raté, les torts sont partagés. Ceux de l'ASM ne sont pas à minorer, il suffit de se pencher sur la suite de l'exercice pour s'en persuader. Sur la saison 2019/2020 également, conclu à une très modeste et anonyme 9e place.

Henry : "J'ai beaucoup appris à Monaco"

"Soit tu gagnes, soit tu apprends. J'ai beaucoup appris à Monaco", avait-il résumé avec un sens de la formule toujours aussi aiguisé, lors de sa première conférence de presse, à Montréal. Il a peut-être aussi vu qu'il n'avait pas totalement embrassé la fonction, restant parfois un peu trop joueur. Grand joueur, même. Et l'on connait la complexité de la tâche quand il est question de transmettre son savoir dans ces conditions. Il y eut l'épisode des insultes sur Kenny Lala, celui, plus anecdotique mais révélateur, de la chaise avec Benoît Badiashile. Autant de choses qui ont laissé suggérer que Thierry Henry n'avait pas trouvé la bonne distance entre le banc et le terrain, auquel il appartenait encore quelque peu.

Si vous aviez regardé le match…

Le Titi de Montréal a-t-il changé ? Une chose est sûre : vu du Saint-Laurent, Monaco, c'est loin. Et ce n'est pas ce qui compte aux yeux des observateurs et supporters du club. "Je pense qu’il cherche encore l’équilibre entre ses réflexes de joueur et ceux d’entraîneur, juge Frédéric Lord. Dans toute la trame narrative qui peut accompagner Henry en Europe, ce qui ressort le plus à mon avis, c’est sa passion pour le jeu lui-même. Le plaisir qu’il prend à parler d’un match et de décortiquer chaque action".

Une passion qui a séduit les supporters, évidemment fascinés par le joueur qu'il a été, par ses états de service tout au long d'une carrière d'exception. "Son arrivée a été très bien accueillie à Montréal, confirme Frédéric Lord. Tout le monde était extatique et emballé par celle-ci. Son CV ne pouvait être plus intéressant pour un poste d’entraîneur à Montréal. Passage chez les jeunes d’Arsenal, en sélection belge, entraîneur francophone avec un pouvoir marketing certain, qui connaît la MLS en plus. Bref, il y a très peu de cases qu’il ne remplissait pas".

Et avec la presse ? Ça se passe comment ? "On le savait très peu enclin à jouer le jeu des médias, mais on prend la mesure du désagrément que ça peut représenter pour lui. Pour l’heure, il est en équilibre sur une fine ligne avec les médias qui couvrent le club, juge le journaliste de la chaîne TVA Sports. Tantôt exigeant, ce qui n’est pas mauvais dans un marché qui ne carbure pas nécessairement au 'beau jeu', tantôt arrogant envers certains journalistes. En ce sens, il utilise beaucoup de sous-entendus comme 'si vous avez regardé le match…' ou 'vous, vous ne voyez pas ça, mais…' qui sont parfois justifiés, parfois juste une façon - on dirait - d’intimider son interlocuteur. J’imagine que les défenseurs qui l’ont affronté comprennent ce que je veux dire." Henry un jour, Henry toujours.

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