Nouvelles règles pour les gardiens sur penalty et tirs au but : "Demain, on va nous empêcher de mettre les mains ?"

Eurosport sur Google

Vendredi, l'IFAB, l'organisme qui détermine les lois du jeu, a publié des changements effectifs pour la saison 2023-2024. Parmi ceux-ci, l'interdiction pour les gardiens de but de "distraire abusivement" les tireurs avant un penalty ou un tir au but. Une décision qui a ulcéré les gardiens, dont Mike Maignan. Logique tant les contraintes se multiplient pour les portiers. Jusqu'où ?

Emiliano Martinez tente de perturber Kylian Mbappé avant son penalty en finale de Coupe du monde

Crédit: Getty Images

L'Argentine serait-elle sur le toit du monde avec les nouvelles règles édictées par l'International Football Association Board ? Vendredi, l'instance a dévoilé ses modifications concernant les lois du jeu à partir de la saison 2023-2024. La loi 14 notamment, celle qui concerne les penalties et tirs au but, a subi un changement plutôt drastique. Voici la nouvelle mouture :
"Le gardien de but doit rester sur sa ligne de but, face au tireur, et entre les poteaux et ne toucher ni les poteaux ni la barre transversale ni les filets de but avant que le tir soit effectué. Le gardien ne peut distraire abusivement le tireur, par exemple en retardant l’exécution du penalty ou en touchant les poteaux, la barre transversale ou les filets".
A peu près tout ce que n'a pas fait Emiliano Martinez lors de la finale du dernier Mondial. Ballon volontairement envoyé loin pour qu'Aurélien Tchouameni sorte de sa routine avant de frapper, mots envers Randal Kolo Muani ou Kylian Mbappé : le portier argentin a volontairement voulu faire dérailler les tireurs français. Avec succès. Une attitude qui a fait parler mais qui fait, malgré tout, l'unanimité parmi la confrérie des portiers.
picture

Emiliano Martinez tente de perturber Randal Kolo Muani lors de la finale de Coupe du monde

Crédit: Getty Images

Duel psychologique et manque d'équité

"Ce qu'il a fait derrière, les célébrations et provocations, je ne suis pas du tout en accord mais sur les tirs au but j'ai été très emballé par sa personnalité, affirme Charles Itandje, ancien portier du RC Lens et consultant RMC Sport. Au moment de la séance finale, dès que je l'ai vu, j'ai dit 'il va au moins en arrêter un'. Techniquement, ce n'est pas le plus propre, OK. Mais il a de l'envergure et il a montré qu'il avait du caractère, c'est tout ce qu'il faut à ce moment-là."
Du caractère et une volonté d'instaurer un duel avec le tireur : Martinez a tout compris. "Un penalty, et encore plus une série de tirs au but, c'est un duel technique mais aussi psychologique, détaille Christophe Revel, ancien entraîneur des gardiens de Rennes, de l'OL et désormais à Brest. Je sensibilise mes gardiens sur ça. Il y a la technique de plongeon, la tactique d'analyse du tireur mais surtout la psychologie de l'approche. Regarder le joueur, le sentir, mettre un grain de sable dans sa préparation. Encore plus dans une série de tirs au but avec la fatigue, le stress, l'émotion".
picture

Avant l'Argentine, ces séances qui ont brisé le cœur des Bleus

Video credit: Eurosport

Dès lors, cette nouvelle règle tombe apparaît comme une contrainte supplémentaire imposée au gardien, poste sacrifié sur l'autel du spectacle et des buts à tout va. "Je commence à m'inquiéter pour le futur de notre poste, pour le futur du gardien de but, avoue Itandje. On avait déjà modifié la règle des penalties pour obliger les gardiens à avoir un pied sur la ligne. Maintenant, on nous impose de ne plus distraire le tireur alors que c'était un des derniers moyens pour les gardiens d'inverser le rapport de force. J'ai l'impression que ce sont des règles établies par des personnes qui n'ont jamais été gardien".
Pourtant, parmi les membres techniques de l'IFAB, outre Arsène Wenger, Roberto Carlos ou Luis Figo, on trouve Nery Pumpido, ancien portier international argentin et Lydia Williams, gardienne notamment passée par le PSG. "Que des gardiens approuvent vraiment ça… Je suis triste pour eux", lâche Revel, amer. Parce que ces perturbations, justement, avaient permis quelque peu d'équilibrer la balance d'une situation de match pourtant favorable au tireur, a priori.
"L'exercice commençait à devenir intéressant, rembobine Revel, également président de l'Association française des Entraîneurs de Gardiens de But. Les gardiens étaient de plus en plus acteurs en réalité. Avec un débat de fond aussi sur les stratégies mises en place, notamment lors des séances de tirs au but. En réalité, ça commençait à équilibrer une balance qui est déjà largement favorable aux tireurs. A chaque penalty, on se disait de plus en plus 'ah, potentiellement, celui-là, il peut être arrêté'. Donc cette règle, c'est un peu une tape sur la tête, comme à un enfant qui veut toucher la plaque chaude. On lui dit 'hop, hop, hop', c'est pas pour toi ça".
"L'objectif, c'est quoi ? C'est marquer des buts, tout simplement, décrypte-il encore. Il y a une forme d'aseptisation de ce sport, à enlever tous les contacts, à enlever toutes les initiatives personnelles qui sont dans les lois du jeu, qui tend à ce que les joueurs malins disparaissent. L'idée, c'est qu'on rentre dans un football très catégorisé, structuré, droit, propre. Moi, je trouve ça dommage…"
picture

Mike Maignan dans sa routine sur penalty, cette fois face à Memphis Depay

Crédit: Getty Images

"Est-ce qu'il va rester du spectacle dans notre sport ? Demain, on va nous empêcher de mettre les mains pour arrêter un penalty ? On va nous dire de nous mettre dos au tireur ? On va nous positionner sur la ligne selon les souhaits du tireur ? J'extrapole peut-être mais on va vers quelque chose qui me fait vraiment peur, renchérit Itandje. C'est bien de vouloir mettre en avant le spectacle mais il ne faut pas oublier l'équité. On avantage beaucoup trop les tireurs…".
Le sujet tient d'autant plus à cœur de l'ancien Lensois qu'il s'était illustré en 2004 avec… une danse face à Nicolas Gillet. Résultat : un superbe arrêt sur la tentative du Nantais. "Les gardiens ont souvent l'habitude de partir vaincu avant le tir, je ne voulais pas ça, se souvient-il. Ce moment où tu fixes ton adversaire dans les yeux, ou tu essayes de deviner ce qu'il va faire, c'est un moment super important. L'idée, c'est quand même d'intimider le tireur quelque part, en montrant un côté, en touchant les filets, le poteau etc. C'est capital et je trouve ça dégueulasse de nous enlever ça". Une ligne de conduite proche de celle de Mike Maignan qui avait regretté publiquement ces changements annoncés.
Reste à savoir comment la théorie va s'appliquer en pratique. En s'avançant face à Memphis Depay puis en levant les bras, Mike Maignan aurait-il pu être sanctionné pour son arrêt face aux Pays-Bas (4-0) ? Selon l'IFAB, oui. Dans la réalité… "Concrètement, que vont faire les arbitres ? Mettre un carton jaune aux gardiens qui se tapent les crampons sur les poteaux ?", demande Revel. Ce flou, c'est le dernier espoir des gardiens pour filouter.
"On va quand même essayer de trouver des choses pour que les gardiens se sentent à l'aise dans cet exercice, avoue Itandje, entraîneur des gardiens à Versailles. On va tout faire pour jouer avec ces règles-là, les contourner. Cet aspect de guerre psychologique, je vais l'entretenir avec mes gardiens car il est essentiel". Même si l'IFAB et ses têtes pensantes ne voient visiblement pas les choses ainsi…
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité