Coupe du monde - Multiples attaques envers Mbappé ou Tchouameni : c'est quoi le souci d'Emiliano Martinez ?

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COUPE DU MONDE - Héros de la finale face à la France (3-3, 4-2 tab), Emiliano Martinez a rapidement fait oublier ses prouesses sur le terrain par ses excès en dehors. De sa célébration polémique au moment de recevoir le trophée de meilleur gardien à ses multiples attaques envers Kylian Mbappé, le portier argentin est fidèle à sa légende. "Dibu", c'est beaucoup de trashtalk et beaucoup de travail.

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"Ce qui m'a surpris avec Dibu, c'est que normalement les gardiens s'entraînent à part et sont un peu dans leur monde. Chacun a un peu sa routine donc c'est toujours compliqué de comprendre un gardien direct. Mais avec lui… On s'est rendu compte d'entrée qu'il était fou. Un mec génial, marrant mais fou. Il arrêtait les frappes et derrière il nous insultait, il nous parlait en permanence. Il nous disait 'prends-ça' pendant les matches d'entraînement. On s'est vraiment demandé qui était ce fou qui venait d'arriver". Les souvenirs de Sergio Agüero sont précis et s'expliquent facilement : la première rencontre avec Emiliano Martinez est souvent mémorable.
Kylian Mbappé ne dira pas autre chose. Héros malheureux de la finale, le Français a d'abord vu le portier argentin venir le réconforter sur la pelouse du Losail Stadium après la victoire argentine. Avant que "Dibu", surnom hérité d'un dessin animé argentin, ne retourne à ses premiers amours : le trashtalk et la provoc'.
Depuis sa finale magnifique de dimanche, ce fut un festival de mauvais goût mais aussi un condensé assez fidèle des excès du football argentin : une célébration polémique au moment de recevoir son trophée de meilleur gardien (il avait fait la même lors de la Copa America 2021, NDLR), une minute de silence réclamée pour Mbappé dans le vestiaire puis cette poupée à l'effigie du Français, devenu une obsession pour le portier argentin. Ce jeudi, de passage dans sa ville de Mar del Plata, il a expliqué la recette magique au moment de faire dérailler Aurélien Tchouaméni sur son tir au but raté… avec une conclusion sans appel : "il s'est chié dessus".
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Condensé du football argentin et logiciel personnel

Les plaintes de Noël Le Graët risquent pourtant de rester lettre morte. D'abord parce que les célébrations argentines ont toujours une part d'humiliation envers l'adversaire et que ce "folklore" parfois détestable fait aussi partie de la culture football dans un pays loué pour ses ambiances brûlantes. En Argentine, l'un ne va pas sans l'autre.
Ensuite parce que les propos de Mbappé sur le niveau des sélections sud-américaines ont joué comme un accélérateur de motivation chez les Argentins, désireux d'une forme de vengeance pour des mots qui ont touché leur orgueil. Le portier argentin avait d'ailleurs été l'un des premiers à réagir. "Jouer en Bolivie à la Paz, en Equateur sous 30 degrés, en Colombie où tu ne peux pas respirer…. Les Européens jouent toujours sur des pelouses parfaites, toutes belles mais ils ne savent pas ce que c'est de voyager en Amérique du Sud", avait-il répondu.
Enfin parce que le trashtalk fait partie intégrante du logiciel Martinez. A l'écouter, il y a un "Dibu" sur et en dehors du terrain. "C'est vrai que j'ai eu parfois des comportements… Quand derrière les enfants imitent ça…, regrettait-il auprès de Clarin avant le Mondial. Mais je ne peux pas me retenir sur le terrain parce que j'ai l'adrénaline d'une demi-finale ou d'une finale et que je veux gagner. Ça me monte à la tête. En dehors du terrain, j'essaie d'être un exemple, je ne fais jamais de provocations sur les réseaux sociaux. Je ne suis pas cette personne. Je suis un gars travailleur, très humble qui donne tout pour sa famille. Sur le terrain, on dit que je suis arrogant et les gens qui ne me connaissent pas peuvent penser ça. Mais, dans la réalité, je suis quelqu'un d'autre".
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C'est peut-être cette adrénaline au moment de célébrer avec une foule en liesse qui l'a poussé à provoquer encore Mbappé. Mais lorsqu'il postait une photo de son arrivée au Chili en janvier dernier en adossant un émoji vomi au drapeau chilien, l'adrénaline du terrain était encore loin. Ange argentin, démon pour tous les autres, Martinez est devenu en peu de temps une référence du genre.
Avant Mbappé, c'est Yerry Mina qui avait subi la folie de Martinez. En demi-finale de la Copa America 2021, le portier argentin avait offert un numéro de trashtalking de haute volée pour déstabiliser le défenseur colombien au moment de frapper son tir au but. "Tu souris mais tu es nerveux, avait-il lancé au moment où Mina se préparait. Je te connais mec, je sais tout sur toi. Tu sais quoi ? Je vais te bouffer tout cru". La suite : un arrêt phénoménal du portier et une célébration tout en images.
Quelques semaines après, Martinez avait cependant écrit à Mina pour s'excuser pour la gêne occasionnée. Son argument était entendable : le trashtalk ne lui était pas destiné directement, c'est aussi une manière pour lui de se sentir plus fort et donc plus confiant sur le terrain. Cela n'a pas empêché le portier argentin de surfer sur cet épisode au moment de lancer un burger dans une chaîne de fast-food local. Le slogan publicitaire pour accompagner l'"Hamburguesa Mega Dibu" ? "Je vais te bouffer tout cru", évidemment.
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Des pancartes à la gloire de Dibu Martinez lors de son passage à Mar del Plata. Sur l'une d'elles : "Dibu, tu les a tous bouffés"

Crédit: Getty Images

Une carrière en forme de revanche personnelle

Ce trait de caractère s'explique aussi, en partie, par la carrière en formes de montagnes russes de l'actuel portier d'Aston Villa. Venu d'une famille sans le sou, il cède à 17 ans aux sirènes d'Arsenal pour permettre, notamment, à son père de s'acheter une voiture. Chez les Gunners, on se souvient encore de l'un de ses premiers entraînements avec les pros en 2010 où une sortie kamikaze avait laissé Nicklas Bendtner complètement K-O.
Mais, à Londres, sa place n'est pas assurée. De 2012 à 2020, Martinez enchaîne les prêts dans les divisions inférieures, à Oxford, Sheffield, Rotherham ou Wolverhampton. "J'ai pleuré tellement de nuits, j'ai voyagé sur 200 000 kilomètres, j'ai été dans des prêts horribles, d'autres fantastiques, des lieux pourris. Je l'ai mal vécu, j'ai voulu rentrer en Argentine, abandonner le football ou quitter mon agent que j'ai depuis que j'ai 12 ans", contait-il à Olé. Mais, au fond de lui, cette certitude : il est fait pour être un premier rôle et a même promis à son père d'être un jour le portier titulaire de l'Albiceleste.
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Vient son heure lorsque Bernd Leno se blesse avec les Gunners en 2019-2020. La saison d'après, lassé de ce rôle de remplaçant magnifique, il force son départ vers Aston Villa. Depuis, Arturo Vidal, Bruno Fernandes, Pierre-Emerick Aubameyang ou Wilfried Zaha se sont heurtés à sa technique déstabilisatrice sur penalty.
Son ascension au sommet, il la vit comme une revanche personnelle, d'où ce besoin de toujours surinterpréter des paroles en amont des matches. "J'ai entendu tellement de choses terribles à mon égard mais je ne pouvais pas répondre tant que je ne jouais pas, résumait-il à The Athletic. Je ne pouvais rien montrer au monde mais maintenant tout le monde voit ce dont je suis capable sur le terrain". En dehors aussi. Ainsi est "Dibu" Martinez. "C'est un personnage, il est juste un peu fou", avait résumé Messi lors de la Copa America. Un an plus tard, le constat n'a pas changé.
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