Osons le dire : on s'ennuie ferme cette saison en Premier League. Oh, pas pour ce qui est du suspense autour de la course au titre, plus serrée à ce stade de la campagne qu'en quelque autre édition du championnat depuis des lustres, et pas pour ce qui est de l'imprévisibilité des résultats non plus, quand Aston Villa, sauvé de la relégation in extremis il y a six mois, peut passer sept buts au champion en titre, et Manchester City en encaisser cinq sur sa pelouse face à Leicester.
De ce côté, pour une fois, oui, vraiment, "tout le monde peut battre tout le monde", ce qui n'était pas le cas avant, même si la PL a usé et abusé de ce poncif pour faire sa promotion sur les marchés étrangers. Il suffit de voir le nombre de points recueillis par les équipes de la seconde moitié du tableau contre celles du Big 6 (ou Big 7) lors des dix dernières années pour se rendre compte qu'en Angleterre comme dans les autres grands championnats européens, le fossé avait continué de se creuser entre les nantis et les autres.
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Or il s'est en partie comblé en 2020-21. Hormis Sheffield United, en perdition, tout le monde peut vraiment battre (ou au moins mettre en difficulté) tout le monde - même Fulham, qui, contre toute attente, s'est offert Leicester et a tenu Liverpool et Tottenham en échec.

Jose Mourinho, Tottenham-Coach

Crédit: Getty Images

Vers un total de points au plus bas pour le champion ?

La meilleure illustration de ce tassement est le classement final virtuel qu'on peut établir sur la base des résultats enregistrés jusqu'à présent, si les clubs concernés maintenaient le même rythme jusqu'à la fin de l'exercice en cours. Manchester City serait champion avec 78 points, Manchester United les talonnant d'une décimale, avec Leicester (74 points) et Liverpool (72) pour compléter les Top 4. 78 points, ce serait le deuxième plus mauvais total de l'histoire de la PL, derrière les 75 points recueillis par le United de Sir Alex Ferguson en 1996-97. Nous voilà très loin des totaux atteints par Liverpool et Manchester City lors des trois saisons précédentes: 99, 98 et 100 points.
Tout ceci laisserait donc espérer a priori une passionnante seconde moitié de saison. Mais à une condition : d'accepter qu'on laisse de côté la dimension 'spectacle' de la chose. Dans le cas de la PL, dans laquelle l'entertainement prend parfois le dessus sur le purement sportif, c'est tout simplement impossible. Nous sommes loin, très loin aujourd'hui du show offert en début de saison, quand la moyenne de buts sur les cinq premières journées était de 3,58 par match (la plus élevée depuis 1930-31), un chiffre presque insensé quand on sait que cette moyenne était de 2,72 l'an dernier, et qu'un différentiel de 0,2 ou plus est considéré significatif par les statisticiens. On a déchanté depuis. Nous tournons désormais à 2,49 buts par match.
Et encore : quand on est en passe d'établir un nouveau record du nombre et de la proportion de pénalties dans les buts marqués. En termes absolus, nous en sommes à 51 pénalties transformés sur les 461 buts inscrits à ce jour en 2020-21. En termes relatifs, ceci correspond à un but sur neuf cette saison, quand c'était un sur quatorze en 2019-20, et un sur dix-sept en 2018-19. La VAR est passée par là ; on a presque envie de dire : 'heureusement'.

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"Safety first"

Il est exact que le nombre de buts inscrits dans le jeu n'est pas un indicateur irréfutable de sa qualité, alors qu'il peut l'être de la médiocrité des défenses, comme tous ceux qui suivent le si divertissant championnat des Pays-Bas - même d'un oeil - le reconnaîtront (*). Le problème est que la raréfaction des buts en PL ne découle pas de la mise en opposition d'équipes mieux organisées sur le plan défensif. Elles ne sont pas plus disciplinées, non. Mais elles sont bien plus prudentes, pour ne pas dire frileuses. C'est à se demander si, surpris et échaudés par le chaos des cinq premières journées, la plupart des managers des clubs de PL n'ont pas tout simplement fait le choix du moindre mal. Le gegenpressing, à d'autres ! Bien trop dangereux par les temps qui courent. Safety first.
Le jeu s'est ralenti, à tout le moins lors des phases de jeu posées, pour ne s'accélérer vraiment que sur les contres et les 'contre-contres'. Leeds et Liverpool, dans deux styles bien distincts, sont quasiment les seules équipes qui cherchent à emballer le rythme de leurs matches, alors que Manchester City, qui monte pourtant en régime, semble plus se reposer sur ses individualités que sur le tempo de ses séquences de jeu pour causer la rupture, ce qui se traduit par une baisse spectaculaire dans le rendement de leur attaque, qui ne compte que 29 buts à son crédit après 17 rencontres cette saison, quand leur bilan était de 47 au même stade de la compétition l'an dernier.

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Aston Villa, Southampton et Leicester, qui sont pourtant trois des formations les plus séduisantes de ce championnat, prennent d'abord soin de ne pas s'exposer lorsqu'elles sont en possession du ballon; Manchester United fait de même; quant à Chelsea, qui, c'est vrai, a d'autres problèmes, on se demande bien où est passée l'équipe enthousiasmante que Frank Lampard avait lancée dans le bain il y a un an.
Tant de matches attendus et présentés comme de 'grands' rendez-vous se sont révélés insipides, comme ce 'choc' entre Manchester City et Liverpool dont on attendait monts et merveilles en novembre dernier, et qui se solda par un 1-1 dont la seconde mi-temps fut un chemin de croix qu'on aurait dit 'à oublier' si elle avait produit quoi que ce soit dont on puisse se rappeller.

Chez les stars, ça tire la langue

Le derby entre Liverpool et Manchester United du week-end dernier, malgré son enjeu, ne fut pas plus enthousiasmant, passé une ouverture de vingt minutes pendant laquelle les Reds secouèrent l'équipe si timide de Solskjaer. Si timide, ou si malhabile, malhabile comme le trio d'attaque de Liverpool l'est depuis trop de rencontres pour que ce soit un concours de circonstances. Comment leur en vouloir ? D'évidence, eux aussi sont fatigués, émoussés, comme Jamie Vardy l'était contre Southampton, comme Pierre-Emerick Aubameyang l'était depuis le début de la saison avant de se réveiller contre Newcastle, comme Timo Werner, comme Kai Haverz, comme tellement d'autres.

Timo Werner et Kai Havertz

Crédit: Getty Images

Les explications possibles et plausibles ne manquent pas, qui ont toutes en commun - quoi d'autre ? - les effets de la pandémie, déjà longuement évoqués ici. Le calendrier imposé par le lancement si tardif de la saison (le 12 septembre) et la nécessité d'en finir le 23 mai au plus tard, Euro oblige, fait que certaines équipes ont déjà accumulé un temps de jeu déraisonnable. Tottenham, par exemple, a joué 31 matches en 96 jours. Or l'effet de cette concentration de matches - auxquels on doit ajouter ceux disputés par les internationaux pour leurs sélections ! - se fait sentir sur des organismes déjà déboussolés par le long hiatus du printemps et l'absence d'une vraie pré-saison. Comment joueurs et entraîneurs (et pas seulement José Mourinho) pourraient-ils faire autrement que tâcher de 'gérer' leur emploi du temps - de jeu - le plus raisonnablement possible ? Et comment la qualité du spectacle pourrait-elle ne pas s'en ressentir (*) ?
Et personne n'est là pour pousser les joueurs, ou pour les huer quand ils jouent la sécurité, autrement dit quand ils refusent de 'jouer'. Plus on avance dans la saison, plus les bruits de foule mixés dans les bandes-son des matches retransmis par Sky et de BT paraissent artificiels, tant le décalage entre ces chants d'hier et le spectacle d'aujourd'hui est criant - si c'est le mot qui convient. Mais que faire ?
Mais the show must go on. Et si on en a vu de meilleurs, n'en blâmons pas trop vite les acteurs.
(*) La Eredivisie court à 3,23 buts par rencontre sur les trois dernières saisons complètes.
(*) Et c'est sans prendre en considération l'impact à plus long terme que le Covid aura eu sur ces joueurs qui l'ont contracté, que l'on compte par dizaines en PL.
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