Il était prévisible que, dans une économie du football sinistrée par la pandémie, le volume de transactions sur le marché des transferts estival fût en net recul par rapport aux saisons précédentes, dans le prolongement de ce qu'on avait vu lors de l'été 2020, quand les clubs des cinq grands championnats déboursèrent 2 milliards d'euros de moins qu'en 2019. C'est ainsi qu'à un mois environ de la reprise, on attend toujours que la plupart des clubs européens annoncent des arrivées significatives. C'est logique : dans le contexte actuel, leur priorité est de survivre, ce qui passe par l'allègement de masses salariales que la plupart d'entre eux n'ont plus les moyens d'assumer.
Barcelone, par exemple, endetté à hauteur d'un milliard, déficitaire à hauteur de 100 millions d'euros en 2019-20, n'a eu d'autre choix que concentrer son recrutement presque exclusivement sur des joueurs libres de contrat : Eric Garcia, Sergio Agüero, Memphis Depay. En fait, seuls dix des trente clubs que le cabinet comptable Deloitte avait inclus dans sa liste des plus 'riches' du monde en janvier dernier avaient dégagé un bénéfice sur l'exercice 2019-20, autrement dit, avant que la pandémie ne les frappe de plein fouet. On imagine le désastre qui dut s'ensuivre, lorsque c'est dans des stades vides que leurs équipes durent se produire. On ne connaîtra les chiffres que dans quelques mois, mais on peut en deviner la teneur.
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Quelque part entre les puissances plus grandes que le foot et les intérêts plus grands que l'argent

Il était aussi prévisible qu'il y aurait des exceptions, l'UEFA ayant de facto suspendu les réglementations du fair-play financier. Ces clubs pour qui l'équilibre comptable est d'abord - uniquement, en fait - un exercice de conformité avec ces réglementations, pas un objectif commercial, se trouvaient dans une situation idéale. Leurs ressources demeuraient inchangées, et un marché déprimé dans lequel l'offre dépassait largement la demande constituait un terrain de chasse idéal pour remplir leurs gibecières à moindre coût, vu l'absence de concurrence.
Ces clubs, ce sont évidemment ceux qui sont des outils de soft power autant que des entités sportives, Manchester City et le PSG au premier lieu. Les Mancuniens se sont d'abord concentrés sur l'acquisition de jeunes comme les Brésiliens de Fluminense Kayky et Metinho (pour 17,3 millions d'euros), et n'ont pas encore conclu d'opération majeure sur le marché des transferts, c'est exact. Mais ils le feront. Les Parisiens, eux, ont frappé vite, et fort. Hakimi, Wijnaldum, Ramos, Donnarumma, ce n'est pas rien, même s'il n'a fallu payer d'indemnité de transfert que pour l'arrière marocain; entre primes à la signature et salaires, cela représente un investissement que quasiment aucun autre club ne pourrait seulement envisager.

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Il y aussi cette poignée de clubs qui, s'ils prêtent davantage attention à l'équilibre de leurs comptes, ont pour propriétaires des multi-milliardaires pour qui le prestige d'être à la tête d'équipes qui gagnent l'emporte sur toutes les autres motivations. Chelsea, champion d'Europe, est à la tête de ceux-là. Pour le moment, les Blues ont dégraissé un effectif pléthorique, empochant 61 millions d'euros au passage, ce qui laisse présager un mois d'août plutôt bien occupé pour leur directrice exécutive Marina Granovskaya. Mais il y a une exception parmi ces exceptions. Manchester United.

Recruter pour progresser et non seulement se densifier

United n'est ni la 'chose' d'un oligarque, ni le porte-étendard d'une nation. United est l'actif d'une famille, le clan Glazer, pour qui le club a été un bien à exploiter depuis que son patriarche Malcolm l'acquit en 2005. Le coût pour le club à ce jour? Un milliard. Alors, comment expliquer l'effort de recrutement auquel on est sur le point d'assister, qui pourrait faire de Man United le club le plus dépensier, en brut comme en net, du football mondial cet été ?
Rien n'est encore "fait", certes, et ce ne serait pas la première fois si une opération annoncée comme "faite" s'effondrait au tout dernier moment, comme David De Gea et quelques autres pourraient en témoigner. Mais il ne s'agit pas de simples rumeurs. Il s'agit de négociations qui sont entrées dans leur phase finale, qui témoignent d'une volonté si elles n'en sont pas encore l'expression concrète. L'achat de Jadon Sancho, qui avait déjà été approché l'an dernier, sera finalisé dans les jours, si ce n'est les heures qui viennent. Montant en bas de la facture : 85 millions d'euros. Raphaël Varane devrait arriver du Real Madrid, pour 50 millions. Kieran Trippier, après un passage des plus réussis à l'Atlético de Madrid, aurait déjà trouvé la maison qu'il occuperait s'il devait rejoindre les Red Devils. 21 millions d'euros. Un milieu de terrain figurerait également sur la shopping list d'Ole-Gunnar Solskjaer.

Sancho à Manchester United : le détonateur de plus

Or aucune des trois recrues annoncées ne serait un "joueur de squad". Toutes seraient immédiatement intégrées au onze-type de leur manager norvégien. Toutes seraient censées avoir un impact majeur sur le jeu et les performances de leur équipe. Manchester United n'en serait pas seulement "amélioré", mais a priori transformé, au point que l'on serait en droit d'attendre des Mancuniens qu'ils se battent pour le titre jusqu'au bout. D'attendre, ou d'exiger, dans le cas des propriétaires du club. Ceux-là avaient accepté que leur équipe finisse à 32 et 33 points du champion en 2018-19 et 2019-20. L'écart n'était plus que de douze la saison passée. Cette fois...

Cette fois, Solskjaer n'a vraiment pas le choix

Il ne s'agit pas d'un pari, du coup de dés qu'un joueur en passe de perdre ses derniers jetons lance en désespoir de cause. Les finances de Manchester United, pourtant endetté à hauteur de plus de 500 millions d'euros, sont plus saines que celles de la plupart de leurs concurrents directs. Une perte de 26,5 millions sur l'exercice 2019-20 (la moitié de celle de Liverpool, le sixième de celle de Manchester City) ne présente aucun caractère de gravité pour un club qui sait toujours se vendre mieux que tous les autres auprès de ses partenaires commerciaux. Les résultats du dernier trimestre de 2020 faisaient même apparaître un bénéfice d'exploitation de 6 millions d'euros. Ce ne sont pas les moyens qui manquent à MU, ce sont les résultats sur l'aire de jeu.
Ceci signifie une chose pour Solskjaer - que le temps de la "transition" est passé, une transition qu'il a su gérer à moindre coût, quelles que soient les réserves qu'on aie pu émettre sur ses capacités d'entraîneur et sur le jeu trop souvent poussif de son équipe. Aucun trophée n'a été ajouté au palmarès de United sous son égide, quand Louis van Gaal et José Mourinho avaient remporté une FA Cup, une Coupe de la Ligue et une Ligue Europa à eux deux. Néanmoins, le manager par défaut a su faire le dos rond, obtenant les résultats qu'il fallait quand il le fallait, sans aller au-delà, sans panache, mais pas sans bon sens, ce qui lui valut de demeurer en place quand on pensait que son intérim ne durerait que le temps qu'il faudrait à ses employeurs pour débaucher un "nom" qui le remplacerait.
Cette fois, c'est différent. Solskjaer est entré dans la dernière année de son contrat, dont l'éventuelle prolongation au delà du 30 juin 2022 - envisagée l'hiver dernier - a cessé d'alimenter le moulin aux rumeurs. On l'imagine mal prendre la tête d'un autre grand club s'il venait à être libéré de ses fonctions. Solskjaer au Bayern, au Real, au PSG ? Non. Il est le supposé dispensable dont United a refusé de se passer, celui dont on se dit "tiens, toujours là, celui-là ?" sans trop s'attarder sur les raisons pour lesquelles il l'est. Plus maintenant. Jamais n'aura-t-on donné à l'entraîneur norvégien une meilleure chance de montrer ce qu'il pouvait accomplir. Ce privilège a un prix : cette chance sera la dernière.
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