Être un grand gardien ne veut rien dire quand on s'aventure en Premier League. Le championnat anglais est même un joli cimetière de portiers qui avaient tout raflé ou qui pensaient faire décoller leur carrière. L'un des plus grands s'y est cassé les dents (Fabien Barthez), le plus cher en a perdu ses qualités (Kepa) et toute une ribambelle de derniers remparts a fini par s'effondrer à son contact (Jens Lehmann, Claudio Bravo, Simon Mignolet, Loris Karius etc.). C'est dire l'ampleur du défi que relèvent simultanément Edouard Mendy (Chelsea), Alphonse Areola (Fulham) et Illan Meslier (Leeds) depuis plusieurs semaines.

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Il faut se souvenir que les deux meilleurs gardiens français de la décennie ont connu les pires difficultés pour s'adapter aux spécificités du championnat anglais. Hugo Lloris a mis du temps pour avoir la peau du vétéran Brad Friedel. Quand Steve Mandanda, lui, n'est resté qu'un an à Crystal Palace (9 matches joués seulement en Premier League) avant de rentrer au bercail. Alors pourquoi est-ce si compliqué pour un gardien de prendre la mesure de la Premier League ?

Plus vite, plus fort

"En Angleterre, ça va plus vite dans l'intensité et plus fort dans l'agressivité, note Christophe Lollichon, responsable du département des gardiens de but à Chelsea. En Premier League, on joue pour marquer des buts. Les joueurs viennent du monde entier mais certaines particularités restent ancrées comme la qualité des centres et la densité de joueurs dans la surface. La grosse différence avec le reste de l'Europe concerne les deuxièmes et troisièmes ballons parce qu'il y a beaucoup de monde dans la surface." Dernière spécificité : l'arbitrage qui protège moins les derniers remparts.

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Il ne faut donc pas avoir peur du combat, avoir des qualités au-dessus de la moyenne dans les airs et faire régner l'ordre dans sa surface en dégageant plus d'autorité qu'ailleurs. "Mais pas seulement, nous arrête Lollichon. Aujourd'hui, on ne parle plus seulement de kick and rush. Le gardien est le premier relanceur et fait partie du jeu à l'image de ce que font Manchester City, Arsenal, Liverpool, Chelsea ou Brighton. Avant, être gardien en Premier League, ça se résumait à être un shot stopper. Ce temps est révolu, il faut être complet aujourd'hui."

Souvent difficile… sauf quand on est au-dessus du lot

Voilà pourquoi les grands clubs anglais ont fini par comprendre qu'il était nécessaire d'investir sur le poste. Trois des gardiens les plus chers de l'histoire ont été recrutés par Chelsea (Kepa), Liverpool (Alisson) et Manchester City (Ederson) depuis 2017. Deux réussites et un immense fiasco pour le gardien espagnol des Blues qui va désormais rétrograder dans la hiérarchie des gardiens à Chelsea. Edouard Mendy, l'ancien Rennais, devrait définitivement s'installer au poste après deux premiers matches sans encaisser de but.

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Crédit: Getty Images

L'adaptation se passe plutôt bien pour le Sénégalais qui pointait au chômage il y a encore quatre ans : "Un gardien complet peut s'adapter très vite, note Lollichon. Ce fut le cas pour Cech, c'est le cas avec Edouard. Alisson et Ederson n'ont pas eu de problèmes non plus contrairement à Leno et Rui Patricio. C'est souvent difficile sauf quand on est au-dessus du lot."

Alphonse Areola, lui, a encaissé neuf buts en quatre matches et vit des débuts laborieux. "Mais il joue dans une équipe en grande difficulté, le défend Lollichon. Défensivement, il a beaucoup de choses à gérer et on ne peut pas lui faire porter le chapeau. Areola à City et Arsenal, ce ne serait pas la même chose."

Autre Français sur le grill de la Premier League, Illan Meslier (Leeds) représente sans doute l'avenir du poste. "Il est arrivé à 20 ans avec une assurance remarquable. Il est sous pression mais ça ne l'empêche pas sur ses relances de faire des choses extraordinaires avec son pied gauche." Pour le technicien, Areola, Meslier et Mendy sont promis à un grand avenir en Angleterre. Trois réussites pour trois vrais paris : voilà qui relèverait du miracle.

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