Pep Guardiola n'a pas si souvent traversé une telle période de secousses. Né entraîneur dans le douillet berceau de son Barça, porté aux nues dès ses débuts, il a imprimé un style, marqué les esprits et prêché la bonne parole à Munich et Manchester sans que son aura ne soit jamais, ou alors très timidement, attaqué. La violence des critiques qui ont sanctionné l'élimination en quart de finale de la Ligue des champions face à l'OL en août a marqué une rupture. Pour la première fois, il fut question de fin de cycle, de caricature.

"L'agonie de Pep", titrait le Daily Mail qui, certes, fait rarement dans la dentelle. "L'idée que Pep Guardiola complique trop les matches à élimination directe est un tel truisme qu'il semble impossible qu'un manager d'une telle clarté de pensée puisse toujours suivre ce modèle", notait le plus pondéré Guardian.

Premier League
Aston Villa-Newcastle menacé à cause d'un cluster chez les Magpies
IL Y A 6 HEURES

Pep Guardiola - Manchester City vs. Olympique Lyonnais

Crédit: Getty Images

Quand le Manchester Evening News concluait, plus tranchant : "Depuis trois ans maintenant, les Citizens ont sous-performé en quarts de finale (…). Ce n'est peut-être pas la défaite de Barcelone qui a mis fin à une ère mais cela devrait en être une qui déclenche une période de réflexion." Il semblait que le fond de l'air avait changé. Et même, ô sacrilège, que Guardiola avait fait son temps. Le début de saison n'a pas franchement contredit le constat. City est 10e, avec un match en moins certes, mais ne plane plus comme avant.

Mythe vivant, marque et caution

Et c'est à cet instant précis, au milieu des interrogations et des remises en question, que Manchester choisit de prolonger Guardiola jusqu'en 2023. Pas question de tourner la page. Pas question de changer de cap. City fait confiance à son coach et le renforce dans ses prérogatives. Mais alors pourquoi ? Pourquoi peut-il se permettre quatre désillusions consécutives en C1 là où une peut suffire à certains pour prendre la porte ? Là où Tuchel, finaliste de la C1, sait son avenir d'ores et déjà scellé ?

Après tout, City a été champion avant lui et le sera sans doute après. Bien sûr, il l'a installé tout en haut du football anglais parmi les deux grosses puissances de Premier League. Mais les résultats des mois derniers ne correspondent plus à ses standards. Mais résumer le technicien espagnol à un classement, c'est oublié l'essentiel. Guardiola, c'est une marque, une caution qui va bien au-delà du résultat du week-end et même du milieu de semaine.

Il est la référence du coaching du XXIe siècle et son image, malgré des résultats moins brillants, n'a jamais été altérée. Et si d'autres coaches défrichent de nouvelles voies, Jürgen Klopp en tête, il n'est pas encore démodé à la manière d'un José Mourinho. Guardiola est un mythe vivant qui charrie fascination et fantasmes. Combien d'entraîneurs se réclament aujourd'hui de son héritage ? Mikel Artera ou Erik ten Hag pour ne citer qu'eux.

Mikel Arteta Pep Guardiola

Crédit: Getty Images

Parce que c'est Guardiola, parce que c'est City

Si personne n'est intouchable, il l'est davantage que n'importe quel autre entraîneur. Surtout à Manchester City. N'en déplaise au Daily Mail ou au Manchester Evening. Aujourd'hui, il est plus grand que le club même de Manchester City. Il peut se permettre des sorties de route que d'autres clubs, le Bayern notamment, ne lui aurait peut-être pas pardonné. City s'est plié en quatre pour lui. Guardiola a façonné les Citizens à son image. C'est lui qui drive le recrutement, son style imprègne tous les pores du club dès l'académie. S'en séparer, c'est redémarrer de zéro et mettre à plat la politique qui tient le club depuis 2016. Pourquoi ce coach peut se permettre de ne pas atteindre, en quatre ans, le principal objectif du club qui a pourtant dépensé 943 millions d'euros pour y parvenir ? Parce que c'est Guardiola. Et parce que ce n'est que City.

Mais aussi parce que le rêve des propriétaires d'Abu Dhabi de voir débarquer Lionel Messi dans le nord du Royaume ne s'est pas éteint cet été. Guardiola, son ancien coach en Catalogne, reste leur meilleur argument dans cette quête. L'Argentin, en pleine guerre avec son club et visiblement irrité qu'on lui mette tous les maux actuels du Barça sur le dos, sera en fin de contrat en juin. Guardiola a su faire du Bayern, du Barça et de City des machines à gagner. Mais il n'est jamais resté six ans dans un club. Une durée qui l'oblige à renouveler ses forces, entamer un second cycle. Messi pourrait bien l'incarner. Et la prolongation du technicien catalan est le meilleur moyen de programmer les retrouvailles.

On ne licencie pas Guardiola

Et puis, on ne licencie pas Guardiola, c'est lui qui s'en va. De Barcelone, parce qu'il n'arrivait plus à "motiver (s)es joueurs". Du Bayern, parce qu'il voulait "entraîner en Premier League". Il a constamment cultivé cette image d'homme libre qui ne fait qu'accentuer le désir de s'attacher ses services par la difficulté d’y parvenir. Alors, une fois qu'on l'a sous la main, pas question de s'en séparer. Mais alors pourquoi ne claque-t-il pas la porte de lui-même face à la répétition des échecs en C1 ? D'abord parce qu'il part toujours sur une victoire : Coupe du Roi à Barcelone, championnat en Allemagne.

Sans doute aussi parce qu'il n'a pas d'autres challenges à sa dimension. Que lui reste-t-il à prouver ? Réussir en sélection ? Les places sont prises jusqu'en juin prochain au moins. Son plus grand défi est devant lui : "Si nous ne gagnons pas la Ligue des champions dans ma dernière période ici, alors j’aurais échoué. Je le sais", prévenait-il en février dernier. L'échec ne fait pas partie de son logiciel. Et tant qu'il n'aura pas quitter City, il n'aura pas échoué.

Pep Guardiola lors de sa présentation officielle à Manchester City, vendredi 8 juillet 2016

Crédit: Panoramic

Premier League
Critiqué pour un message jugé raciste sur Instagram, Cavani s'excuse
HIER À 17:12
Premier League
Arsenal n'a pas fait pire depuis 1981 : Arteta n'est pas inquiet pour son avenir
HIER À 11:58