Personne ne sait de quel côté le vent soufflera lorsque, comme c'est probable, l'avenir de Lionel Messi se jouera devant un parterre d'avocats. Contrat valide ? Clause libératoire applicable ? Cas de force majeure ? La Liga de Javier Tebas, qui pense peut-être un peu à un avenir sans sa dernière authentique superstar, a vite rejoint le camp du FC Barcelone. Mais la Team Messi peut se servir de l'existence de la fameuse clause libératoire pour exiger qu'elle fasse l'objet de l'arbitrage d'un tribunal barcelonais, lequel fixerait le montant à payer par l'éventuel acheteur du joueur - lequel, vous pouvez en être certains, ne serait pas 700 millions d'euros. Les précédents existent.

Mais tout cela, ce feuilleton de l'été qui sera aussi celui de l'automne, vous le suivrez en quasi-direct ici-même. Mon propos aujourd'hui est tout autre.

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Partons de l'hypothèse qui parait la plus crédible, à savoir que le joueur obtiendra gain de cause, en se souvenant qu'il lui est possible d'obtenir de la FIFA une licence provisoire qui lui permette d'exercer son métier dans l'attente d'une résolution du conflit. Là aussi, il existe des précédents (*).

La première question est alors : quel club est-il susceptible d'attirer l'homme qui a tout gagné avec le Barça ? Réponse, évidemment, un club qui puisse sérieusement songer remporter la Ligue des Champions. Consultez la liste de ceux qui fréquentent les demi-finales et finales de cette compétition depuis dix ans, retirez le Real et l'Atlético de la liste (Messi contre le Barça en Liga ? Impensable), ajoutez-y l'Inter, devenu si ambitieux; cette liste est aussi celle des destinations possibles, à moins qu'à trente-trois ans, Messi songe à une pré-retraite dorée du côté de Miami.

La seconde question ? Qui a les moyens de se l'offrir. Et là, le groupe de prétendants se réduit encore davantage, pour ne plus comprendre que trois, peut-être quatre destinations envisageables, s'il est exact que la Juventus planche vraiment sur la question. Et de ce possible quatuor, deux options se détachent : le PSG et, gros comme le nez au milieu de la figure, Manchester City; autrement dit, ces deux clubs dont les propriétaires disposent de moyens financiers qui, au regard de ceux des autres, paraissent illimités.

Messi au PSG ? "L'appel de Leonardo ressemble à de la politesse…"

Laissons de côté la relation supposément "privilégiée" que Lionel Messi entretiendrait avec son ancien entraîneur, Pep Guardiola, car celle-ci ne l'est pas. Courtoise, professionnelle, oui. Davantage ? Non. Disons qu'elle ne constituerait pas un obstacle.

Payer Messi, une autre paire de manches

En ce qui concerne Manchester City, une opération de ce type serait un "coup" magistral; et un coup porté au Qatar - l'ennemi numéro 1 -, qui plus est, ce qui ne serait pas pour déplaire à Sheikh Mansour. Imaginez plutôt cet immense joueur servir d'homme-sandwich à Etihad Airlines et aux Émirats Arabes Unis plutôt qu'à Qatar Airways et à Ooredoo. Oh, ce bonheur...

Nous arrivons alors au paradoxe qui constitue l'un des nœuds de l'affaire. Il faudra bien payer pour cela, et cher. La clause libératoire de 700 millions d'euros est peut-être une vue de l'esprit dans le monde réel. Elle n'en demeure pas moins un point de référence qui ne pourra être ignoré par ceux qui statueront sur l'affaire.

Comment faire, alors, pour financer le kidnapping et honorer les demandes du joueur, lequel touche actuellement un peu plus de 100 millions par an au Barça en salaire, primes et droits d'image, même si celui-ci (ce qui semble être le cas) acceptait de revoir ses demandes à la baisse ? Les ventes de maillots ? Un mythe. Les clubs ne perçoivent qu'un faible pourcentage de leur vente (généralement moins de 10%); comme l'expliquait récemment le Times. Si Manchester City vendait un million de maillots supplémentaires grâce à l'acquisition de Messi, ceci ne rapporterait que 14 millions d'euros au club - une goutte d'eau comparé au coût de recrutement d'un footballeur dont la valeur serait nulle au terme de son contrat, au vu de son âge, si génial soit-il.

Se séparer de joueurs au meilleur prix ? Dans un marché aussi déprimé que celui-ci ? Mais lesquels ? Les ventes de Leroy Sané, Felix Correia et Thierry Ambrose ont rapporté 75 millions d'euros, soit un tout petit peu moins de ce que les acquisitions de Pablo Moreno, Ferran Torres et Nathan Aké ont coûté. Le bilan de Manchester City est donc à peu près neutre en ce domaine.

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Le club mancunien est aujourd'hui dans une situation saine, ayant dégagé un bénéfice de 12 millions d'euros pour la saison 2018-19, la dernière pour laquelle nous disposions de comptes à jour. Mais s'offrir Messi requerrait un effort colossal qui risquerait de mettre en péril l'équilibre financier du sixième club le plus riche du monde (*), qui aura vu ses revenus diminuer de 120 millions d'euros en 2019-20, selon la projection effectuée par les analystes de la plateforme Statista.

Au vu du peu d'empressement des stars de City d'accepter les baisses et/ou ajournements de salaire proposés par leur board, cela signifie qu'il est quasiment certain que, comme quasiment tous ses rivaux, le club mancunien aura fini 2019-20 dans le rouge. Ce qui nous ramène, une fois de plus, à la question : comment payer le sextuple Ballon d'Or argentin ?

Heureusement, L'UEFA veillait au grain.

Parfaitement, l'UEFA, le soi-disant "ennemi" des Citizens, qu'elle avait sanctionnés de deux années de suspension des compétitions européennes en raison d'infractions répétées au réglementations du fair-play financier, avant que le TAS ne tranche en faveur du club. "En faveur", si l'on puit dire, car City n'était passé entre les gouttes que parce qu'il y avait prescription sur les faits qui lui étaient reprochés.

L'UEFA se devait néanmoins d'agir pour tempérer l'impact du COVID-19 sur les finances des clubs européens. Appliquer rigoureusement les modalités du FPF quand ces clubs sont dans une situation si délicate qu'elle menace leur existence même n'aurait eu aucun sens. Voilà pourquoi, le 18 juin dernier, la confédération décida de mettre entre parenthèses ses réglementations en la matière, loin de se douter qu'elle ouvrirait ainsi la porte à une OPA de Manchester City sur le capitaine de Barcelone.

Pour commencer, les comptes de la saison 2020-21 ne seront épluchés que conjointement avec ceux de la saison 2019-20, sur deux années au lieu d'une seule, donc; et les propriétaires des clubs se verront autorisés à compenser le manque à gagner causé par la pandémie en recourant à des augmentations de capital ou en consentant des prêts à leurs clubs... sans craindre de se voir accusés d'avoir enfreint les réglementations du FPF.

En d'autres termes, grâce à la décision - on ne peut plus logique et légitime - de l'UEFA, la voie est libre pour City, si tant est, bien sûr, que la clause libératoire de Messi soit revue à la baisse. Et vous pouvez être sûr que celle-ci le sera.

(*) Celui du gardien égyptien Essam Al Hadary, par exemple, qui s'engagea pour quatre ans avec le FC Sion en février 2008, alors qu'il était encore sous contrat avec Al Ahly. L'affaire se conclut au TAS deux ans plus tard en faveur du club égyptien, mais après que la FIFA avait autorisé le gardien des Pharaons à jouer pour l'équipe suisse.

(*) Avec un chiffre d'affaires de 610,6m€ pour l'exercice 2018-19, 25,3m€ derrière le PSG.

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