17 juillet 2020 : Leeds de retour parmi l’élite du football anglais après seize ans d’absence. L’événement est bien célébré par les fans où chacun guettait avec impatience la sortie du calendrier pour la saison 2020/2021, ses grandes dates et les affrontements face à l’ennemi juré, Man United. Mais pas que. Les suiveurs des Peacocks ont également encerclé au feutre rouge un autre rendez-vous : ce 5 décembre et la confrontation contre Chelsea à Stamford Bridge. Si l’hostilité qui lie les deux clubs reste peu connue à l’étranger, elle est féroce au pays de sa majesté. Et comptez sur les plus âgés pour transmettre à la nouvelle génération, qui a grandi sans voir leur équipe en Premier League, le sens et le rapport à l’histoire. La distance kilométrique séparant Londres et la cinquième ville d’Angleterre (plus de 300 kms) n’y change rien. Pas même les différences de trajectoire prises par les deux clubs.

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Un sondage réalisé la semaine dernière sur le site officiel des Whites révélait que Chelsea figurait à la deuxième position des formations les plus détestées. Même si la rivalité a pris du plomb dans l’aile depuis 2004 (année de la descente de Leeds en D2). "Les plus jeunes doivent voir cette rivalité sur de longues distances avec une certaine perplexité, car il n'y a pas eu de matchs significatifs depuis une décennie et demie, abonde Rick Glanvill, historien officiel des Blues. Les plus vieux se souviennent qu’il s’agit d’une querelle privée tissée dans le folklore du football, les racines se trouvent dans le mépris engendré par la connaissance".

De King’s Road à Piccadilly Circus

"Elle est née dans les années 60, avec des matches très physiques, avec cette finale de FA Cup 1970 comme point culminant" ajoute Adam Pope, correspondant de Leeds pour la BBC. Le replay est considéré encore aujourd’hui comme le match le plus brutal et le plus physique du foot anglais, avec la plus haute audience jamais enregistrée pour une rencontre de clubs (28,5 millions de téléspectateurs au Royaume-Uni). Un certain éloge du foot "à la dure" outre-Manche, dans la gadoue d’Old Trafford, entre le ‘Dirty Leeds’ de Don Revie et le Chelsea de Dave Sexton (1967-1974), qui continua sur les bases non moins athlétiques de Tommy Docherty (1961-1967).

La pure vision footballistique d’antan ne suffit pas à expliquer ce fort antagonisme naissant. La brutalité sur le terrain épouse la division sociale et culturelle. Glanvill : "Le contraste des stéréotypes a été mis en évidence à l'époque dans les médias. Chelsea et King’s Road étaient au cœur des "Swinging London", une période d’effervescence culturelle qui a touché les secteurs artistiques. Leeds faisait partie de l'Angleterre que cette période semblait laisser derrière elle : la poussière du Yorkshire, des gens jouant au loto au lieu de fréquenter les boîtes de nuit". Les sudistes bien éduqués de la capitale en contraste aux "hard Northerners" dans une Angleterre des sixties à double vitesse. "Ce Chelsea était vu comme prétentieux, sûr de soi, avec des joueurs possédant de belles voitures et des coupes bien soignées. Un affrontement permanent sur et en dehors du terrain. Et évidemment les supporters ont joué leur rôle, surtout après" renchérit Adam Pope.

La violence s’est déplacée hors du terrain et a malheureusement constitué un autre facteur d’explication de l’animosité entre Chelsea et Leeds. Le mouvement hooligan fut à son apogée les deux décennies suivantes et les affrontements réguliers entre les groupes des deux clubs - Headhunters (Chelsea, considéré comme l’un des plus intimidants) et Service Crew (Leeds United) - rythmaient le quotidien d’un football à la dérive. Alors que les formations luttaient en deuxième division et n’occupaient plus le devant de la scène, les hool battles furent aussi bien nombreuses dans et à l’extérieur des stades. Exemple de l’arrestation de plus de 200 fans des deux clubs en 1982 à Piccadilly Circus après une bagarre massive. Ou la fameuse histoire du tableau d’affichage brisé deux ans plus tard, au cœur des fameuses terraces (tribunes debout) propres à l’époque, par les fans de Leeds à Stamford Bridge après une victoire cinglante des locaux (5-0). Ce qui fera dire au nouveau président des Blues d’alors, Ken Bates : "Je ne me reposerai pas tant que Leeds ne sera pas expulsé du championnat. Leurs fans sont l’écume de la Terre, des animaux absolus et une honte".

Le chaînon Bates

Ce même Ken Bates occupant la même fonction à… Leeds vingt ans plus tard (2005), à la suite d’un mandat de la même durée dans l’ouest londonien (1982-2003). Les Peacocks venaient de retrouver l’antichambre depuis six mois. "Les fans n’ont rien oublié des déclarations de Bates mais ils étaient à l’aise avec ça, souligne Adam Pope. C’est aussi grâce à sa venue que la rivalité s’est maintenue dans un certain sens malgré le manque de match. Il ne faut pas oublier que Bates a également fait venir des personnes estampillées Chelsea au club comme Dennis Wise (manager de 2006 à 2008), Gus Poyet (assistant de Wise) et Gwyn Williams (chef du recrutement chez les Blues avant de devenir directeur technique de Leeds)". Mais l’ère Bates correspond aussi à la période la plus sombre de l’histoire du club triple champion d’Angleterre : liquidation judiciaire en 2007, relégation pour la première fois en League One (D3), 15 points de déduction au début de l’exercice 2007-2008. Malgré la remontée en Championship trois ans plus tard.

La haine résiduelle est toujours là

Des déboires qu’ont observé les fans des Blues, rentrés dans une tout autre dimension après l’arrivée de Roman Abramovitch en 2003. A l’aube de la descente aux enfers des rivaux du nord. "Il étaient ravis de voir échouer Leeds, jusqu’à leur remontée l’été dernier. Les chants violents des fans les plus féroces sont régulièrement audibles au Bridge pour se rappeler de la rivalité et des désillusions des autres, et nous savons qu’en face c’est exactement pareil à Elland Road. La haine résiduelle est toujours là. Tout ça quand il y avait du public" affirme Rick Glanvill. Ce dernier point n’est pas avancé au hasard, alors que le gouvernement britannique vient d’autoriser la semaine dernière le retour des fans (jusqu’à 2000) dans les secteurs sous contrôle de la pandémie de Covid-19, comme Londres ou Liverpool. Pas sûr qu’avec cette restriction les téléspectateurs perçoivent à l’oreille les fameux mots doux, alors que les retrouvailles entre Frank Lampard, légende et désormais manager des Blues, et le Leeds de Marcelo Bielsa rappelleront l’épisode du Spygate. Désormais malgré lui rentré aussi dans cette haine avérée entre Blues et Whites.

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