Certaines portes ouvertes valent la peine d'être enfoncées. En voici une: Liverpool aurait pu gagner le titre avec trente ou quarante points d'avance plutôt que dix-huit que cela n'aurait rien changé au fait qu'ils ont abordé la nouvelle saison avec zéro au compteur. La fameuse "marge de sécurité" est un leurre.

Souvenez-vous de celle dont il parait que jouissait Manchester City aprés son second titre de l'ère Guardiola, quand City était devenu la première équipe de l'histoire du football anglais à faire le triplé Championnat-FA Cup-Coupe de la League.

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Liverpool a tenu bon
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Un avis fréquemment partagé, et que personne ne trouvait insensé alors, était que Liverpool, qui les avait poussés jusqu'au bout, serait incapable de soutenir un rythme aussi soutenu deux saisons de suite. Sa victoire en Ligue des champions avait d'ailleurs renforcé la perception que le groupe de Klopp était davantage bâti pour produire des résultats "exceptionnels", aux deux sens du terme, et donc briller dans les compétitions à élimination directe, que pour gérer ce curieux mélange de sprint et de marathon qu'est une campagne de Premier League. Un an plus tard, on aurait pu penser que l'Angleterre appréhenderait les choses autrement, après que les Reds avaient apporté la preuve par 99 points, et ce, malgré l'immense pression psychologique qui accompagnait une attente de trente années.

Pas favoris des bookmakers

Curieusement, ce n'est pas le cas. Aucun bookmaker - je dis bien : aucun - ne voit en Liverpool le premier candidat à sa propre succession ; et quand on parle des bookmakers, on parle aussi de leurs clients, pour qui Manchester City fait figure de très large favori, au point d'être donné à moins de 2 contre 1 pour le titre, une cote qui a quelque chose d'invraisemblable quand on songe qu'au moins deux autres clubs (plus Liverpool) devraient se mêler à la lutte pour le titre - Chelsea et Manchester United -, et qu'il est certain qu'Arsenal, Everton, Tottenham, Leicester et les Wolves auront leur mot à dire dans le déroulement de la saison.

Il y a certes des éléments objectifs qui appuient le scepticisme autour des chances du champion. Il est inconcevable, par exemple, que Manchester City puisse concéder neuf défaites en trente-huit matches comme la saison passée, et j'en reviens au truisme par lequel j'ouvrais cette chronique : ce qui fut n'a rien à voir avec ce qui est et ce qui sera. La preuve en est qu'en Angleterre, cas unique en Europe dans les grands championnats, le seul club qui soit parvenu à conserver son titre depuis que le Manchester United de Sir Alex Ferguson fut sacré champion en 2008-09 est - précisément - Manchester City.

Jurgen Klopp et ses joueurs

Crédit: Getty Images

On peut aussi pointer du doigt les matches, et il y en eut quelques-uns, dans lesquels Liverpool l'emporta presque par miracle l'an dernier, avec la fameuse "chance du champion". Il en faut si peu - un léger manque de rythme, une presque imperceptible chute d'intensité - pour que cette chance tourne qu'il est probable que le champion lui aussi finira par en être la victime.

Leeds a montré la voie

Le match d'ouverture des Reds, un 4-3 de gala contre le Leeds de Bielsa, aura également conforté dans leur opinion ceux qui sont d'avis que Liverpool est plus fragile qu'on le pense, que leur jeu est à ce point usant, physiquement comme mentalement, qu'ils sont susceptibles de connaître de graves baisses de régime. En théorie, l'argument se tient. En pratique, on retiendra que cela fait plus de deux ans que Liverpool n'a pas connu de ces creux, à la différence de tous ses rivaux.

Il est exact que Leeds montra comment il était possible de rogner les ailes des Reds - littéralement - en pressant avec une telle densité dans le milieu de terrain, que les deux principaux pourvoyeurs en ballons du trio Mané-Salah-Firmino, à savoir Andrew Robertson et Trent Alexander-Arnold, avaient vu leur contribution offensive réduite à une fraction de leur rendement habituel.

Jack Harrison au duel avec Trent Alexander-Arnold lors du match opposant Liverpool à Leeds, le 12 septembre 2020

Crédit: Getty Images

Que Liverpool puisse être mis en difficulté en ciblant les espaces laissés libres par ses latéraux, on le savait déjà. Mais personne n'était encore parvenu à étouffer leur menace avec autant de réussite que le champion de D2. Si le promu Leeds peut le faire, qu'est-ce qui peut empêcher les autres de les imiter ? Mais si la question vaut d'être posée, on ne peut pas oublier qu'Ilian Meslier finit tout de même par être battu quatre fois, et que Mo Salah, qu'on avait senti émoussé après une saison 2018-2019 record, joua l'un de ses meilleurs matches sous le maillot rouge ce jour-là.

Thiago, la solution au "problème" ?

Enfin, il y a le "manque de créativité" des Reds relevé par plusieurs commentateurs anglais. Liverpool aurait du mal contre des blocs bas, dans des phases de jeu placées, quand il n'y a pas de déséquilibre à exploiter ou de porteur du ballon à harceler. Si cela signifie que Liverpool n'a pas encore atteint la perfection, absolument : Liverpool joue sans véritable numéro 10 depuis la vente de Philippe Coutinho, et ses milieux de terrain, qu'il s'agisse de Fabinho, point d'ancrage, de Henderson ou de Wijnaldum, sont plus à l'aise dans des situations dynamiques que dans des contextes fermés.

Jürgen Klopp le sait aussi bien que quiconque, et ce n'est pas pour une autre raison que l'arrivée de Thiago Alcantara à Liverpool a été officialisée ce vendredi, une solution de luxe au "problème" supposé du champion d'Angleterre et du monde en titre. Ce ne sont pas les idées qui lui manqueront avec un Thiago pour rythmer et orienter le jeu au coeur de son midfield. Au passage, même dans un marché déprimé par la pandémie, 30 millions d'euros, soit 5 millions de plus que ce qu'Everton paya pour Andre Gomes, ce n'est pas cher payé pour le meneur de jeu espagnol, qui fut éblouissant en finale de la Ligue des champions.

Les réserves qui précèdent n'ont rien de déraisonnable. Ce qui l'est, c'est s'imaginer que Liverpool soit incapable d'évoluer pour y répondre. Et ne pourrait-on en formuler d'encore plus sérieuses à l'égard de leurs rivaux, Manchester City compris ?

Thiago Alcantara new signing of Liverpool at Anfield on September 18, 2020 in Liverpool, England.

Crédit: Getty Images

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