Cela fait plus de trois ans, trois ans et quatre mois pour être précis, que la Premier League dit enquêter sur certains aspects "problématiques" du fonctionnement de son champion à répétition, Manchester City. Cela fait plus de trois ans que l'on attend en vain quelque conclusion ou même quelque indication sur ce que porte exactement cette "enquête", et sur la date à laquelle elle est censée aboutir. Chaque fois que l'on pose la question à la Premier League, c'est la même réponse : "no comment, l'affaire est confidentielle, vous serez avisés en temps utile". Et pendant ce temps, Manchester City poursuit son grand bonhomme de chemin pour devenir le "club le plus riche du monde", si l'on en croit le récent rapport publié par le cabinet comptable Deloitte.
Fait incroyable : en pleine pandémie, Manchester City était parvenu à décrocher de nouveaux contrats de sponsoring - la plupart avec des sociétés basées dans le Golfe - qui lui avaient permis de dépasser Barcelone, le Real Madrid, le Bayern Munich et tous ses rivaux anglais à ce classement des caïds du football mondial. Chapeau !
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Des révélations accablantes

Mais la Premier League va peut-être enfin se réveiller, après les révélations du magazine allemand Der Spiegel, qui vient de mettre en ligne un dossier des plus embarrassants sur les divers arrangements qui auraient permis au club - censé être la propriété privée du millardaire émirati Sheikh Mansour ben Zayed, vice-premier ministre des Emirats Arabes Unis et demi-frère de leur président Khalifa ben Zayed - d'avoir accès à un financement venu directement du gouvernement émirati, ce que le club a toujours nié avec la plus grande vigueur.
Si tel est le cas, ce que les nombreux documents (tirés des Football Leaks) publiés par le Spiegel en complément de son enquête semblent corroborer, Manchester City aurait non seulement violé les règles du fair-play financier de l'UEFA, mais aussi celles de la Premier League, en pleine connaissance de cause, et de manière répétée.
Pour quiconque ayant suivi le dossier de près, les multiples entorses qui sont imputées au club mancunien par le magazine allemand ne constitueront pas nécessairement une révélation. La plupart, en fait, figuraient dans l'acte d'accusation qu'avait dressé l'UEFA contre le club de Pep Guardiola et lui avaient valu une suspension de deux ans de toutes les compétitions européennes et une amende de 30 millions d'euros en février 2020.
Manchester City avait fait appel de cette sanction auprès du TAS et obtenu gain de cause cinq mois plus tard, sur la forme si ce n'est sur le fond : incroyablement, il y avait prescription sur beaucoup des faits reprochés au club, comme le contrat fictif de Roberto Mancini, manager des Citizens de 2009 à 2013, dont le salaire étant payé en partie par Al Jazira, afin d'alléger les charges imputables au club lui-même.

Des tranferts d'argent qui posent question

Ce qui est nouveau, par contre, ce sont les documents internes que le Spiegel s'est procuré via les Football Leaks, dont des emails échangés au plus haut niveau de la hiérarchie de Manchester City. Leur authenticité n'a encore été remise en doute par personne. Ils sont accablants, en particulier pour l'un des dirigeants-clé du club, l'Australien Simon Pearce, l'une des têtes pensantes du City Football Group, également responsable de la communication stratégique d'Abou Dhabi, aussi discret en public qu'il est influent et proche du pouvoir aux Emirats.

Pep Guardiola, l'entraîneur de Manchester City

Crédit: Getty Images

Si les documents du Spiegel sont authentiques, Pearce aurait commis un parjure lors de sa déposition face au Tribunal Arbitral du Sport, quand il avait nié "absolument, catégoriquement" qu'une partie substantielle de l'argent versé à Manchester City par l'un des principaux sponsors du club, Etihad, provenait en fait du fond d'investissement de Sheikh Mansour, ADUG, propriétaire nominal de Manchester City.
Ceci permettait à ADUG de contourner les règles de l'UEFA sur l'injection directe et abusive de fonds dans les clubs par leurs propriétaires. Or l'un des emails que s'est procuré le Spiegel parait confirmer que c'est exactement ce qu'il s'est produit. Le 16 décembre 2013, Pearce précisait à Peter Baumgartner, directeur des opérations d'Etihad, quelle somme sa société devait payer à Manchester City au titre de son partenariat : 99 millions de livres... mais dont seulement 8 proviendraient d'Etihad, le reste étant d'abord versé par ADUG à la compagnie aérienne. Ce dernier payait donc Etihad pour qu'Etihad paye Manchester City, autrement dit lui-même.

Simple malentendu ou exemple typique ?

D'autres communications rendues publiques par le Spiegel font pencher pour la seconde hypothèse. Les paiements d'un autre sponsor, Etisalat, seraient en fait également provenus en grande partie d'ADUG. De la même façon, ADTA (l'office du tourisme officiel d'Abou Dhabi) n'aurait contribué qu'à 1,5 des 13,5 millions de livres sterling dûes au titre de son sponsorship. On devinera aisément d'où provenait le reste.
De plus, ADUG est une entreprise privée chargée d'investir et de gérer la fortune colossale de la famille régnante d'Abou Dhabi, pas un organe gouvernemental. Un représentant du ministère émirati des finances l'avait d'ailleurs affirmé face aux juges du TAS en 2020. "Les deux ne sont en rien connectés", avait-il alors assuré.

Manchester City

Crédit: Getty Images

Comment se fait-il, alors, que certains paiements effectués par ADUG dûrent être avalisés par une officine gouvernementale émiratie (la EAA, ou Executive Affairs Agency) avant de parvenir dans le compte de Manchester City ? Comme l'explique le Spiegel, c'est comme si Deutsche Bahn, l'équivalent allemand de la SNCF, était sponsor du Bayern Munich, mais que le club, au lieu d'envoyer sa facture à Deutsche Bahn, la faisait d'abord viser par la Chancellerie. "Une idée plutôt absurde", ajoute le magazine, non sans raison.
Le Spiegel prit évidemment soin de contacter Manchester City, ses partenaires et les agences gouvernementales émiraties concernées avant de publier son dossier. Ni les uns ni les autres n'ont encore communiqué de réponse. Quant à l'enquête de la Premier League, nul ne sait encore quand elle devrait enfin aboutir.

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