Il s'en est sorti. Encore une fois. Ole Gunnar Solskjaer est revenu de l'enfer face à l'Atalanta Bergame. Dans la foulée d'une défaite à Leicester (4-2), la deuxième en trois sorties en championnat, l'entraîneur de Manchester United n'en menait pas large à la mi-temps du match face aux Italiens en Ligue des champions. Un break de retard, un néant collectif, un public excédé, sa tête réclamée… Le technicien norvégien a senti le vent du boulet. Mais les Red Devils ont fini par l'emporter (3-2). Et leur coach, tel le roseau, a une nouvelle fois plié sans rompre. Comme souvent, depuis bientôt trois ans.
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Comment van Dijk a ravivé la flamme… offensive de Liverpool
HIER À 12:54
La veille, Liverpool était sorti vainqueur d'un choc face à l'Atlético à Madrid (2-3). Comme l'un de ses grands rivaux du Royaume, Manchester United a gagné. Contrairement à lui, il n'a pas convaincu. C'est quasiment une constante avec l'équipe de Solskjaer. A Liverpool, les individualités sont là pour sublimer un collectif. Un constat également valable pour le Manchester City de Josep Guardiola. Et, à un degré moindre et dans un style différent, pour le Chelsea de Thomas Tuchel. A United, elles semblent surtout venir le sauver du marasme.

Deux stratégies opposées

La comparaison n'est pas anodine. Surtout avant un Manchester United - Liverpool. La différence de stratégie entre les deux clubs est trop criante. Quand les Reds sont allés chercher Jürgen Klopp en 2015, ils ont misé sur un entraîneur à la philosophie de jeu identifiée. Ils lui ont laissé le temps de mettre sa méthode et ses principes en place. Et le club de la Mersey a pris le sien pour façonner un effectif taillé pour le technicien allemand. Il lui a fallu trois années. Au bout de la quatrième, Liverpool était sur le toit de l'Europe. Et de la cinquième, au sommet du Royaume. Grâce à ses individualités, aussi. Mais surtout sa supériorité collective.

Jurgen Klopp, vainqueur de la Ligue des champions en 2019 avec Liverpool

Crédit: Getty Images

Après bientôt trois ans de mandat à Manchester United, il n'y a même pas les prémisses de cette supériorité collective au sein de l'équipe de Solskjaer. Son projet de jeu, s'il y en a un, reste illisible. Les dirigeants mancuniens ont dépensé plus de 450 millions d'euros sur le marché des transferts pour attirer des stars parmi les plus brillantes du football mondial. Mais, malgré cet investissement colossal et son temps passé sur le banc des Red Devils, le Norvégien n'est toujours pas parvenu à donner une véritable identité à son équipe. Pourtant, sa direction persiste à lui maintenir sa confiance.
C'est d'abord la conséquence d'un choix stratégique de Manchester United. Si des clubs comme Liverpool et Manchester City ont priorisé un projet sportif, ce n'est pas le cas de la direction des Red Devils qui a relégué cet aspect au second plan. "La stratégie est commerciale avant d'être sportive, juge notre chroniqueur Philippe Auclair. L'accent a été mis sur les performances commerciales, qui restent excellente et tiennent la comparaison avec Manchester City et Liverpool. Mais il n'y a pas de stratégie sportive à long terme."

La stabilité, coûte que coûte

Cela peut expliquer en partie pourquoi Manchester United n'est pas pressé de se séparer de Solskjaer. Il y a encore d'autres explications. "Je pense que la principale raison pour laquelle Manchester United ne s'est pas séparé de Solskjaer tient en partie à son statut de légende du club, et à sa capacité à redresser l'équipe après les problèmes rencontrés avec José Mourinho, avance Ibrahim Mustapha, journaliste pour le site eurosport.co.uk. Il semble aussi apprécié et respecté par les joueurs et il y a peut-être une crainte chez les dirigeants de briser cette dynamique de vestiaire, même si les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous."

Solskjaer lors de sa prolongation de contrat à Manchester United

Crédit: Getty Images

C'est peut-être la clé du mystère. Manchester United a terriblement souffert depuis le départ de l'emblématique Sir Alex Ferguson en 2013. S'il peine à atteindre le niveau de jeu de ses principaux concurrents anglais, il n'oublie pas que sa situation était bien plus délicate il n'y a pas si longtemps. "Le club a manqué de stabilité depuis le départ de Ferguson, résume Ibrahim Mustapha. Il a essayé un entraîneur confirmé de Premier League (David Moyes), une légende du foot européen (Louis van Gaal), un "gagneur" du football moderne (José Mourinho), mais ils ont tous échoué d'une manière ou d'une autre. Il semble déterminé à poursuivre cette stabilité avec Solskjaer, coûte que coûte."

L'espoir fait vivre

Quitte à bâtir sur la durée avec un coach sans réelle philosophie de jeu. Et malgré la vague de critiques que cela provoque régulièrement. Mais le football n'est pas une science exacte. Manchester United a choisi sa voie. Elle est certainement discutable, mais elle n'est pas forcément sans issue. "Cela pose la question de la motivation des dirigeants, s'ils sont assez ambitieux pour permettre au club de retrouver sa gloire d'antan, concède Ibrahim Mustapha. Solskjaer fait juste ce qu'il faut. C'est plus de l'espoir que de réelles certitudes, mais ça peut conduire au succès."
Cela peut paraître paradoxal qu'un club comme Manchester United se contente des moyens du bord sur son banc quand il empile les stars sur le terrain. Mais c'est bien la stratégie du board mancunien, si différente soit-elle de celle du rival de la Mersey. "L'approche de Manchester United, c'est d'acheter les meilleurs joueurs et d'espérer qu'ils réussissent par pure volonté, sans forcément tenir compte de l'entraîneur, estime Ibrahim Mustapha. Tandis que Liverpool a été plus 'calculateur' ces dernières années dans son besoin de définir un style de jeu qui a évidemment fonctionné avec Klopp." A chacun sa partition, donc. Reste à savoir quels musiciens seront payés à la fin du bal.

Ole Gunnar Solskjaer (Manchester United) et Jürgen Klopp (Liverpool)

Crédit: Getty Images

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