Multi-propriété des clubs : La Premier League se vote un permis de tricher

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C'est une décision qui va changer le visage du football. La Premier League a voté mardi contre une motion qui aurait interdit les prêts entre clubs appartenant au même propriétaire. Une porte ouverte à la circulation des talents en vase clos qui va à l'encontre de l'équité sportive. Et qui ressemble assez furieusement à un permis de tricher.

Les fans de Newcastle célèbrent le changement d'ère

Crédit: Getty Images

Rien n'empêchera donc Newcastle d'aller piocher quelques joueurs dans les effectifs des autres clubs dont le PIF saoudien est propriétaire en janvier prochain; et l'été à venir; et tous les autres étés et hivers qui suivront, à tout le moins tant que le football n'aura pas mis un peu d'ordre dans sa maison. Ce mardi, par huit voix contre douze, la Premier League a repoussé une motion qui aurait interdit les prêts entre clubs liés par des intérêts communs jusqu'à la fin de la saison, dans l'attente d'un accord pérenne.
Et vous avez bien lu : par huit voix contre douze, puisque la majorité des deux tiers est requise pour faire passer de telles motions au sein de la Premier League. Il s'en est donc fallu d'une voix pour empêcher que Ruben Neves, acheté plus de 50 millions d'euros par al-Hilal l'été dernier, n'aille renforcer le 'squad' d'Eddie Howe dans moins de deux mois, s'essuyant les crampons sur les réglementations du fair-play financier.
On sait que Howe s'est en effet plaint de ce que ce maudit fair-play financier avait empêché Newcastle de se renforcer comme il l'aurait souhaité après la qualification des Magpies pour la Ligue des Champions. C'est que Newcastle avait dépassé la barre des 200 millions de dépenses net sur le marché des transferts en 2022, comme Howe semble l'avoir oublié.

Un passe-partout miracle

La décision de la PL va donc offrir à son club le passe-partout miracle dont il avait besoin pour adresser un pied-de-nez - non, un bras d'honneur - aux défenseurs de l'équité sportive. Al-Hilal aura toute latitude de faire de jolies étrennes aux cousins des bords de la Tyne sans affecter pour le moins la capacité de Newcastle de rester dans les clous du financial fair play.
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Eddie Howe, l'entraîneur de Newcastle

Crédit: Getty Images

Certes, ce ne serait pas la première fois qu'un club de Premier League (ou d'autres championnats, soit dit en passant) irait se servir chez un 'partenaire'. Chelsea, par exemple, avait des liens des plus étroits avec Vitesse, aux Pays-Bas, tandis que Manchester United s'entendait à merveille avec Royal Antwerp. L'Union Saint-Gilloise et Brighton ont aussi procédé à des échanges entre bons amis (Kaoru Mitoma est le dernier en date), ce qui ne surprendra pas puisqu'ils ont partagé le même propriétaire, le parieur professionnel Tony Bloom.
Le contexte était cela dit différent. Il s'agissait presque toujours pour un 'grand' club de s'appuyer sur plus petit que lui en lui demandant de parachever la formation de ses jeunes en leur donnant du temps de jeu dans un environnement compétitif. En contrepartie, le club 'formateur' accueillait des jeunes footballeurs d'une qualité largement supérieure à ceux qu'il pouvait espérer trouver dans son pôle naturel de détection.

La multi-propriété s'est généralisée

Ce dont il est ici question est autre. C'est la possibilité de systématiser la circulation des talents en vase clos, de court-circuiter les dispositifs mis en place pour compenser des déséquilibres financiers déjà existants. Le principe de réciprocité ne s'applique plus. Les jeunes de Newcastle n'auraient pas le moindre intérêt à passer une ou deux saisons dans le championnat saoudien, qui demeure d'une grande faiblesse malgré l'arrivée massive de footballeurs étrangers l'été dernier.
Et rien n'empêcherait évidemment un al-Hilal ou un al-Ettifaq d'acheter un autre Ruben Neves pour l'envoyer aussitôt en prêt à Newcastle, pour quelque durée que ce soit, ne faisant payer que des indemnités symboliques au club-phare du PIF.
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Ruben Neves

Crédit: Getty Images

Comment se fait-il alors que sept autres clubs de Premier League se soient alignés sur la position de Newcastle pour rejeter la motion ? La réponse est simple : tous sont impliqués dans des projets de multi-propriété de clubs, et entendent donc profiter du même passe-droit. Tous entendent disposer d'un permis de tricher.
On croit connaître leur identité. Même s'ils ont emporté la partie, ils sont en minorité au sein de la Premier League, dont douze autres membres ont toutes les raisons d'être amers aujourd'hui.

12 "oui"… ça n'a pas suffi

Manchester City figure évidemment en tête de la liste. Le City Football Group ne va tout de même pas se tirer une balle dans le pied, lui qui a déjà fait circuler bien des joueurs dans son réseau de douze clubs. Chelsea ? Normal. Le "projet" de Clearlake et Todd Boehly est la création d'un groupe multinational de clubs, dont Strasbourg est devenu le second membre il n'y a pas si longtemps.
Nottingham Forest, dont le propriétaire Evangelos Marinakis contrôle aussi Olympiakos. Sheffield United, dont le propriétaire est le prince saoudien Abdullah ben Musaid Al Saud, qu'on imagine mal mettre des bâtons dans les roues dans le projet du PIF et qui, de plus, possède aussi le club de D2 belge Beerschot. Wolverhampton Wanderers, qu'on sait liés aux Grasshoppers de Zurich. Burnley, qui espère toujours lier son avenir à celui de KV Kortrijk, en Belgique.
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Todd Boehly

Crédit: Getty Images

Et enfin, la cerise sur le gâteau, Everton, que son fossoyeur Farhad Moshiri a promis aux très louches propriétaires de 777 Partners Limited, dont l'empire de clubs au bord de la faillite (Vasco Da Gama, Standard, Genoa, Hertha pour n'en citer que quatre) dépend pour son avenir, s'il en a un, de la possibilité de procéder à des échanges de joueurs entre ses satellites.
Les autres, tous les autres, avaient dit "oui". Ils étaient douze contre huit, et cela n'a pas suffi.

Ne rien espérer de l'UEFA

Il devrait exister une défense contre ce nouvel assaut contre l'intégrité sportive. Il ne devrait pas être possible à une ligue engagée dans des compétitions internationales d'agir en solo de cette façon; mais cela l'est, car vous pouvez être sûrs que ni l'UEFA, ni la FIFA, qui pourraient aisément endiguer cette descente vers un football toujours plus coupé de ses racines et de ses vérités, ne bougeront pas le petit doigt.
Alexandr Ceferin, interrogé sur le sujet lors du dernier Congrès de l'UEFA, à Lisbonne, avait pris soin de ne pas fermer la porte au fléau de la multi-propriété de clubs, se servant de mots si vagues qu'on avait compris le message : il ne ferait pas obstacle à la conquête du football européen par des états souverains ou des fonds d'investissement. Et la FIFA de Gianni Infantino, elle, aime tant l'Arabie saoudite qu'elle lui a de facto attribué le Mondial de 2034 sans procéder au moindre vote. Ne rien espérer d'elle est devenu naturel.
Un tricheur à qui on délivre un permis de tricher demeure un tricheur; mais les tricheurs s'en moquent si cela leur permet de gagner. Et ce 21 novembre, c'est une grande victoire qu'ils ont célébrée.
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Aleksander Ceferin

Crédit: Eurosport

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