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Football - Homophobie en Premier League : "Des joueurs ont été menacés de mort"
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Publié 05/12/2024 à 23:33 GMT+1
Lors du dernier week-end de compétition, la Premier League a mis en place l'opération Rainbow Laces pour faire "la promotion d'une attitude positive vis-à-vis de la communauté LGBT". Mais ici et là, des joueurs ont décidé de s'y soustraire, remettant encore le problème de l'homophobie dans le football sur la table. Julien Pontes, de l'association Rouge Direct, tente de trouver des solutions.
Le brassard arc-en-ciel de Marc Guehi, sur lequel l'international anglais a inscrit 'I Love Jesus', lors d'un match entre Crysal Palace et Newcastle, le 30 novembre 2024
Crédit: Getty Images
L'Angleterre n'était pas encore habituée à ce genre de controverse. Ce week-end, sur les terrains de Premier League, plusieurs joueurs ont fait en sorte de ne pas participer, ou de contourner, l'opération Rainbow Laces mise en place par la ligue pour diffuser un message de bienveillance à l'égard de la communauté LGBTQIA+. Le capitaine d'Ipswich, Sam Morsy, a été celui qui s'est fait le plus remarquer en refusant de porter le brassard aux couleurs de l'arc-en-ciel exceptionnellement distribué.
Celui de Crystal Palace, l'international anglais Marc Guehi, a lui choisi d'inscrire le message I Love Jesus, puis Jesus Love You lors des deux rencontres où il a porté le brassard aux couleurs du drapeau LGBT. Enfin, du côté de Manchester United, les Red Devils ont finalement choisi de ne pas porter leur maillot d'échauffement aux couleurs LGBTQIA+ après que le défenseur Noussair Mazraoui ait refusé de l'enfiler. Pour Eurosport, le porte-parole du collectif Rouge Direct Julien Ponte revient sur ses évènements, et cherche des solutions pour remédier à l'homophobie latente dans le football.
Comment avez-vous reçu le refus de plusieurs joueurs de Premier League de participer à l'opération Rainbow Laces ?
Julien Pontes : "On l'a reçu avec beaucoup d'intérêt et de perplexité. Ces épisodes en disent très long sur la situation de l'homophobie en Europe et dans le Monde. Et ce qui se passe en Angleterre en ce moment, ce qui vient de se passer, doit être pris très au sérieux. L'Angleterre avait la particularité d'être en avance dans la lutte contre l'homophobie dans le foot, mais au niveau des clubs, pas des joueurs. Les clubs ont pris l'habitude depuis deux ou trois ans de prononcer non seulement des sanctions fermes d'interdiction du stade contre les supporters homophobes mais aussi d'engager des poursuites judiciaires contre les auteurs avec des condamnations assorties d'interdiction de stade. Donc, ce qui nous a interloqué dans les derniers événements ça nous a obligés, nous, au collectif Rouge Direct, à nous réinterroger sur ce qui se passait en Angleterre qui était pour nous assez exemplaire."
Comment gérer cette situation, qui semble se répéter ?
J.P. : "La situation est très complexe, parce qu'il y a beaucoup d'acteurs en présence. Les clubs peuvent s'engager, mais sans prendre la précaution d'emporter l'adhésion des joueurs à leur démarche contre l'homophobie. Il y a ensuite les supporters, les clubs de supporters LBGT. Il y a les joueurs. Il y a aussi les arbitres. Il y a aussi les instances du foot. Il faut une analyse clairvoyante, honnête, courageuse de la situation. On attend toujours qu'il y ait des clashs comme ce qu'il vient de se passer en Angleterre pour se rappeler qu'il y a un problème d'homophobie. Ce qui pose d'abord problème dans le football, c'est la culture masculiniste. Et les religions sont très à l'aise dans l'environnement masculiniste. La première leçon que nous voulons tirer, c'est qu'il va falloir arrêter de harceler les musulmans. Il y a un problème qui touche toutes les religions. Il y a un problème avec Noussair Mazraoui, mais aussi Marc Guehi qui est chrétien. En France, on a chaque année, depuis 2-3 ans, 4-5-6 joueurs qui refusent de porter le maillot. Mais quand on lit ce que déclare Eric Roy, l'entraîneur de Brest, ce serait une trentaine de joueurs de Ligue 1 qui trouve des excuses pour ne pas jouer ce jour-là."
Doit-on alors engager leur responsabilité individuelle ? Appliquer des sanctions immédiates ?
J.P. : "Oui et non. Il y en a qui assument totalement leur homophobie, c'était le cas de Mohamed Camara, de l'AS Monaco (parti depuis à Al-Saad, NDLR). Mais il y a d'autres joueurs, comme Mostafa Mohamed, qui a déclaré avoir été menacé de mort lui-même et sa famille si jamais il portait un message de solidarité avec les LGBT. Nous, au collectif Rouge Direct, nous venons de recevoir un autre joueur de Ligue 1 qui s'est retrouvé dans la même situation, menacé lui et sa famille. Donc, il faut prendre ça vraiment très au sérieux. Mostafa Mohamed a peut-être été prudent plus qu'homophobe. Parce qu'il risquait des choses graves pour lui et sa famille. Il faut donc une analyse précise de ce qu'il se passe, ce qui n'est absolument pas fait par les clubs et par la LFP."
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Mohamed Camara (AS Monaco) a masqué le badge de la LFP
Crédit: Getty Images
Jusqu'ici, ces refus de participer aux journées de solidarité avec la communauté LGBTQIA+ étaient plutôt circonscrits à la France. Pensez-vous que cela a pu inspirer, en mal, les joueurs de Premier League ?
J.P. : "Ce qui vient de se passer en Angleterre, ça va être un appel d'air pour les prochaines actions en France, évidemment. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il faut des indicateurs sur le niveau d'homophobie parmi les joueurs de foot professionnels. On en a un qui date de 2013. Les indicateurs étaient alarmants : 41% des joueurs pros et 50% des jeunes en centre de formation avaient des opinions homophobes. Pourquoi est-ce que la LFP ne refait pas une enquête du même genre pour savoir où on en est, si ce n'est pas pire ? C'est peut-être pire."
Une fois l'enquête faite, comment s'y prendre pour faire baisser cet indicateur de l'homophobie dans le football professionnel ?
J.P. : "De manière pratico-pratique, il y a cette histoire de maillots arc-en-ciel, de patchs contre l'homophobie. Tout un tas de gadgets qu'on nous sort une fois par an et qui ne permettent pas de faire baisser l'homophobie dans les stades. Nous, nous faisons de plus en plus de signalements sur les chants homophobes. Chaque semaine, nous déposons des plaintes pour cela. Je rappelle qu'il y a encore zéro joueur qui a fait son coming-out dans le championnat de France. Si vraiment les joueurs étaient sensibilisés sérieusement, ils iraient voir l'arbitre comme quand il y a des chants racistes quand ils entendent des chants homophobes. Donc ces actions, on a la preuve que ça ne sert à rien.
Par exemple, il faudrait prévenir les joueurs six mois avant les actions. Et là, on demande qui est dérangé. Il y en a 80 % qui s'en foutent. De toute façon, ils mettent des pubs pour l'alcool et les paris sportifs. Il y en a 20 % qui vont dire 'Moi, ça me dérange'. A partir de là, on a six mois pour en discuter. Ces joueurs-là, vous les amenez à rencontrer des jeunes du Refuge, des adolescents qui sont mis à la porte car LGBT. Sur ces 20 % de récalcitrants, il y en a peut-être les trois quarts qui vont se dire : 'Ok, j'ai un cœur, moi aussi. Ça pourrait être mon enfant. J'ai compris.' Dans ceux qui ne supporteront pas malgré tout, ils pourront aller jouer ailleurs. Dans le monde, il y a 80 pays qui pénalisent l'homosexualité, il y a plein de championnats où ils pourront aller jouer ces joueurs-là. On pourrait aussi désigner un ambassadeur par club, qui ne serait pas forcément le capitaine. Il pourrait faire un petit témoignage sur les réseaux sociaux, ça ne coute rien. Nous, on est très économe, les solutions à zéro euro ça nous intéresse toujours. L'essentiel, c'est la prise de conscience."
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Sam Morsy (Ipswich Town), avec un brassard de capitaine différent de celui arc-en-ciel prévu, et Marc Guéhi (Crystal Palace), avec un brassard arc-en-ciel auquel il a ajouté un "Jesus Love You", le 3 décembre 2024
Crédit: Eurosport
D'où la solution doit-elle venir ? De la Ligue ? Des clubs ? Des vestiaires ?
J.P. : "On a vu lors de la coupe qu'il y avait de très grandes différences entre les fédérations européennes sur le positionnement à avoir contre l'homophobie. Sept fédérations se sont battues pour avoir le droit de porter le brassard One Love. Et la France était parmi les deux fédérations européennes avec le Portugal à refuser de s'associer aux sept autres fédérations européennes pour le droit des LGBT. Ça montre un retard considérable dans la lutte contre l'homophobie dans le football. Concernant les vestiaires, ce n'est pas seulement un problème chez les professionnels, ça l'est aussi chez les amateurs. C'est le reflet du positionnement général de la société vis-à-vis de l'homophobie. En cas d'agression d'une personne LGBT dans les transports, qui va intervenir ? Qui va préférer faire comme si de rien n'était ? C'est un peu ce qu'il se passe dans les vestiaires."
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