On connaissait, depuis longtemps, la forte volonté des Italiens de rapatrier "La Joconde" au pays. Pour eux, le portrait de Mona Lisa, signé Léonard de Vinci au XVIe siècle, n'a vraiment rien à faire au Louvre. En substance : mettez-le où vous voulez dans la Botte, mais ramenez-le à la maison. Un refrain qui permet ainsi d'entretenir cette rivalité si particulière et - avouons-le - bon enfant avec la France.
Alors, au surlendemain de l'élimination rocambolesque du PSG face au Real Madrid en huitième de finale de la Ligue des champions, La Gazzetta dello Sport a décidé de faire (re)passer ce message en Une. Mais à une exception près. En remplacement du visage de Mona Lisa, on retrouvait celui... de Gianluigi Donnarumma, auteur d'une erreur qui a précipité le come-back improbable des Merengues. Avec un titre on ne peut plus clair : "Reviens à la maison, Gigio".
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14/06/2022 À 20:43
Pour l'ensemble de la presse italienne, soudainement emparée d'une psychose étonnante, les médias français ont été auteurs de critiques trop vives envers le gardien parisien. "La France a décidé de le démolir", pouvait-on carrément lire en Une du Corriere dello Sport. Pour venir au secours du Donnarumma, l'artillerie lourde a été sortie. Il y a tout d'abord eu Dino Zoff dans les colonnes de la Gazzetta : "Laissez-le tranquille, prévenait le vainqueur de la Coupe du monde 82. On ne doit pas mettre un gardien autant en difficulté. Il fait partie des meilleurs gardiens au monde, l'erreur sur le but n'est pas de sa faute. Je ne comprendrais jamais cette volonté de construire au sol depuis le gardien."
Puis Gianluigi Buffon lui a emboîté le pas : "Non au lynchage (...) Gigio fait partie des meilleurs gardiens du monde, lâchait l'ancien portier parisien au CorSport. Gigio est l'un des trois meilleurs gardiens du monde avec Courtois et Neuer. Les erreurs font partie du parcours d'une carrière. Je suis certain qu'il n'y aura aucune répercussion négative, aucun problème." Et dire que pendant ce temps, en France, un procès beaucoup plus général autour du PSG se poursuivait. Donnarumma a été critiqué, certes, mais à la hauteur de son erreur. Ni plus, ni moins.
Mieux vaut l'avoir avec nous que contre nous
Si la presse italienne est autant montée au créneau pour défendre son gardien, élu meilleur joueur du dernier Euro remporté à Wembley, c'est notamment en vue des barrages au Mondial 2022 qui se profilent. Le premier rendez-vous décisif est programmé jeudi face à la Macédoine à Palerme, avant une finale en Turquie ou au Portugal. Alors pour éviter une nouvelle apocalypse après celle de 2017, autant ne pas fragiliser un gardien qui est devenu plus vulnérable depuis son arrivée à Paris l'été dernier.
Pour le rassurer, Roberto Mancini n'a pas hésité à décrocher son téléphone au lendemain de Real-PSG. "Une erreur peut arriver à tout le monde. Je compte toujours sur toi, on se voit pour les barrages", lui a dit en substance le sélectionneur italien. "Il va devoir se transformer en psychologue pour rassurer un gardien très critiqué depuis son erreur à Madrid. Puis il a encaissé trois nouveaux buts à Monaco dimanche dernier...", écrivait le Corriere della Sera lundi. Présent en conférence de presse mardi, le "Mancio" n'a laissé transparaître aucune inquiétude concernant Donnarumma, estimant qu'il vaut mieux "l'avoir avec nous" que "contre".
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"Nous ne connaissons pas sa situation en interne à Paris, mais il semble très serein depuis son arrivée ici, nous confie-t-on depuis Coverciano, le centre d'entraînement de la Nazionale. Gigio est toujours très souriant et plaisante beaucoup avec ses partenaires, qui sont pour la plupart ses amis en dehors du terrain. Je pense que cette parenthèse internationale va lui faire du bien, même si l'enjeu est de taille." Marco Verratti, lui, a assuré que son coéquipier n'était pas démoralisé. "Il était surtout déçu après son erreur contre le Real, a-t-il toutefois reconnu. Mais c'est un garçon spécial. Le lendemain, il travaillait déjà avec enthousiasme. N'oublions pas ce qu'il a fait lors du dernier Euro, c'est l'un des meilleurs gardiens du monde."

Une concurrence avec Navas qui passe mal

Si le statut de Donnarumma demeure inchangé avec la Nazionale, celui dont il bénéficie au PSG n'a jamais réellement été digéré par la presse transalpine. Pour elle, il n'y aurait pas dû avoir match avec Keylor Navas. Il faut dire que depuis son premier match avec l'AC Milan en octobre 2015 à seulement seize ans, "Gigio" n'avait jamais connu la concurrence d'un autre gardien, battant ainsi tous les records de précocité du club lombard. Pour lui, cette donnée a donc été nouvelle. Pour l'Italie aussi.
Elle s'interroge toujours, d'ailleurs, sur son choix de carrière. Pourquoi décider de quitter de l'AC Milan, qui joue le titre cette saison et qui a retrouvé la Ligue des champions lors de la dernière ? Pourquoi ne pas rester au pays et tout quitter pour rejoindre Paris ? Pour les réponses, il faudra probablement demander à Mino Raiola, son agent. Même si ce dernier était intimement convaincu que son protégé signerait à la Juventus qui, de son côté, a finalement changé de cap après le retour de Massimiliano Allegri. Ce dernier a en effet beaucoup d'estime pour Wojciech Szczęsny, le gardien titulaire des Bianconeri.

Y avait-il faute sur Donnarumma ? "Ça peut se siffler mais ça n'explique pas le trou noir du PSG"

Selon La Gazzetta dello Sport, l'hypothèse de voir Donnarumma débarquer un jour dans le Piémont est toutefois toujours plausible. "Il n'y a jamais eu de feeling entre le PSG et le gardien, qui pourrait étudier un départ l'été prochain. La Juve reste une possibilité mais le contrat de Szczesny est un obstacle", confirmait le quotidien il y a une dizaine de jours.
En septembre dernier, le Corriere della Sera intitulait (déjà) un article : "Gigio, la Juve pense à toi". "Il se doutait de la concurrence avec Navas, mais n’imaginait pas passer autant de temps sur le banc. Ses amis et ex-coéquipiers racontent qu’il est très peu souriant. La Juve pense à lui pour 2022", affirmait le quotidien généraliste. Donnarumma, hué à son retour à San Siro en octobre dernier, acceptera-t-il une nouvelle saison du même acabit que sa première à Paris ? "Ce n'est pas le moment de parler de ça, il est 'focus' sur ses échéances avec l'Italie", nous rétorque-t-on dans son entourage. On pourrait quand même parier qu'il quittera Paris avant Mona Lisa, non ?
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