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Eloge du groupe A
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Publié 26/10/2012 à 15:52 GMT+2
Le groupe A, composé de la Pologne, Russie, Grèce et République Tchèque n’est pas aussi inintéressant qu’on a voulu vous le faire croire. Loic Tregoures vous en donne la preuve.
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Quand Zinedine Zidane a tiré les boules les unes après les autres, l’Europe du football a très vite décerné le titre de « groupe de la mort » au groupe B, celui de l’Allemagne, et celui de "groupe de l’ennui" au groupe A, dont, c’est un signe, un seul des six matches, celui d’ouverture, a été acheté par TF1 ou M6. On ne va pas se mentir, Pologne, Russie, Grèce, République Tchèque, c’est d’abord un tirage au sort sexy en volley féminin plus qu’en football masculin. C’est aussi un tirage au sort nostalgie pour les quelques individus bloqués en 2004 qui se demandent ce que sont devenus les Katsouranis, Karagounis, Liberopoulos, et autres Milan Baros. C’est également un tirage au sort plaisir pour les orthophonistes et les commentateurs de la télé, qui ont encore quelques jours avant de se lancer dans la prononciation des fameux Wojciech Szczesny, Lukasz Piszczek, Jakub Wawrzyniak, Jakub Blaszczykowski, mais aussi Sokratis Papastathopoulos ou Ioannis Fetfatzidis. Heureusement que Damien Perquis et Ludovic Obraniak seront sur le terrain.
Ce tirage est ensuite une bonne excuse pour tous les futurs bacheliers, qui pourront regarder le football tout en révisant l’histoire de la guerre froide. Le coup de Prague, le printemps de Prague, Solidarnosc, Gdansk, Lech Walesa, la doctrine Brejnev de souveraineté limitée, Vaclav Havel etc. Regarder un Pologne-Russie à Varsovie, la capitale polonaise où fut conclu le pacte de défense qui porte son nom, ça vaut toutes les fiches de révision au bac. C’est enfin un tirage qui va ravir l’internationale des hooligans. Les redoutables polonais, qui jouent à domicile, accueillent leurs ennemis russes, qui seront peut-être aidés par leurs compères grecs voire par quelques serbes de passage, solidarité orthodoxe oblige. Quant aux Tchèques, on peut en attendre un certain nombre puisque la sélection jouera ses matches à Wroclaw, à quelques kilomètres seulement de la frontière polono-tchèque.
La Russie doit éviter le complexe de supériorité
Bon, côté terrain, il y aura quand même des choses très intéressantes à voir dans ce groupe un peu austère sur le papier. D’abord, la Russie. Il y a quatre ans, ceux qui n’avaient pas suivi le Zénith Saint-Pétersbourg en coupe d’Europe ont vu sortir de nulle part une sélection joueuse, séduisante, conduite par un Arshavin qui a éliminé à lui tout seul des Hollandais qui en avaient pourtant mis quatre à la France, et trois à l’Italie. Après un accident en barrage du Mondial contre la Slovénie il y a deux ans, les Russes reviennent, avec un autre Néerlandais sur le banc, Dick Advocaat, ancien du Zénith, et une génération de joueurs arrivés à maturité. Vasili Berezutsky est le seul joueur majeur absent d’une équipe qui vient de coller une danse 3-0 à l’Italie, avec une immense majorité de joueurs évoluant en Russie, signe de la montée en qualité de ce championnat.
Avec Akinfeev dans les cages, les deux excellents Anyukov et Zhirkov comme pistons, Ignashevitch et Berezutski en charnière solide, un trio d’aboyeurs composé de Zyrianov, Denisov et Shirokov, deux artistes, Arshavin et le crack Dzagoev (ou Izmailov) à la création, et un buteur à choisir entre Kerzhakov, Pavlyuchenko et Pogrebnyak, c’est tout le onze russe qui a fière allure, et pas seulement un joueur ou deux. Finalement, le problème des Russes, comme l’a bien cerné Advocaat, serait de faire un complexe de supériorité, comme cela leur a été fatal il y a deux ans en Slovénie. Face aux Tchèques dès le premier match, il faudra oublier la probante victoire contre l’Italie, et se rappeler du 0-0 concédé contre la Lituanie quelques jours plus tôt. En face, il y a le meilleur gardien du monde, Petr Cech, et une équipe qui a érigé la solidité en marque de fabrique depuis la retraite des artistes Smicer, Poborsky, Nedved, et associés.
Grèce : SOS buteurs
Certes, les joueurs de ballon existent toujours, mais ce n’est plus là le point fort des Tchèques. Rosicky, incertain pour le premier match, Plasil et le jeune et très bon Pilar, qui vient de signer pour Wolfsburg, seront donc chargés de conserver le ballon et d’attendre la bonne opportunité. Le problème, c’est qu’entre Lafata, pourtant double meilleur buteur du championnat tchèque, le jeune Necid, qui ne joue pas beaucoup au CSKA Moscou, et Milan Baros, légèrement blessé, et qui n’a plus marqué en sélection depuis des mois, le meilleur buteur tchèque des qualifications se nomme Michal Kadlec, tireur de penalties et… très bon latéral gauche de l’équipe. N’est pas Jan Koller qui veut. Après le tirage au sort, Vladimir Smicer avait dit que les autres équipes devaient être contentes d’avoir évité la France en quatrième chapeau, mais que lui aussi était ravi d’être tombé dans le groupe de la Pologne et de la Grèce. C’est dire à quel point chaque pays considère ce groupe comme homogène et très ouvert.
Cette homogénéité est la seule raison objective qu’ont les Grecs d’espérer se qualifier pour les quarts de finale. Puisque c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures, Fernando Santos a convoqué pas moins de sept trentenaires dont les vieilles gloires Karagounis, Katsouranis, Liberopoulos, Gekas et Galkias (37 ans). Le problème pour les Grecs, qui viennent de battre l’Arménie 1-0 en amical, première victoire depuis octobre 2011, c’est de marquer des buts. Avec Gekas (1 but en 4 matches en qualifications), Samaras (1 but en 8 matches) et Salpingidis (1 but en 10 matches), le meilleur buteur de l’équipe, avec… 2 buts, s’appelle Vasilis Torosidis, talentueux latéral droit de l’Olympiakos. Il faut ajouter à cela une grosse interrogation sur le gardien avec un Sifakis longtemps blessé, un Chalkias pas toujours titulaire au PAOK et un Tzorvas sur le banc de Palerme. Là encore, n’est pas Antonios Nikopolidis-Clooney qui veut.
Reste Sotiris Ninis. Présenté comme un crack depuis des années, meilleur espoir grec à 17 puis 20 ans, ce sera sa première compétition en tant que titulaire après un Mondial passé sur le banc. Le futur joueur de Parme, que les joueurs de Football Manager connaissent bien, est probablement la meilleure raison de regarder jouer la Grèce ce mois-ci. Et puis si personne ne les attend, les joueurs, eux, sont sans doute conscients que de bonnes performances offriraient quelques instants de bonheur à un peuple qui en manque cruellement depuis cinq ans de crise économique.
La meilleure Pologne depuis trente ans ?
La crise ? La Pologne en est loin. Dans un groupe abordable où la Russie fait figure de favori, tout le monde a coché la date du premier match contre la Grèce. Une victoire, et les Polonais auront un pied en quart de finale de leur Euro. Depuis les années 1980 et Zbigniew Boniek, l’équipe polonaise n’avait jamais paru aussi forte. Avec seulement deux défaites depuis octobre 2010, et trois victoires consécutives ces derniers jours contre la Lettonie, la Slovaquie et Andorre, les Polonais arrivent gonflés à bloc, forts de leurs certitudes dans le jeu, c’est-à-dire un système basé sur le trio de champions d’Allemagne avec le Borussia Dortmund, avec la relation privilégiée côté droit entre Piszczek et Blaszczykowski, et les qualités de buteur de Lewandowski, auteur de 30 buts cette saison avec les jaunes et noirs. A côté de ce trio, Szczezny dans les buts et Perquis derrière, récent buteur contre la Slovaquie, doivent stabiliser la défense, Obraniak distribuer caviars et coups de pied arrêtés au millimètre, et Peszko faire parler sa vitesse.
Si l’on se résume, on a donc une grosse équipe russe au jeu attrayant, les parades de Petr Cech, les arabesques de Rosicky et Plasil, le talent pur de Ninis, la meilleure équipe polonaise depuis trente ans devant son public, les jubilés de Karagounis, Katsouranis, Baros, Sharanov, un cours d’histoire sur mesure pour Pologne-Russie et Russie-République Tchèque, et peut-être même une interview en polonais dans le texte de Ludovic Obraniak et Damien Perquis. On se demande bien pourquoi certain ont appelé ce groupe le « groupe de l’ennui ».
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