Eurosport
La Russie otage de l'URSS
Par
Publié 26/10/2012 à 16:30 GMT+2
Après le 4-1 face aux Tchèques, vous avez entendu que la Russie allait s'effondrer comme d'habitude. C'est un cliché. Voici pourquoi.
Eurosport
Crédit: Eurosport
Après la démonstration russe de vendredi dernier, certains commentateurs ont cru bon d’analyser cette performance comme une habitude russe de commencer très fort sans être capable de tenir la distance. "Restons prudents, démarrer sur les chapeaux de roue, ils nous font souvent le coup", a-t-on entendu. Le problème, à l’instar de ce que Johann Crochet a montré à propos de l’absurde comparaison entre l’Italie de 1982, celle de 2006 et celle d’aujourd’hui (lien ?), c’est qu’un tel scénario de départ canon des Russes pour finir en eau de boudin remonte à … 1986. Il est d’ailleurs incorrect de parler de Russes vu la proportion de joueurs ukrainiens du Dynamo Kiev, vainqueur de la Coupe des Coupes cette année-là, qui composait cette équipe.
1986, le Mexique organise son second Mondial en seize ans, profitant du retrait de la Colombie. Seize ans qui séparent le sacre de Pelé de celui de Maradona. Seize ans qui séparent la demi-finale du siècle entre l’Italie et la RFA que Beckenbauer finit avec une épaule en moins, et le retour du même Kaizer Franz sur le banc pour échouer à nouveau, en finale cette fois. Seize ans et toujours le même cagnard sous lequel les joueurs sont contraints de jouer pour satisfaire les télévisions européennes.
Jamais, en dehors peut-être de 1988, il n'y eut un départ correct depuis
1986, c’est le premier but de Papin en coupe du monde, le Maroc en huitièmes de finale, le tir au but de Luis Fernandez contre le Brésil, la main de Dieu et le but du siècle dans le même match, la Belgique en demi-finale, et cette passe de Maradona à deux minutes de la fin, comme un coup de poignard dans le cœur de Förster, qui voit s’envoler le trophée à mesure que le tir de Burruchaga efface les centimètres qui le séparent du but du sinistre Schumacher.
1986, c’est le vrai et unique départ en fanfare d’une sélection russe sur ces trente dernières années. Dans le groupe de la France de Platini, les Soviétiques atomisent la Hongrie 6-0 avant de faire un nul avec les Bleus et de battre le Canada. Dassayev, Rats, Aleinikov, Belanov, Blokhine, Zavarov, et le regretté Valery Lobanovskiy sur le banc, l’équipe a belle allure lors de ce premier tour. C’est tout de suite après que l’affaire se gâte. L’immense Union Soviétique tombe face à la petite Belgique de Jan Celeumans, du fantasque gardien Pfaff, du rugueux Gerets, de l’artiste Scifo, et de l’inusable Franky Van Der Elst. Favoris, les Soviétiques s’inclinent 4-3 après prolongation, malgré un triplé de Belanov.
Depuis, la légende qui veut que les Russes partent fort mais s’effondrent rapidement est nourrie par le défilé des ans, mais elle est tout simplement fausse. Deux ans plus tard, les Soviétiques battent les Pays-Bas 1-0 lors du premier match de l’Euro 1988. Une victoire sans suite ? Pas tout à fait, puisqu’ils ne s’inclinent qu’en finale contre ces mêmes Hollandais et une reprise de volée venue d’ailleurs de Marco Van Basten.
En 1990 et 1994, c’est même l’inverse qui se produit. Les Russes ne passent pas le premier tour après deux défaites consécutives, mais profitent de la dernière rencontre sans enjeu pour rosser des Camerounais qui ne leur avaient pourtant rien fait. 4-0 en 1990 contre des Lions indomptables déjà qualifiés pour le tour suivant, et un cinglant 6-1 en 1994. Un match rendu mythique par le but de Roger Milla, à 42 ans, et par les cinq buts marqués dans ce match par Oleg Salenko.
Faibles en 1996, décevants en 2002, trop justes en 2004 et absents en 1998, 2000, 2006 et 2010, à aucun moment, en dehors de l’Euro 2008 - dont ils ont perdu le premier match -, les Russes n’ont correctement démarré, ni bien conclu d’ailleurs, une grande compétition internationale depuis 1988.
L'une des équipes les plus fraîches
Quant à leur tendance à s’effondrer rapidement, il ne faut pas oublier que les joueurs russes sont parmi les plus frais de la compétition, en raison de parcours difficiles en Coupes d’Europe de leurs clubs, mais aussi parce que le championnat russe s’est achevé dès le 13 mai dernier. Or, on sait à quel point la fraîcheur est un atout essentiel dans une compétition qui se dispute à la fin d’une saison éreintante pour les joueurs évoluant dans les plus grands clubs.
Le football a ceci de savoureux que si jamais les Russes calent en quart de finale, l’idée qu’ils commencent toujours en trombe mais s’effondrent ensuite renaîtra d’elle-même en 2014. Il faudra alors espérer que les mêmes soulignent par exemple que le jeu danois n’est pas seulement fait de longs ballons sur la pointe, vu la maîtrise technique balle au pied démontrée contre les Pays-Bas. La seule chose sûre, c’est qu’il sera toujours aussi hasardeux de caractériser le jeu de l’équipe de France.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité