Eurosport
La Suède s'est inspirée
Par
Publié 26/10/2012 à 15:32 GMT+2
Avant Suède-Ukraine (20h45), notre blogueur Yohan Crochet explique comme les Suèdois ont profité du football néerlandais pour progresser.
Eurosport
Crédit: Eurosport
Avouez que c’est tentant. La Suède, ce pays de grands blonds à la carrure de vikings, ne devrait produire que des joueurs mi-footballeurs, mi-bûcherons, dont la seule capacité serait d’envoyer de longs ballons et d’utiliser autant leur front que le coup de pied. Mais il y a un hic. Ce préjugé est de plus en plus mis à mal, en partie grâce à l’influence néerlandaise qui n’a pas profité qu’à la Catalogne. Explications.
L’Allsvenskan forme, l’Eredivisie perfectionne
Contrairement à leur réputation, les pays scandinaves ont bien souvent eu, au coeur du jeu ou un peu plus haut, un maître à jouer très technique, dont le sens du jeu éclairait les phases offensives de leur équipe. La Finlande a eu Jari Litmanen, le Danemark, Michael Laudrup et la Suède, Tomas Brolin.
Dans cette sélection suédoise pour l’Euro 2012, si le maître à jouer manque, c’est parce que ce rôle de leader technique est partagé par plusieurs joueurs. Dans l’axe du milieu, la paire Svensson-Elm est redoutable. Les deux joueurs ont un profil un peu différent. Svensson est plus un joueur box-to-box, capable de récupérer et porter le ballon jusque dans les 30m adverses, mais adorant mener les offensives de très bas. Rasmus Elm joue toujours la tête levée, à la recherche de la passe parfaite selon les appels de ses attaquants. Elm a une qualité de passe supérieure à la normale et ceux qui ont vu le match Suède-Serbie ont pu s’en apercevoir, avec le caviar délivré à Toivonen, conduisant au pénalty marqué par Zlatan.
Rasmus Elm (alors à Kalmar) est certainement le joueur qui m’a le plus impressionné dans le championnat suédois ces dix dernières années, en compagnie de Pontus Wernbloom (à l’époque à l’IFK). Les deux étaient clairement au-dessus des autres sur le plan technique. Et ils ont pu bonifier cette aisance en signant aux Pays-Bas, à l’AZ. Comme d’autres avant eux. L’Eredivisie est un championnat idéal pour les joueurs suédois car ils évoluent dans des équipes très joueuses, dont le jeu est basé sur des passes au sol, dans les petits intervalles, et où l’on apprend à bouger avec et sans le ballon. Même si la tendance au jeu en Suède est de plus en plus présente, le niveau est loin du championnat néerlandais où un joueur est d’abord recruté sur sa qualité technique.
Rasmus Elm et Pontus Wernbloom ne sont pas les seuls à avoir profité de leur passage en Eredivisie. Ola Toivonen fait le bonheur du PSV, dont il est le capitaine, et son repositionnement au milieu de terrain lui a permis de progresser très rapidement. Et si Hamren semble vouloir le positionner en pointe de l’attaque pendant l’Euro, ce sera souvent dans un rôle de faux 9, où il servira pour prendre appui, décrocher, permettre des décalages, etc. Toivonen est aussi bon dans la profondeur que quand il joue dans les petits espaces grâce à sa qualité technique qui s’est développée au PSV, au poste de milieu relayeur.
Dans l’effectif suédois, Emir Bajrami a beaucoup progressé à Twente. Il est devenu plus complet et ne se contente pas d’un passement de jambe-débordement comme lorsqu’il évoluait à Elfsborg. Son entraîneur l’a utilisé aussi bien comme ailier gauche (poste de formation) que comme ailier droit, ce qui lui a permis d’étoffer sa palette de dribbles extérieurs et intérieurs. Enfin, devant, Ibrahimovic est devenu "Ibra" à l’Ajax et Elmander a profité de son passage au Feyenoord pour améliorer sa conservation de ballon et sa qualité de passe, lui qui passait avant pour un attaquant "un peu gauche".
Quand on ajoute Kim Källström et Sebastian Larsson à Elm, Svensson et Wernbloom, on obtient un milieu très technique, capable de jouer avec précision les balles courtes et longues, et dont il faudra se méfier. Ce milieu de terrain est le point fort de la sélection d’Erik Hamren, alors ne comptez pas sur eux pour le sauter et demander aux défenseurs de balancer des longs ballons sur Zlatan (même si les circonstances feront que parfois cela soulagera tout le monde). Le milieu est le point fort, et la relève ne devrait pas modifier cette impression.
Des jeunes joueurs de plus en plus techniques
Albin Ekdal, Ivo Pekalski, Oscar Hiljemark, Jakob Johansson et Simon Thern (fils de Jonas Thern), voilà cinq noms à retenir pour le futur milieu de terrain de la sélection suédoise. Ces cinq joueurs profitent du travail mené dans les centres de formation suédois où la qualité technique a été mise au cœur de l’enseignement. Excepté pour Ekdal qui évolue déjà dans un grand championnat (Italie), les quatre autres auront besoin de partir dans une division plus huppée pour comprendre leur véritable potentiel, car en Allsvenskan, tout est déjà trop facile pour eux et certains ont tendance à se reposer sur leurs acquis.
Ekdal (Cagliari), Hiljemark (Elfsborg), Johansson (IFK) et Thern (Malmö) ont un profil de milieu relayeur quand Pekalski (Malmö) est un peu plus concentré sur les tâches défensives. Cette abondance de bons milieux relayeurs est d’ailleurs significative de la volonté des clubs suédois de former des joueurs doués techniquement, au milieu de terrain, pierre angulaire de l’organisation d’une équipe qui veut imposer son jeu.
Une obsession dangereuse ?
Cette obsession est telle que les clubs en oublient certains postes. Derrière Zlatan Ibrahimovic (30 ans), il n’y a par exemple pas pléthore d’attaquants : Elmander (31) et Hysen (30) sont des joueurs qu’il est intéressant d’avoir dans l’effectif mais, de là à en faire des titulaires indiscutables… Markus Rosenberg a lui gâché sa carrière par sa fainéantise à vouloir devenir meilleur. Il reste donc Ola Toivonen, qui joue au milieu de terrain en club, et John Guidetti, joueur très intéressant mais blessé pour cet Euro. Dans l’intérêt de la Suède, tous les supporters espèrent que Guidetti fera le choix du jeu (rester à Feyenoord, aller dans un club où il sera titulaire) plutôt que du prestige (rester à Manchester City, champion d’Angleterre en titre en s’acharnant à vouloir jouer ses cartes – cela se résumerait au poker à une paire de 3). Enfin, Alexander Gerndt aura sa carte à jouer, lui qui est parti… aux Pays-Bas (Utrecht) pour progresser et étoffer son jeu basé sur le physique.
Autre secteur un peu dégarni, la défense centrale. Après cet Euro 2012, la Suède devra régler le cas de la succession Majstorovic-Mellberg, même si pour le premier, sa fin de carrière internationale a sonné le jour de sa blessure au genou en février dernier. Le leader de la défense de demain devrait être Andreas Granqvist, un joueur très à l’aise techniquement et passé par … les Pays-Bas (Groningen où il a notamment marqué deux buts en traversant tout le terrain), et aujourd’hui au Genoa (par ailleurs surveillé par l’AC Milan). À ses côtés, Jonas Olsson (WBA) semble le mieux armé même si Antonsson (31 ans) peut bousculer la hiérarchie grâce à sa première excellente saison à Bologne.
La Suède a un milieu de terrain titulaire affichant entre 24 et 29 ans, avec une relève déjà prête à prendre la suite. Lors de cet Euro 2012, et lors des prochaines compétitions internationales, la Suède fera tout pour montrer l’évolution de son jeu afin de balayer les préjugés. Si Erik Hamren reste en place, lui qui a voulu casser l’héritage de Lars Lagerbäck, entraîneur défensif et ennuyeux au possible, et que les clubs suédois règlent quelques cas importants (charnière centrale), la Suède a tout pour devenir une potentielle surprise. Afin de tenter d’imiter ce que les Ravelli, Brolin et autres Dahlin ont réussi en 1994, à savoir atteindre le dernier carré d’une grande compétition. Et si le passage de témoin avait lieu en Ukraine ?
Sur le même sujet
Publicité
Publicité