Sheva, dernier récital

Andrei Shevchenko a eu la moëlle pour mener dignement l'Ukraine à l'Euro. Souvenirs nostalgiques de notre blogueur Loic Trégoures.

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Crédit: Eurosport

Quand un grand champion tire sa révérence, on ne saisit pas toujours immédiatement la chance, le bonheur qu’il nous a été donné de le voir évoluer à son meilleur niveau. Certains quittent la scène au sommet, avec classe et dignité comme Maldini, Platini, Del Piero. D’autres cachetonnent pour quelques pétrodollars ou pétroyuans de plus en Chine ou dans le Golfe, d’autres enfin mettent un point d’honneur à relever un dernier challenge, celui de conduire leur sélection nationale lors d’une dernière grande compétition, comme Zidane l’a fait, comme Beckham veut le faire pour les JO, comme Shevchenko vient de le faire à l’Euro.
Quand Sheva est rentré au Dynamo Kiev après un retour raté au Milan AC, il était clair pour tout le monde que ses meilleures années étaient depuis longtemps derrière lui. Mais la différence entre un grand champion et un bon joueur, c’est que le grand champion possède un mental à toute épreuve qui fait plus que compenser le poids des ans et les carences physiques. Souvenons-nous de ce que Maradona s’est imposé pour être physiquement et mentalement prêt pour le Mondial 1994 dont il fut injustement exclu.
Souvenons-nous que cette saison, "Sheva" a disputé moins de vingt matches avec le Dynamo en raison de son dos. Une gestion de son corps qui lui a donné la force de conduire une dernière fois la sélection ukrainienne, et de quitter le haut niveau sur un doublé de classe contre la Suède, davantage que sur une rentrée de 20 minutes avec un genou en vrac contre les Anglais. Pour ne pas rester sur cette dernière impression, Shevchenko a déjà annoncé qu’il disputerait un dernier match amical avec sa sélection, afin de faire ses adieux comme il se doit. Ou comment faire d’une banale rencontre amicale d’août ou d’octobre un évènement historique que tous les témoins pourront raconter avec émotion à leurs amis ou à leurs enfants.
En Italie, en Espagne, on ne compte pas le nombre de gens qui vous racontent, des étoiles dans les yeux, qu’ils ont vu jouer Zidane, Van Basten, Maradona ou Platini, qu’ils ont assisté à leur dernier match, à leur dernier coup d’éclat. Cette chance, ce bonheur d’assister à ce genre de moment, j’en ai personnellement connu un grâce à Sheva quand, dans une ancienne vie, je vivais à Milan et passais beaucoup de temps à San Siro. C’était la saison 2005-2006, sa dernière grande saison avant son départ à Chelsea et le début d’un chemin difficile pour lui. Avril 2006... Après avoir écrasé le Bayern Munich en huitièmes de finale de la Ligue des champions, le Milan AC est opposé à l’Olympique Lyonnais. A Gerland, Coupet maintient le 0-0 devant Sheva et Inzaghi. Au retour à San Siro, le tifo géant qui accueille les joueurs donne le ton d’un match exceptionnel d’intensité et de dramaturgie.
Exceptionnel aussi parce que ce soir-là, après avoir offert le deuxième but à Pippo Inzaghi d’une frappe qui heurte les deux poteaux, "Sheva" profite d’une mauvaise passe en retrait de François Clerc pour inscrire le but du 3-1 en toute fin de match. Outre un stade de 80.000 personnes qui chavire de bonheur dans un vacarme indescriptible, ce moment demeure rétrospectivement inoubliable parce que ce but de Sheva sera son dernier inscrit à San Siro avant son départ, le dernier coup de poignard d’un voleur de buts (et de portefeuilles) de génie.
Lors de son match d’adieu avec la sélection ukrainienne, des supporters du Milan AC feront sans doute le déplacement pour rendre un dernier hommage à l’un de leurs plus grands champions, ceux à qui une chanson, un coro spécial, est dédié quand ils rentrent sur le terrain ou marquent un but. Pour Sheva, quelques paroles qui rappellent aux Interistes que l’Ukrainien vaut mieux que Ronaldo. Alors quand les Brigate Rossonere du Milan iront l’entonner pour la dernière fois, le jour de ses adieux, je me souviendrai avec bonheur, que j’ai pendant un an mêlé ma voix aux leurs, pour chanter Sheva.
Non è brasiliano pero
Che gol che fa
Il fenomeno lascialo là
Qui c’è Sheva
Lalalalalalalalalala Sheva Sheva
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