Il paraît que celui qui entreprend quelque chose doit prendre patience. Pierre Kalulu ne vous dira certainement pas le contraire, lui qui a décidé de changer de vie et de club l'été dernier. Du haut de ses 20 ans, le Lyonnais de naissance décidait alors de couper le cordon avec l'OL. Définitivement. Et qu'importe les propositions de ses désormais ex-dirigeants, qui ont littéralement tout fait pour conserver celui que tout le monde aurait voulu garder. Mais faute de temps de jeu et prêt au grand saut, Kalulu a décidé de l'effectuer.
En fin de contrat stagiaire, il accepte alors la cour de l'AC Milan, qui l'observe du coin de l'oeil depuis plusieurs mois déjà. Même le coup de fil de Tony Parker, passé un jour de juin selon L'Equipe, n'y change rien. Ceux de Jean-Michel Aulas et d'autres acteurs de l'OL non plus. Le capitaine de l'équipe réserve est bien décidé à tourner la page lyonnaise. Le 5 août, le club lombard officialise la nouvelle. "Kalulu a signé un contrat jusqu'au 30 juin 2025", peut-on lire dans le communiqué milanais.
Il avait tout pour réussir probablement à Lyon
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13/06/2022 À 18:35
Côté lyonnais, ce départ est mal passé. Il est même difficilement digéré, comme celui qui abuserait de la bûche le soir de Noël. "Il avait tout pour réussir probablement à Lyon, avait regretté Jean-Michel Aulas. Mais dans une année où on était dans de grosses difficultés, évidemment les entraîneurs et le directeur sportif ont tendance à utiliser, essayer de mettre en oeuvre des joueurs qui ont une longue expérience (...) Mais ceci étant, on lui souhaite bonne chance et on est persuadés qu’il va, puisqu’il a fait ce choix-là, intégrer rapidement l’équipe première de l'AC Milan." Bien vu. Dès son arrivée, Pierre Kalulu fait bonne impression aux dirigeants milanais et son entraîneur Stefano Pioli, qui l'aligne ici et là lors de la (courte) préparation estivale.

3e j. - Garcia : “Dommage que Kalulu soit parti”

Dans son couloir, l'international français U20 fait le travail. Mais pas de quoi lui donner une place de titulaire. En effet, l'embouteillage à droite est digne du périphérique parisien un jour de départ en vacances : Davide Calabria est le garant du poste depuis qu'il y affiche un niveau encore jamais observé jusqu'alors, et Andrea Conti, en perdition, serait sa doublure. De plus, Milan se fait prêter en toute fin de mercato Diogo Dalot en provenance de Manchester United. Pas tant par nécessité, mais plus par affection, Paolo Maldini (directeur technique) et Frederic Massara (directeur sportif) en étant éperdument amoureux depuis des années. Bilan des courses : Kalulu se retrouve plus ou moins quatrième dans la hiérarchie des latéraux. Pas vraiment ce qui était prévu à son arrivée, même si un poste de titulaire ne lui a jamais été garanti. Le joueur décide alors de prendre son mal en patience.
Du côté de Milanello, on nous parle d'un garçon "intelligent" et "mature" pour son âge. "Il a préféré continuer à travailler et multiplier ses efforts, nous ajoute ce connaisseur du club lombard. Il a toujours montré son sérieux lors des entraînements, n'hésitant pas à prendre des conseils de ses coéquipiers et surtout d'Alessio Romagnoli, défenseur et capitaine. Pour lui, c'est une toute nouvelle réalité. Ici, l'exigence est totale. Milanello est un endroit où on vit le football et où on le respecte. Kalulu a eu la bonne mentalité pour intégrer un groupe déjà solide et compact depuis la saison dernière. C'est un garçon qui a de la personnalité à revendre."

De Prague... à Parme

Aujourd'hui, Milan ne recherche plus seulement des joueurs dotés d'une belle technique et d'un gros potentiel. "Il faut aussi que les traits de leur personnalité collent aux valeurs de ce groupe", confiait Stefano Pioli dimanche dernier. L'équilibre d'un effectif ne tient en effet pas à grand-chose. Et celui milanais, leader de Serie A et invaincu depuis le 8 mars en Serie A, est actuellement parfait. Chaque joueur qui y est ajouté est soigneusement observé, analysé et scruté. Tant sur le terrain qu'en dehors. Paolo Maldini, qui a tout gagné avec ce club, est particulièrement attaché aux valeurs transmises par un groupe.
Aucune "pomme pourrie", comme Mario Balotelli fut qualifié jadis par Silvio Berlusconi, n'est tolérée. Fort heureusement, Pierre Kalulu n'est pas dans ce panier. En attendant d'avoir sa chance, l'ancien Lyonnais a continué à travailler. En silence. Un coup dans le groupe, un coup non : autant dire que la tâche n'a pas toujours été évidente à gérer. Mais tout vient à point à qui sait attendre, non ? Et quand le sort décide de s'en mêler...

Pierre Kalulu avec l'AC Milan

Crédit: Getty Images

A force de persévérance, le Français a fini par avoir sa chance le 10 décembre dernier. Milan se déplace alors sur la pelouse du Sparta Prague lors de la dernière journée de la Ligue Europa, un match à l'enjeu pas vraiment considérable. Stefano Pioli, qui décide de procéder à un large turnover, aligne pour la première fois son latéral, repositionné pour l'occasion en défense centrale. Le club lombard s'impose (0-1), chipe la première place de son groupe au LOSC et l'ex-Lyonnais fait bonne impression contre un adversaire certes limité. On pouvait toutefois penser légitimement à un "one shot", et (re)voir le Français regagner rapidement le banc, voire les tribunes. Mais trois jours plus tard, tout se boucule.
Alors que les Rossoneri affrontent Parme en championnat, le défenseur Matteo Gabbia se blesse après quelques minutes. Une nouvelle tuile pour Stefano Pioli, qui doit déjà se passer de Simon Kjaer. Parti s'échauffer aux côtés de Léo Duarte, un autre défenseur milanais, Pierre Kalulu est alors appelé pour le changement. Oui, c'est bien lui qui va rentrer. Une conséquence directe de sa bonne prestation trois jours plus tôt. Cette fois, on ne rigole plus. L'international U20 s'apprête à disputer ses premières minutes en championnat.

De 0 à 175 minutes chrono

Si Milan se fait accrocher par Parme (2-2) ce soir du 13 décembre dans un match à sens unique pour les Rossoneri mais sacrément maudit (deux poteaux, deux barres, deux blessures et un but annulé...), Kalulu ne démérite pas. Bien au contraire. Si l'inévitable Gervinho ne le préserve pas sur le premier but encaissé, l'ancien défenseur de l'OL ne commet aucune grosse erreur durant la rencontre, complice également de l'attitude très conservatrice des hommes de Fabio Liverani. Mais peu importe pour le Français, qui accomplit un match sérieux et abouti malgré la contre-performance des siens. En l'espace de trois jours, son compteur est passé de 0 à 175 minutes. Et il va continuer à tourner.
Au lendemain du match, l'AC Milan communique la mauvaise nouvelle : Matteo Gabbia va devoir rester sur le flanc plusieurs semaines, au moins jusqu'au début d'année prochaine. Simon Kjaer, lui, est toujours en délicatesse avec sa cuisse droite. Deux mauvaises nouvelles pour le club lombard, un peu moins pour Pierre Kalulu, confirmé à nouveau dans ce rôle de défenseur central face au Genoa trois jours plus tard. Au Stade Luigi-Ferraris, l'international français U20 tombe sur un sacré client : Mattia Destro. Entre expérience et malice dans les placements, l'attaquant italien de 29 ans fait tourner en bourrique le jeune défenseur milanais. Il inscrit même un doublé, dont un deuxième but de la tête où il devance directement Kalulu.
Milan est alors mené 2-1 et s'apprête à condéder sa première défaite en championnat après 9 mois. Sauf que Kalulu dit non. Pas vraiment démoralisé ou plombé par son match difficile, il décide de monter sur un corner en toute fin de rencontre. Et profitant d'une déviation de son compère Alessio Romagnoli, il marque son premier but en Serie A, égalise et permet à son équipe d'arracher le nul. Voilà qui en dit long sur la personnalité du garçon. En trois matches et 175 minutes, il a d'ailleurs gagné 8 duels et récupéré 16 ballons.
Je me sens bien
Dimanche dernier, sur la pelouse de Sassuolo (1-2), Kalulu est (encore) aligné par Stefano Pioli. Intelligent dans le placement, présent dans la surface, solide dans les anticipations, le Lyonnais réalise sa meilleure performance. "Il est serein et propre. C'est le frère plus expérimenté du débutant qui a souffert contre Gervinho et Destro. Beaucoup d'interventions décisives. Il a 20 ans", écrit La Gazzetta dello Sport le lendemain, le créditant d'une jolie note de 7. "J'ai déjà joué en défense centrale à l'OL, je commence à prendre mes marques et je me sens bien dans l'équipe", confie l'intéressé à MilanTV.
"L'entraîneur et mes coéquipiers m'aident beaucoup, mentalement et tactiquement." Du haut de ses 19 ans, l'ex-capitaine de l'équipe réserve de l'OL s'affirme doucement du côté de Milan, où un prêt en janvier était envisagé ces dernières semaines, notamment pour lui faire gagner en temps de jeu. Mais c'était avant de le voir à l'oeuvre. Si un défenseur central est bien visé cet hiver par son club, Kalulu a marqué des points. Pour le présent. Et surtout pour l'avenir.

Pierre Kalulu (AC Milan)

Crédit: Getty Images

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