Et si le 7 septembre 2010 était à marquer d’une pierre noire pour le football espagnol ? Durant l’été, l’équipe nationale vient d’être sacrée pour la toute première fois championne du monde lors du Mondial sud-africain contre les maudits Pays-Bas. Avec une étoile brodée sur son maillot, La Roja prend part à un match officiel de prestige à la suite de son glorieux tournoi. Son adversaire ? L’Argentine de Leo Messi.

Le lieu ? Buenos Aires, au cœur de la mythique enceinte du Monumental habituellement réservée à River Plate. Devant 65000 spectateurs venus soutenir l’Albiceleste face aux favoris, l’Argentine écrase l’Espagne grâce à des buts de Messi, Higuaín, Tévez et Agüero (4-1). Une claque en bonne et due forme pour indiquer que non, La Selección n’est pas si souveraine que cela en terre étrangère. Tout cela n’est qu’un début…

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L’Arabie saoudite, terre promise

Bien entendu, cette décennie ne sera pas entièrement rose pour l’Espagne d’un point de vue sportif. Si le pays a connu de nouvelles épopées victorieuses à travers les diverses coupes d’Europe, l’exercice 2018-2019 a prouvé que l’Espagne était en train de décliner, permettant aux clubs anglais d’instaurer une suprématie sur le Vieux Continent. Comment expliquer cette passation de pouvoir ? Par des axes de développement opaques comme celui de délocaliser la supercoupe d’Espagne à Djeddah, ville d’Arabie Saoudite où cohabitent complexes hôteliers, plages et sculptures en plein air. Mais pourquoi diable avoir décidé d’aller jouer à plus de 4500 kilomètres à vol d’oiseau ?

Sans grande surprise, le début de réponse à cette question se trouve dans un contrat juteux négocié entre La Liga, la fédération saoudienne et la General Sports Authority (GSA). Il y a deux ans de cela, les trois parties peaufinaient un premier accord. Le but ? Permettre l’émergence de jeunes talents saoudiens dans l’élite espagnole. De fait, sept clubs professionnels annonçaient recruter neuf éléments sous la forme d’un prêt "d’au moins six mois" comme l’expliquait le communiqué de La Liga. Parmi les heureux élus, trois d’entre eux (Salem Al-Dawsari à Villarreal, Fahad Al-Muwallad à Levante et Yahia Al-Shehri à Leganés) s’apprêtaient à jouer en Liga afin d’optimiser le niveau de la sélection saoudienne lors du Mondial russe.

Boquete : "C’est la victoire de l’argent sur le sport"

Et dans les faits ? Les trois footballeurs ont cumulé trois convocations sur six mois pour seulement trente-trois minutes de jeu grapillées par Al-Dawsari lors d’une dernière journée de championnat insignifiante contre le Real Madrid (2-2). Au-delà de cette exportation, des académies de football doivent s’implanter en Arabie Saoudite selon "la marque et les méthodes de La Liga" explique la compagnie dans un communiqué. Heureux de s’engager à nouveau avec la fédération espagnole malgré une première expérience très douteuse sur le plan sportif, le gouvernement saoudien s’est depuis chargé d’accueillir la Supercoupe espagnole sous forme de final four sur les trois prochaines saisons moyennant un paiement global de 120 millions d’euros d’après le journal espagnol El País.

Un accord définitivement officialisé en novembre dernier par le président de la fédération espagnole Luis Rubiales, mais clairement critiqué par ses compatriotes véhéments à l’encontre d’une telle association. Ainsi, l’ancienne footballeuse internationale Verónica Boquete ne mâchait pas ses mots au moment de commenter cette actualité : "C’est la victoire de l’argent sur le sport au-dessus de tout autre chose." Un autre son de cloche négatif émane ensuite de la secrétaire d’Etat aux sports María José Rienda, affirmant que "le gouvernement ne soutiendra pas ce type d’évènement dans des pays où les droits de la femme ne sont pas respectés".

Si la RFEF a assuré que "les femmes pourront s’asseoir où elles le souhaitent et bénéficieront d’une égalité de traitement", la pilule ne passe définitivement pas à l’échelle nationale. Le communiqué de la Télévision Publique Espagnole (TVE) relatif à l’appel d’offres pour les droits de diffusion de la compétition allait d’ailleurs en ce sens : "Nous pensons que nous ne devons pas lutter pour l’obtention d’une Supercoupe qui va se jouer dans un endroit où les droits de l'Homme ne sont pas respectés". Tout un programme…

La SuperCoupe d'Espagne à Djeddah, 2020

Crédit: Getty Images

Du rêve au cauchemar américain

En bref, les récentes décisions prises par La Liga et la fédération espagnole vont uniquement dans le sens du profit financier et ne laissent aucune place au développement sportif du championnat, quitte à utiliser les joueurs comme de vulgaires pantins. Pour Javier Tebas, président de la Ligue de Football Professionnel (LFP) en Espagne, son serpent de mer actuel est celui initié en août 2018 au moment d’annoncer un partenariat sur quinze ans avec LaLiga North America afin d’établir de nouveaux rapports commerciaux outre-Atlantique, sans oublier "l’organisation d’un match de la saison officielle de Liga aux Etats-Unis, le tout premier match du championnat disputé hors d’Europe".

Pour l’instant, le projet se cogne à des contraintes juridiques. Si la délocalisation de Gérone-Barça s’est transformée en pied de nez la saison passée, la LFP souhaitait programmer l’affiche Villarreal-Atlético de Madrid du 6 décembre dernier (0-0) au Hard Rock Stadium de Miami. Une initiative déboutée par le tribunal de Madrid, justifiant en l’espèce que le jugement relatif à l’autorisation d’organiser des matches du championnat d’Espagne hors du territoire doit avoir lieu le 22 février prochain. Quoi qu’il en soit, les organisations du football espagnol semblent avoir bien du mal à peser sur l’échiquier mondial pendant que l’Angleterre bénéficie d’une publicité planétaire sans avoir à affronter la barrière de la langue au pays de l’oncle Sam. Un combat perdu d’avance ?

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