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Chelsea, le discours de l'anti-méthode

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Frank Lampard et ses joueurs à Chelsea, 2020

Crédit: Getty Images

ParPhilippe Auclair
31/07/2020 à 15:00 | Mis à jour 01/08/2020 à 10:30

FA CUP – Chelsea et Arsenal se retrouvent en finale de la FA Cup. Les deux clubs ne sont pas sur les mêmes dynamiques. La réussite actuelle des Blues met en avant les méthodes atypiques de ce club unique. Et à plusieurs niveaux, cela illustre à l'inverse les failles des Gunners.

Il n'y a pas de recette unique pour le succès en football, si ce 'succès' doit se traduire en titres pour être considéré comme tel. Il y a des conditions nécessaires mais pas suffisantes, la puissance financière au premier lieu; mais de méthode avérée, aucune, comme l'exemple de Chelsea en est la démonstration la plus éclatante depuis le début de l'ère Abramovitch.

Continuité technique? Aucune qui soit immédiatement identifiable - neuf entraîneurs se sont succédés en moins de dix ans, aux philosophies, personnalités et styles de jeu différents et parfois contradictoires. Stabilité de l'effectif? Plus vraiment, depuis le départ des lieutenants du premier Mourinho. Recrutement de superstars, mode 'galactico'? Non. Pas même Eden Hazard ne correspond à ce profil. Il arrivait de Lille, et avait coûté dans les 35 millions d'euros. Formation et utilisation des jeunes? Chelsea excelle dans le premier domaine depuis que Frank Arnesen transforma son académie de A à Z, mais pas dans le second, en tout cas pas jusqu'à cette saison, quand Frank Lampard donna leur chance à Abraham, Mount et consorts; et vu le recrutement en cours des Blues, il n'est pas certain que ce 'modèle' en devienne vraiment un dans la durée.

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Roman Abramovitch (Chelsea)

Crédit: AFP

Chelsea semble s'être nourri de son chaos

En fait, parmi les clubs anglais de premier plan, aucun n'a fait preuve d'une telle dysfonctionnalité apparente dans son fonctionnement depuis que Roman Abramovitch en devint le propriétaire en juin 2003. Chelsea semble s'être nourri de son chaos, quand d'autres y auraient succombé.

Considérez le bilan du club londonien depuis le début de la décennie, et comparez-le à celui de son adversaire du jour à Wembley. Même en laissant de côté le doublé Cup-championnat réalisé par l'équipe de Carlo Ancelotti en 2009-10, saison-charnière, Chelsea ne cède la première place au nombre de trophées remportés par un club de Premier League qu'à Manchester City: huit contre onze. Et encore: cinq des titres de City furent acquis en League Cup, la plus modeste des 'grandes' compétitions, tandis que les Blues s'imposaient trois fois en Europe, une fois en Ligue des Champions, deux en Ligue Europa - l'Europe, un terrain de chasse dont les Citizens sont toujours revenus bredouilles. Seul Chelsea, en fait, remporta au moins une fois le championnat, la Cup, la League Cup, la Ligue des champions et la Ligue Europa durant cette période.

On ajoutera qu'hormis City, à nouveau, aucun autre club de Premier League ne finit aussi fréquemment dans son Top 4 que Chelsea depuis 2010-11: sept fois dans le cas des Blues. Une telle constance dans la compétitivité, une telle régularité au plus haut niveau, devraient suggérer que cette réussite est sous-tendue par une méthodologie qui continue de faire ses preuves. Et dans le cas de Chelsea, il est exact que cette méthodologie existe - à condition de ne pas avoir peur des paradoxes.

Cesar Azpilicueta et Gary Cahill avec le trophée en Ligue Europa

Crédit: Getty Images

Les Chelsea Follies, c'est fini

L'argent n'explique pas tout. Par choix comme par nécessité, le temps des Chelsea Follies est passé, et les dirigeants du club n'avaient pas attendu que l'UEFA les interdise d'homologation de nouveaux joueurs (*) pour modérer le train de vie du club. Si l'on prend en compte les cinq dernières saisons, le débours annuel des Blues a été légèrement inférieur à 35 millions net en moyenne, ce qui les place en dixième position du classement des clubs les plus dépensiers de Premier League - un classement dans lequel Arsenal figure à la quatrième place, au passage.

Il est exact que Chelsea, profitant du relâchement des réglementations de fair-play financier de l'UEFA, COVID-19 oblige, a retrouvé son goût pour la dépense, avec les acquisitions de Ziyech, Werner, plus peut-être Havertz, Chilwell et un nouveau gardien. Cela peut paraître beaucoup. Mais cela n'a rien d'insensé. La pandémie n'a pas entamé la fortune de Roman Abramovitch, qui vient d'ailleurs de réaliser une superbe opération financière en vendant ses parts de la compagnie minière Highland Gold au plus haut de leurs cours (*). Chelsea est un club toujours en éveil, qui a le don de savoir profiter des opportunités qui s'offrent à lui. Le marché est déprimé, les acheteurs sont rares et prudents, profitons-en. Acquérons des joueurs dont la valeur marchande serait le double dans des conditions normales, et le sera donc d'ici une ou deux saisons, une fois qu'on aura - espérons-le - maîtrisé le virus.

Hakim Ziyech (Ajax Amsterdam)

Crédit: Getty Images

Une méthode qui ressemble à celle d'Arsenal avec Wenger

Cette capacité d'agir vite, de manière décisive, de trancher dans le vif sans se perdre en débats de directoire, la voilà, la 'méthode' de Chelsea, où toutes les décisions qui engagent la stratégie du club sont prises par la directrice exécutive Marina Granovskaya, en place depuis 2014, avec la bénédiction de Roman Abramovitch. Là aussi, la comparaison avec Arsenal n'est pas gratuite; car Arsenal fonctionnait de manière similaire - l'autorité suprême en matière sportive étant Arsène Wenger - jusqu'à ce que le directeur exécutif Ivan Gazidis essaie de mettre en place un processus décisionnel plus collégial. Gazidis et Wenger partis, un nouvel organigramme a été mis en place par la famille Kroenke, dont les éléments-clé sont, outre Josh Kroenke, le fils de Stan, le 'responsable du football' Raul Sanllehi, le directeur général Vinai Venkatesham et le directeur technique Edu, un triumvirat dont l'action jusqu'à ce jour a suscité des jugements mitigés.

Une quatorzième FA Cup n'est pas hors de portée des Gunners. Mais même encouragé par l'impact de Mikel Arteta sur les performances de l'équipe, Arsenal continue de chercher un modus operandi. Chelsea a trouvé le sien depuis longtemps, pour créer un environnement dans lequel toute crise est bien une opportunité. Le système dans lequel Frank Lampard va clôturer une première saison qui, quoi qu'il arrive, aura dépassé les espérances, peut paraître irrationnel à première vue, quand il n'est en fait que le prolongement d'une culture du résultat que les Gunners ont perdu de vue depuis le titre des Invincibles, il y a plus de quinze ans de cela.

(*) Sanction imposée en janvier 2019, en raison d'infractions aux réglementations sur les transferts de mineurs. La suspension, qui couvrait deux périodes de transferts, fut réduite de moitié par le TAS en appel.

(*) La valeur des actions de Highland Gold a augmenté de 47% depuis le mois de janvier, et doublé depuis la mi-2018. L'opération aura rapporté 575m$ à Abramovitch et ses associés.

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